A la veille de la finale de la Coupe du Monde opposant la France à la Croatie, on met le cap vers le vignoble croate, en particulier celui de l’île de Hvar. Elle n’est pas seulement le repaire des jet-setteurs mais jouir d’une histoire vinicole vieille de 2 500 ans. Un écrin où s’épanouit le roi des cépages rouges croates : le plavac mali.

Si les amateurs connaissent les cépages primitivo et zinfandel, plus rares sont ceux qui ont eu vent du plavac mali – le « petit bleu », en croate. C’est pourtant ce dernier qui, génétiquement, est à l’origine des deux premiers. Le littoral de la Dalmatie centrale, autour de Split, et surtout quelques-unes des milliers d’îles que compte la mer Adriatique abritent ce cépage autochtone, considéré par les croates comme le roi des vins rouges locaux.
Pour le découvrir dans son fief, rien ne vaut un séjour à Hvar. Imaginez une île de 300 km² couverte d’oliveraies, de pinèdes, de champs de lavandes, et de vignobles. Une mince langue de terre parcourue par une chaîne calcaire et ourlée de criques paradisiaques, le tout sous un ensoleillement annuel moyen plus important que celui de la Corse.

Le paradis des jet-setteurs

Hvar-ville est un village vénitien de carte postale, surplombé par une forteresse offrant une vue panoramique à couper le souffle. L’ascension, qui se fait par un dédale de ruelles escarpées, vaut un petit effort. La vue sur le port et la baie protégée par d’autres îlots vous récompensera. Dans une eau d’un bleu parfait se côtoient bateaux de pêcheurs et yachts de luxe. Car il faut garder en tête que Hvar est le Saint-Tropez croate: l’été, la jet-set internationale s’y donne rendez-vous pour faire la fête, en faisant l’une des stations balnéaires les plus fréquentées de la côte adriatique. La meilleure saison pour découvrir Hvar serait donc plutôt septembre ou octobre, quand la mer est encore chaude, les figues mûres et le raisin fraîchement récolté…

Du coup, l’endroit regorge d’hôtels et de restaurants plutôt chics, la plupart se trouvant le long des quais – la Riva – à l’image du Gariful. Posé au bord de l’eau, cet établissement est plébiscité par la jeunesse dorée locale pour la qualité de sa cuisine et la carte des vins regroupant les meilleures références de l’île et du pays. La blancheur des façades, les pavés brillants, le ballet des embarcations, tout invite à s’attarder aux terrasses des cafés. L’occasion de se rafraîchir en dégustant un verre de blanc local. Planté récemment sur l’île, le cépage posip (prononcer « po-ship ») n’y représente qu’environ 5 % de la production. De qualité inégale selon les producteurs, parfois un peu fort en alcool, ses notes fraîches d’herbe coupée et d’agrumes sur une acidité préservée montrent que le posip s’est néanmoins bien acclimaté sur Hvar et qu’il dispose d’un avenir prometteur.

La route du sud

Pour visiter l’essentiel du vignoble, il ne faut guère que deux jours. Il faut rouler vers l’est en longeant la mer le plus possible le long de la côte sud. Il existe une route carrossable bien que non goudronnée. C’est là que se trouvent les plus belles parcelles de vigne, taillées en gobelet. Certaines datent du 4ème siècle av.J.C. et ont été plantées par les Grecs du temps de leur domination. On peut très souvent apercevoir, au détour d’un vallon, de splendides parcelles en terrasses épousant parfaitement la topographie et regardant la mer. Il y a des fleurs en abondance et l’air embaume le romarin sauvage. Les meilleurs terroirs sont situés à Ivan Dolac et à Sveta Nedjela où se trouve le mont du même nom, point culminant de l’île (628 m). On peut avoir une pensée admirative pour ceux qui travaillent les vignes sur ces pentes raides. Elles sont constituées d’une mince couche de terre sur un sol karstique et sont très bien exposées au soleil. La proximité de la mer favorise un effet stabilisant des températures et une bonne santé du raisin grâce à la brise qui y souffle en permanence.

C’est là que s’épanouit le plavac mali. Et c’est à Sveta Nedjela que vous pourrez rencontrer Zlatan Plenkovic, l’un des vignerons les plus connus du pays, producteur entre autres du Zlatan Plavac, un vin rouge entier, tannique, avec des arômes de fruits cuits (cerise ou pruneau), de musc, sur des notes de café et de vanille. Le genre de breuvage à forte personnalité capable de s’imposer face à n’importe quelle nourriture. Et on ne peut pas dire que la cuisine ici n’est pas goûteuse.

La famille Plenkovic possède d’ailleurs un joli restaurant sur le port où vous pourrez déguster leurs cuvées tout en vous régalant de poissons frais, de jambon cru ou de fromages, grâce au fils Nikola qui gère l’établissement. L’accueil est décontracté et professionnel, et l’on vous parlera avec fierté des vins de la maison. Vous pouvez même passer une nuit dans une des chambres en location de la maison familiale, et vous réveiller au bord de l’eau avant de reprendre la route vers le pittoresque village d’Ivan Dolac. Si vous voulez de l’authenticité, vous serez servis.

Escapade à Brac

En partant du port de Jelsa, à une trentaine de kilomètres de Hvar-ville, vous pouvez vous offrir une virée sur l’île voisine de Brac. En seulement 25 minutes, un catamaran vous déposera au port de Bol. Sur le quai se trouve un lieu à visiter absolument : l’ancienne cave coopérative, magistralement rénovée en 2009 par le groupe Stina Vino qui est aussi en train de complètement réhabiliter le vignoble. On peut y admirer un chai à barriques impeccable, d’anciennes cuves béton gigantesques et y déguster les nombreuses cuvées dont les étiquettes ont en commun leur minimalisme arty. Rouge, blanc, rosé ou moelleux (le prosek), toujours à partir de cépages autochtones vinifiés avec rigueur, ils sont tournés vers leur identité Dalmate. Et en Croatie, on ne transige pas avec l’identité…

World Escapade publiée dans « Terre de Vins » n°31. Textes et photos Nicolas Tucat.

PRATIQUE

Le meilleur moyen de visiter Hvar est de louer une voiture à l’aéroport de Split. Tarifs compétitifs, essence peu chère, et finalement assez peu de kilomètres à effectuer. Accéder à Hvar ne se fait que par bateau. Le plus simple est de louer une voiture à Split et d’embarquer avec votre véhicule sur un ferry de la compagnie Jadrolinija qui opère 4 à 6 trajets quotidiens selon la saison. Deux heures plus tard, vous voici arrivés au port de Stari Grad, à une vingtaine de kilomètres de Hvar-ville, située à l’extrémité occidentale de l’île. Une autre solution consiste à débarquer directement dans cette dernière et d’y louer sur place votre moyen de locomotion. Dans votre budget, prenez en compte le prix des ferries: environ 6 € par personne et 40 € pour une voiture.
Il existe des bus à la descente des bateaux si vous souhaitez rester piétons et que certaines wineries sont accessibles par la mer depuis Hvar-ville grâce à des compagnies locales.