La Grande Dégustation Pomerol, qui se déroulait hier soir en marge de Wine Paris à l’hôtel Intecontinental Paris – Le Grand, a confirmé son succès auprès des amateurs franciliens en réunissant pas moins de 600 visiteurs.

C’est désormais un rendez-vous avec lequel il faut compter à Paris. Lorsque les vins de Pomerol « montent » à la capitale, ils suscitent l’engouement des amateurs : l’année dernière, ils avaient bravé la neige ; hier soir, la météo était bien plus clémente, et ils étaient plus de 600 à répondre présent à l’hôtel Intecontinental Paris – Le Grand pour venir déguster les vins des 28 propriétés mobilisées pour l’occasion. 28 propriétés illustrant à merveille le haut niveau de qualité de Pomerol, cette appellation de la rive droite de Bordeaux qui ne couvre « que » 0,7% de la superficie du vignoble girondin mais qui constitue l’une des plus renommées auprès des amoureux du vin. Le succès de la soirée d’hier le confirme.

Du côté des exposants, on ne boudait pas son plaisir de voir arriver en nombre un public jeune et curieux, pour qui les mots « Bordeaux » et « Bashing » ne sont jamais associés. Preuve en est que, contrairement à certaines idées reçues, les vins de Bordeaux ont encore des territoires à (re)conquérir dans la capitale.

Hier soir les propriétés faisaient déguster le millésime 2016, un millésime encore trop jeune mais dont il n’est pas exagéré de dire qu’il est sans doute le plus grand produit à Bordeaux depuis une vingtaine d’années, et un millésime au choix. Certains avaient opté pour 2014, 2013, parfois 2011 ou 2010, histoire de montrer la capacité d’évolution des vins nés sur les grands terroirs de Pomerol. Quand le merlot commence tout doucement à truffer, il n’y a plus qu’à se laisser envoûter. Voici quelques coups de cœur de la soirée.

Château La Tribune
C’est le petit Poucet de la soirée. Un tiers d’hectare acheté en 2012 par une poignée d’amateurs. 1500 bouteilles depuis ce millésime, avec une embellie sur 2018 qui devrait aligner un peu plus de 2000 flacons. Peaufinant leur unique cuvée, ce club de fines papilles se lance maintenant dans la vente (autour de 40 euros) et propose son premier millésime sous le signe du fruit, bien rouge et frais, dans une trame tannique qui se fait oublier à son profit. Caractère juteux et franc, il est construit pour le plaisir de la dégustation et affiche une insolente jeunesse.

Chateau Beauregard
Un bio qui ne le dit pas. Et un grand vin. 2011, choix de la propriété hier soir pour illustrer l’épanouissement, a surpris les dégustateurs dans sa comparaison avec 2016, gagnant une remarquable longueur, de la suavité, sur une palette tertiaire noble où l’on goûte de fins arômes de tabac, de tourbe, dans un profil net. Conclusion cacao, tout en subtilité, très beaux tanins soyeux. La proportion importante de cabernet franc, autour de 30%, est la signature opportune du château.

Château Mazeyres
Avec Mazeyres, Alain Moueix et Stéphany Lesaint signent un pomerol élancé et alerte, une approche du pomerol tout en finesse plutôt que sur un caractère exubérant. On y retrouve sans aucune hésitation l’ADN de Château Fonroque, le « grand-frère » saint-émilionnais de Mazeyres. A noter dans l’assemblage de ce pomerol : une présence atypique du petit verdot, qui s’élève à 6% dans le 2014 (un vin fin, frais, souple, « digeste » comme on dit dans les milieux consacrés). Mais c’est évidemment le 2016 qui subjugue avec son caractère plein et racé, son fruit net, sa texture suave et énergique.

Château La Fleur Pétrus
Impossible de ne pas mentionner cette « star » de l’appellation, propriété de la famille Moueix, qui faisait déguster hier côte-à-côte deux très grands millésimes. Le 2016 malgré sa jeunesse, affiche une suprême élégance, du muscle dans un plaid de velours, des tanins soyeux, un magnifique toucher de bouche. 2010, encore bien jeune lui aussi mais laissant deviner déjà tout son potentiel d’évolution, déploie des notes fumées, de boite à cigare et distille ses toutes premières notes truffées. On a hâte de le boire dans vingt ans.

Commentaires de dégustation par Sylvie Tonnaire et Mathieu Doumenge
Photos JC Gutner.