Les vignerons de l’association présentaient lundi 9 avril à Lyon leurs cuvées parcellaires, démontrant une fois de plus la recherche de qualité animant les vignerons de la région, ainsi que l’impact des climats sur les vins qui en sont issus.

Si l’union fait la force, elle a aussi la capacité de traverser certaines frontières : Bourgogne et Beaujolais sont réunies au sein de l’association « Terroirs et Talents », regroupant des vignerons animés par la même vision du travail de la vigne et de valorisation des climats.

Concentrés sur la production d’une matière saine et belle, afin de produire des vins précis et révélateurs de leurs terroirs, et sur un échelle plus fine, de leurs climats, le château de la Terrière (Brouilly, Régnié, Fleurie, Moulin-à-Vent), le domaine de la Pirolette à Saint-Amour, le domaine Romy (Beaujolais), le domaine Auvigue (Saint-Véran, Pouilly-Fuissé, Mâcon), le domaine des Trois Tilleuls (Pouilly-Fuissé et Mâcon Solutré), le domaine de Boischampt (Juliénas et Beaujolais Villages) se sont réunis autour de ces valeurs communes, et ont crée une plateforme commerciale, dont les marchés se partagent entre la France à hauteur de 50% (avec une prédominance du marché parisien, plus ouvert que d’autres sur le côté qualitatif du Beaujolais), un quart pour l’Europe et le dernier quart pour le grand export (USA, Japon, Canada, etc.)

L’association est née d’une histoire d’amitié entre Xavier Barbet et Hervé Dupont, chacun issu de familles depuis longtemps ancrée en Beaujolais (respectivement 1711 et 1580).

Puis l’idée d’élargir le cercle d’échange s’est matérialisée par la création de Terroirs et Talents en 2007. La spiritualité viticole n’est pas le seul trait d’union entre les vignerons membres : l’association s’est dotée d’un œnologue conseil, Frédéric Maignet, qui parcoure l’ensemble des domaines et observer l’état sanitaire des raisins, leur qualité, déguster avec les vignerons et partager les bonnes pratiques.

Leur démarche fait écho à d’autres initiatives régionales, reposant elles aussi sur les deux piliers de la reconnaissance des climats d’une part (comme par exemple la dénomination « Beaujolais Pierres Dorées », destinée à mettre l’accent sur cette terre argilo-calcaire, que le fer oxydé teinte d’or et d’ocre), et de la recherche constante d’une matière première saine et qualitative, souvent concrétisée dans une démarche de certification allant de la viticulture raisonnée (Terra Vitis) à l’agriculture biologique.
Une vaste étude géologique, la plus grande menée jusqu’à présent, visant à caractériser l’intégralité des terroirs du Beaujolais, constitue un formidable outil concret et scientifique sur lequel s’appuyer : de 2009 à 2015, 350 fosses du plus de 3 mètres ont été pratiquées et ont ainsi révélé une extrême diversité de sols, et ce au sein même d’une appellation.

La dégustation des cuvées du Château de la Terrière, du domaine Auvigue, du domaine Romy et du domaine de la Pirolette offre des versions différentes du gamay et du chardonnay en fonction des parcelles, alors même que la vinification de chaque cuvée s’est faite séparément mais de la même manière.

Côté chardonnay, le Clos de la Chapelle (situé sur les sols à prédominance calcaire au cœur des Pierres Dorées) du domaine Romy en 2016 se livre sur des notes beurrées et anisées, et une texture minérale et fraîche. Le Pouilly-Fuissé du domaine Auvigue en 2016, issu de la parcelle de la Frérie, composée de calcaire et d’argile rouge, au pied de la roche de Solutré, se caractérise par une dominante florale-noisette-fruits blancs doublée d’une minéralité qui sera plus marquée que dans le Pouilly provenant de la parcelle des « Chailloux », au pied du village de Pouilly, où le sol est constitué principalement d’argile et de chailles. La rondeur et les arômes fruités se révèlent davantage sur cette parcelle.

Côté gamay, davantage de surprises : le Brouilly du Château de la Terrière, issu d’une sélection parcellaire de vignes situées sur le plateau de l’appellation, sur des sols de granit rose décomposé, surprend par sa matière et ses fruits noirs prononcés, sous-tendus par une trame épicée, qui aurait pu emmener, à l’aveugle, vers un Saint-Joseph. La concentration est évidente et la longueur présente, à garder.

Le Moulin-à-Vent en 2015, sur le climat du moulin, où le granit rose affleure et la vigne se retrouve obligée de puiser directement dans la roche mère, offre une trame épicée plus prononcée, où la violette s’exprime. Celui-ci est à attendre, les tanins n’étant pas encore assagis.
Le Château de la Terrière produit également une cuvée nature, baptisée le « vin sauvage à poil ». Sauvage au début, avec une réduction présente mais qui s’enfuit, pour laisser place aux fruits rouges et au poivre noir. A la différence de ses grandes sœurs, vinifiées à la bourguignonne, celle-ci est vinifiée en semi-carbonique.

Quant au domaine de la Pirolette, le Saint-Amour sur le climat de la Poulette en 2016, élevée en œuf béton pour mieux laisser circuler l’énergie, se livre sur des fruits rouges marqués, alors que le climat du « Carjot », la trame tendue et épicée l’emporte.

La reconnaissance des climats dans le Beaujolais n’a pas fini de faire parler d’elle, et souhaitons lui le même essor que du côté de sa sœur bourguignonne.