(photo AFP)
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A dix jours de l’investiture officielle du nouveau président des États-Unis, coup de projecteur sur les vins Trump, une winery installée en Virginie. Par notre correspondant à New York, Maurin Picard (dans le « Terre de Vins » de janvier-février, en kiosques depuis une semaine).

Barack Obama en riait ouvertement : les vins Trump, comme les steaks et la vodka éponymes, étaient une supercherie. Pire, une affreuse piquette à « 5 dollars la bouteille », reconditionnée, étiquetée « Trump » et revendue 50 dollars par un homme d’affaires passé maître dans les arnaques de haute volée. Comme les instituts de sondage pour l’élection présidentielle, le président sortant s’est magistralement fourvoyé : non seulement les vins Trump ne sont pas une duperie, mais ils tiennent leur rang dans les dégustations à l’aveugle de ce que les œnologues outre-Atlantique, un brin provocateurs, aiment à qualifier d’« American champagne ».

Téléportation dans la somptueuse vallée de la Shenandoah, en Virginie, à la fin d’un été indien plutôt clément. La plantation Trump, 78 hectares de terres vallonnées situées à 15 km de Charlottesville, ne désemplit pas. L’aventure présidentielle du milliardaire new-yorkais a gonflé les rangs des badauds. On se presse à la dégustation du Bordeaux et du blanc mousseux, en casquette « Make America Great Again », boots et chemise de trappeur.

Le « domaine de Trump » en français dans le texte, remonte à la fin des années 90, lorsqu’un Italien, Gabriele Rausse, se pique d’y importer de nouveaux plants de Chardonnay, sélectionnés via une pépinière française de Californie, pour le compte des propriétaires, John et Patricia Kluge. La Virginie a toujours eu les honneurs du précieux breuvage, depuis qu’un certain Thomas Jefferson y importa quelques plants de France en 1807, fondant le domaine de Monticello.

Un consultant français, Claude Thibaut, va faire prospérer le domaine, entre 2003 et 2005. Si Donald Trump a racheté le domaine pour 6,2 millions de dollars en 2011, c’est bien son fils Eric qui en a hérité la propriété. Et le commerce se porte à merveille : 50 000 caisses probablement vendues en 2016, contre 30 000 l’année précédente. « Je ne suis pas sûr que les ventes explosent durablement, tempère Claude Thibaut, amusé. Les amateurs de vin ne constituent pas exactement l’archétype du supporter de Trump. Les viticulteurs, eux, ne veulent pas d’un vin partisan, qui leur ferait perdre une partie de leur clientèle ».

Reste la qualité, hétérogène selon les cépages. Si le vin rouge n’impressionne guère, la production de pétillant draine les louanges. « C’est un blanc de blanc léger, sans trop de corps, plaisant et équilibré, aux arômes de pomme verte », ajoute Thibaut. Au pied des Appalaches, l’argile est suffisamment friable pour laisser respirer les vignes et éviter toute humidité excessive. Ce qui profite au blanc mousseux, mais n’a pas pour le moment pas suffi à permettre d’un rouge de qualité, malgré les greffes de Cabernet.

Avec son propre domaine Thibaut Janisson, fondé en 2007, l’œnologue producteur d’origine rémoise a déjà eu les honneurs de la Maison Blanche en 2009. Il espère que la victoire de Donald Trump rejaillira sur toute l’industrie viticole de Virginie, sans trop se bercer d’illusions sur un retour prochain à la Maison Blanche. « Les vins Trump seront à l’honneur, sourit Thibaut. C’est de bonne guerre ».