Pour faire face aux ravages du mildiou qui a grevé le potentiel de production de plusieurs exploitations de l’Hérault, en particulier dans les secteurs de Faugères et du Pic Saint-Loup, le préfet de département a annoncé, samedi 8 septembre, l’ouverture d’une cellule d’urgence. L’Aude également sinistrée, pourrait engager des mesures similaires dans les prochains jours.

Alors que les vendanges battent leur plein sur le bassin viticole de Languedoc-Roussillon avec un volume de récolte estimé actuellement établi à 12 millions d’hectolitres, les vignerons de l’Hérault sont sur les dents. Après la grêle en 2016 qui avait sinistré le vignoble du Pic Saint-Loup et la sécheresse en 2017, c’est maintenant le mildiou, un parasite qui se propage avec l’humidité entraînée par les épisodes orageux à répétition du printemps et de juillet, qui a frappé à l’aveugle les exploitations. Parfois avec une virulence entraînant jusqu’à 90% de dégâts sur certains domaines. Sans que les vignes du viticulteur voisin ne soient touchées.

« A Faugères où quand il ne pleuvait pas tous les deux jours c’était le vent du nord qui frappait, notre récolte sera divisée par deux, témoigne Nathalie Caumette, vigneronne et présidente du syndicat du cru. On ne pensait pas que c’était possible ! Le mildiou jusque-là, c’était une affaire de Loire, de Bourgogne. En bio les vignerons n’avaient que le cuivre pour traiter, un produit de contact lessivé par les pluies mais les pulvérisateurs ont tourné non-stop également en conventionnel. Les vignerons ont traité jours et nuits. »

L’Aude et l’Hérault frappés par le mildiou

Avec une prévision de vendanges de 4,83 M hl dans l’Hérault, l’impact mildiou s’établirait à 700 000 hectolitres de perte de volume sur ce département, les manques se portant à 500 000 hl dans l’Aude, selon les services statistiques de la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DRAAF Occitanie). « L’ouest audois a été fortement impacté, dans la zone cuvette entre Carcassonne et Castelnaudary marquée par des brouillards matinaux et une forte humidité. Dans l’Hérault, les bas de plaine ont été particulièrement touchés alors que la pression mildiou a été bien moindre dans les autres départements : le Gard situé dans le couloir rhodanien, a bénéficié de l’effet séchant du mistral, les Catalans ont eu pour les aider la tramontane », illustre Vincent Darmuzey, chef du service régional d’information statistique, économique et territoriale de la DRAAF Occitanie.

L’achat de moult de raisin autorisé dans l’Hérault

Dans ce contexte d’extrême crispation, la traditionnelle tournée des vendanges, organisée samedi 8 septembre en présence du préfet de l’Hérault Pierre Pouëssel, a vu se multiplier les effets d’annonce, notamment la mise en place d’un dispositif dérogatoire d’achat de vendanges et de moûts de raisin dans l’Hérault. « Exécutoire par arrêté préfectoral du 6 septembre, la mise en œuvre de cette mesure exceptionnelle pour les viticulteurs sinistrés qui ont subi une perte de récolte supérieure à 30% de la moyenne quinquennale de leur production, a été motivée par la situation météorologique de ce département », a rappelé à cette occasion Pierre Pouëssel.

Par ailleurs à l’appel des professionnels viti-vinicoles, l’énarque a annoncé la mise en place d’une cellule d’urgence en secours des multi-sinistrés. « Nous sommes très préoccupés par la situation d’un nombre croissant de viticulteurs ayant essuyé des catastrophes sur les trois derniers millésimes avec déjà, plus d’une cinquantaine de situations extrêmement délicates détectées sur le département via le dispositif Agir ensemble (notamment de prévention contre le suicide et d’accompagnement juridique, NDLR) », s’inquiète Jérôme Despey, le président de la chambre d’agriculture de l’Hérault.

TNFB : une enveloppe de 1 M€

Opérationnelle fin septembre, cette cellule d’urgence va permettre la coordination de plusieurs mesures destinées à venir en aide aux viticulteurs comme le report des cotisations sociales, le dégrèvement de la Taxe foncière sur les propriétés non bâties (TNFB). « Nous envisagerons toute la palette des situations possibles en association avec la MSA qui dispose actuellement d’une enveloppe d’1 M€ pouvant intervenir pour le report des cotisations sociales, la direction départementale des finances publiques, les banques », a assuré le préfet de l’Hérault.

L’Aude : rendez-vous ministériel le 17

Si l’Aude n’est pour l’heure pas bénéficiaire d’une telle mesure, les viticulteurs de ce département fortement impacté par la grêle et le mildiou, ne comptent pas en rester là. Avec un prévisionnel de récolte en berne (3,3 M hl), le syndicat des vignerons audois et les parlementaires ont rendez-vous, le 17 septembre, au ministère de l’agriculture pour enclencher une cellule d’aide à la relance d’exploitation. « Après le gel en 2017, cette année le vignoble a été grêlé sur le limouxin et l’ouest, le mildiou s’en est donné à cœur joie dans l’est, explique Frédéric Rouanet, président du syndicat audois. Face à la succession des aléas climatiques, la situation économique des viticulteurs devient très inquiétante, nous allons vers des arrêts d’exploitation qui impose d’améliorer le système assurantiel actuellement pas assez performant, de réfléchir au devenir de la viticulture en intégrant désormais l’aléa climatique et en trouvant dans notre boîtes à outils de dispositifs d’aide, d’autres leviers d’action. »