Les vins de Tursan sont en AOC depuis un peu plus d’un an. Trois initiales qui récompensent ce terroir tourmenté du sud-est des Landes et les dix ans de travail de la cave coopérative de Geaune. Une aventure collective que Jean-Michel Viot vit de l’intérieur.

« J’ai toujours cru au Tursan ». Installé dans le sud-est des Landes, à Vielle-Tursan, Jean-Michel Viot a l’assurance tranquille de ceux qu’un bout de terre conforte. A l’origine de cette inébranlable foi, aucune boule de cristal. Ses muses sont ailleurs. Joyeusement pendues aux six cordes du rock’n’roll. Pourtant, entre une reprise des Rolling Stones et une autre d’Alice Cooper, force est de constater que les faits ont donné raison au guitariste électrique des Cavemen – les hommes des cavernes… une formation bien connue des noctambules de Mont-de-Marsan. Comme il le pressentait, le Tursan a bel et bien réussi à quitter l’âge de pierre pour entrer dans l’ère tant convoitée de l’AOC. En effet, il y a un peu plus d’un an, l’INAO, qui n’est pas réputée pour distribuer des roudoudous à la sortie des vignobles, a décerné ses trois précieuses initiales aux trois couleurs – rouge, blanc et rosé – de l’appellation Tursan.

La dynamique d’une coopérative

Une reconnaissance qui consacre en premier lieu un terroir étonnant. Et une géographie pour le moins tourmentée. Alors que du nord au sud, les Landes affichent un imperturbable horizon de plaines hérissées de pins et de maïs, dans le sud-est, en limite du Béarn, le sol se redresse, se contorsionne. Dessinant un paysage accidenté fait essentiellement de coteaux. Les fameux coteaux sud du Tursan, ou plus exactement « sut », comme on dit ici… C’est dans ces dépressions nées des respirations brutales des Pyrénées que s’épanouit l’AOC Tursan. 420 petits hectares qui, en plus d’être de véritables pièges à chaleur, bénéficient d’un microclimat dont les argilo-calcaires, les galets roulés et « les sables fauves » tirent le meilleur. « Nous sommes sous influence océanique, mais l’air est plus sec que sur la côte », glisse Jean-Michel Viot. Ce qui n’est pas négligeable sans compter qu’en septembre souffle un léger vent de sud qui provoque un effet de foehn, là encore très profitable à la vigne.

Pour autant, aussi pertinente soit cette mosaïque, sa mise en valeur doit beaucoup, sinon tout, à la coopérative des Vignerons Landais Tursan Chalosse, installée à Geaune, à 13 km d’Aire-sur-l’Adour. Au-delà des qualités intrinsèques du sous-sol, cette obtention de l’AOC valide aussi dix ans de travail acharné de la cave. Illustrant au passage une autre particularité du Tursan : sur les 153 producteurs recensés, seuls trois croisent sous le pavillon des producteurs indépendants. Une minuscule corporation dont le porte étendard reste Michel Guérard, le chef aux trois étoiles d’Eugénie-les-Bains qui, avec son vin blanc, Baron de Bachen, compte parmi les valeurs sûres du Tursan. Quant aux 150 autres, ils sont tous adhérents à la cave de Geaune. D’où le poids essentiel de la coopérative dans ce passage à l’AOC. D’autant plus que pour ces producteurs la vigne n’est qu’un complément d’activité. Un plus à côté du maïs et de l’élevage de canards.

L’exception Jean-Michel Viot

Voilà pourquoi face à une production vécue au petit bonheur la chance, la cave a choisi de prendre les choses en main, comme l’explique Francis Descazeaux, le président : « En 2000, nous avons commencé à mettre en place une sélection parcellaire de manière à ne retenir que les meilleurs terroirs et à installer un suivi précis de la récolte. » L’encépagement a également été encadré : sauvignon blanc, gros manseng et baroque pour les blancs, cabernet franc, cabernet sauvignon, tannat et fer-servadou pour les rouges.

Dans ce contexte de polyculture et de micro-exploitations, Jean-Michel Viot fait figure d’exception. Pilier de la cave coopérative, il est le seul à ne faire que du raisin. Ses quinze hectares de vignes se décomposent ainsi : 7, 5 hectares en rouge, 6, 5 en rosé et 1, 6 en blanc. « Conséquence, dit-il, j’ai cinq ou six vins différents sur mes parcelles. » Ses raisins entrent ainsi directement dans les nombreuses cuvées de la cave. Pour ce qui est des rouges, sa production vient notamment donner corps au haut de gamme de l’appellation : le Secret de Tursan (12, 55 €). Elevé 12 mois en barrique, ce vin développe des arômes de mûres et de cassis, de cacao grillé et de vanille. Pour les rosés, il contribue à la cuvée Expression, un vin facile à boire, volontairement fruité et dominé par le cabernet franc, typique de l’appellation.

Toutefois, sur les étiquettes des 2, 5 millions de bouteilles que vend la cave ne cherchez pas le nom de Jean-Michel Viot. Pour le consommateur, il reste un anonyme. « Mais ça ne me gêne pas, assure-t-il. Je me sens l’égal d’un indépendant. C’est une réussite collective et c’est tout aussi important. La cave a tiré tout le monde vers le haut. L’AOC est une belle reconnaissance du travail accompli. La qualité du vin, c’est la qualité du raisin. » L’homme des cavernes a eu le bon goût de ne pas s’arrêter au feu…

Par Jefferson Desport, photo Philippe Salvat.
Cet article est extrait du magazine « Terre de Vins » n°19 (septembre-octobre 2012)

Terre de Vins aime…
Dans la station thermale d’Eugénie-les-Bains, à 7 km de Geaune, rendez-vous au Bistrot d’Eugénie pour un déjeuner convivial en toute simplicité. Spécialités landaises et plats du jour. L’établissement fait aussi hôtel. 226 rue Renée Vielle, 40230 Eugénie-les-Bains, 05 58 05 85 85
Ou dans un tout autre budget, au Prés d’Eugénie, chez Michel Guérard, le chef aux trois étoiles, pour un déjeuner ou un dîner de grande gastronomie. Sachant que le restaurant fait aussi hôtel et surtout établissement thermal. 334 rue Renée Vielle, 40230 Eugénie-les-Bains, 05 58 05 06 07
www.michelguerard.com