Alors que la question de la viticulture bio à Bordeaux est souvent évacuée face à un climat océanique « peu propice » pour beaucoup, « trop risqué pour les rendements » pour d’autres, de nombreux bordelais étaient pourtant présents pour faire déguster leurs cuvées pendant deux jours à l’occasion « d’Expression Bio », à tous les professionnels venus des quatre coins du monde à l’occasion de Vinexpo 2015. Quelques Expressions ou trois « tronches de bios » choisies, leur premier point commun : appartenir à l’immensité de Bordeaux.

De l’autre côté du Parc des Expositions en prenant la longue passerelle rouge du lac, un peu en marge de l’effervescence des allées de Vinexpo, « Expression Bio » a investi le Palais des Congrès de Bordeaux, une dégustation organisée pendant deux jours par le Syndicat des Vignerons Bio d’Aquitaine, réunissant beaucoup de vins de Bordeaux, mais aussi d’ailleurs (la liste des participants est disponible en suivant ce lien). Qu’ils soient de l’Entre-Deux-Mers, de Fronsac, Saint-Emilion, des Graves ou de la grande famille des Bordeaux sup, ils étaient nombreux à défendre leur travail en bio à Bordeaux.

Canon Saint-Michel, l’humilité à toute épreuve
Ils sont loin d’être nouveaux dans le vignoble bordelais. Christine et Jean-Yves Millaire font du vin en bio sur les terres de Fronsac et Canon-Fronsac depuis 1998 et étaient faits pour se rencontrer : « Nos grands-pères tous les deux avaient des vignes mais qui ont sauté une génération », explique Christine tout en faisant déguster les vins. Encore plus singulier : « nos parents étaient charcutiers, chacun de son côté, on a été élevé dans cet esprit de campagne là ». Cette charcuterie de campagne, côté Jean-Yves, est aujourd’hui transformée en boutique pour vendre les vins des vignobles Millaire. A déguster, les trois rouges : Château Cavale 2012 (7 €) un 100 % merlot explosant de fruit, la Rose Garnier 2012 (9 €) révélateur de ses coteaux argilo-calcaires par une minéralité soutenue et une grande fraîcheur, et last but not least, le Canon Saint-Michel 2012 (13 €) et son assemblage de merlot – cabernet franc et sauvignon – malbec, une bombe ! Petit nouveau dans leur gamme et rare dans ce coin, un blanc atypique par sa rondeur et sa maturité : le Volcelest 2013 (13 €). Avec des rapports qualité-prix imbattables sur la rive droite, le sens de l’accueil et un sourire indéfectible, ces deux vignerons là sont à rencontrer d’urgence.
www.vins-millaire.fr

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Château les Vieux Moulins, le nouveau de Blaye
Damien Lorteau est du genre réservé, loin de fanfaronner sur les vins qu’il fait. Reprenant le domaine familial en 2010, il « n’imagine pas de travailler les vignes autrement qu’en bio ». Talent de demain, Jugez plutôt son CV : « Avant de reprendre les vignes de Blaye, j’ai fait un stage à Puligny-Montrachet chez Olivier Leflaive, et un autre chez Georges Vernay à Condrieu. Puis deux vinifications par an dans différents pays pour apprendre à faire du vin». Retour dans le blayais, avec un soutien de ses parents dans cette conversion des 20 hectares « même si parfois un regard suffisait pour comprendre qu’ils se demandaient parfois si je ne faisais pas une erreur », sourit le jeune vigneron. Deux lots de vignes pour deux cuvées complètement différentes : Pirouette 2014 (8 €), issus de merlots majoritaire près du fleuve (20% de cabernet sauvignon aussi), le long des coteaux calcaires. Élevé uniquement en cuve, c’est un croquant de fruit, facile et qu’on imagine avec une pièce de bœuf, un grill et de bons amis. Différent et plus complexe, sa cuvée Hélices 2011 (14 €) se compose majoritairement de merlot (associé à 15% de cabernet franc) et parle un vin qui parle naturellement, attaque franche et framboisée, une matière soyeuse tout en douceur qui donne envie d’y revenir, et une structure lui permettant de voir venir quelques années devant lui. A suivre de près.

Valmengaux et la Dame de Onze heures, ne pas manquer le rendez-vous !
Vincent et Béatrice Rapin n’étaient pas destinés à être vignerons. Mais en 1998, « j’ai troqué ma guitare de musicien pour une grappe de raisin – tatouées toutes les deux sur son avant-bras gauche, ndlr – et nous sommes revenus dans le bordelais en récupérant en 2000 des petites parcelles à Veyrac, à quelques kilomètres de Fronsac », raconte le vigneron. Ce sera le château Valmengaux, le 2012 en dégustation (18 €), 90 % de merlot et 10 % de franc offrait une bouche très ouverte et concentrée, finale assez épicée. Et hasard des transmissions familiales, « nous avons récupéré en 2007 par mon beau-père, 1, 20 hectare de vigne sur Saint-Emilion, à côté d’Angélus dans le secteur de Matras, notre Dame de Onze heures ». Qui est cette Dame de Onze Heures ? « C’est une fleur de la famille du muguet, qui s’ouvre à 11 heures, avec le soleil ». Jolie histoire, pour un grand vin : avec sa concentration et sa couleur noire, la Dame de Onze heures (45 €) est un saint-émilion noble et racé, finale interminable et grande fraîcheur au palais. Cette grande dame a de belles années devant elle…
www.valmengaux.com

Laure Goy

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