Le millésime 2006 arrive en marché chez deux grandes marques : Moët & Chandon et Nicolas Feuillatte. Que vaut ce millésime ? Nous avons demandé leur avis aux vinificateurs.

Faire un champagne millésimé, pour un chef de cave, c’est une (délicieuse) prise de risque ! Pas possible de faire appel à des vins de réserve pour arrondir les angles, c’est sans filet. Mais c’est aussi pour un vinificateur une forme d’aboutissement dans les années à forte personnalité. Moët & Chandon et Nicolas Feuillatte ont tenté l’expérience en 2006. Nous vous annoncions leur arrivée en marché dans le dernier numéro de Terre de Vins. Nous avons à présent dégusté les vins. Verdict !

2006, une année chaude et mûre

Drôle d’année que 2006. Le printemps commença normalement, bien que sec, la fleur se déroula sous un très beau mois de juin, puis début juillet, de terribles orages de grêle touchèrent 2400 ha à des degrés divers– l’équivalent de 600 ha de récolte perdue.

La suite du mois de juillet fut caniculaire, suivi d’un mois d’août constamment humide et frais, d’où une grande hétérogénéité de maturité des raisins. Heureusement, comme pour se rattraper de cette année bien éprouvante pour les nerfs, septembre a été marqué par une véritable embellie climatique. Un été indien providentiel qui s’est prolongé sur toute la durée des vendanges.

« Ce fut une belle récolte, où il y a eu du vent, et où l’on a pris le temps d’attendre assez loin la maturité puisqu’il n’y avait pas de risque de dégradation sanitaire, se souvient Benoît Gouez, chef de caves de Moët & Chandon. Les pinots noirs exprimaient beaucoup de fruité, les chardonnays étaient plus mûrs, moins acides qu’habituellement, et c’est finalement certaines bases de meunier qui ont amené la fraîcheur. D’où, pour notre vintage Moët & Chandon, un profil 42 % chardonnay, 39 % pinot noir et 19 % pinot meunier. »

« Chez Nicolas Feuillatte, nous avons un peu changé l’agencement de l’assemblage pour le millésimé, analyse pour sa part Guillaume Roffiaen, directeur œnologique de la marque. Le profil a été enrichi en pinot noir et chardonnay – environ 40 % chacun – pour un solde de 20 % de pinot meunier. 2006 présentait de belles maturités et peu d’acidité, notamment malique. Ce profil de plénitude que le vin avait à la vendange se retrouve parfaitement aujourd’hui après presque 8 ans de cave. » Dont acte : dégustation !

Nicolas Feuillatte cuvée spéciale 2006 : la plénitude gourmande

Sous une belle robe or paille, cette cuvée avance une expression aromatique puissante sur un fond chatoyant et séduisant. La bouche est ronde, bien en chair, sans aspérités et déploie des arômes de fruits très mûrs comme la mirabelle et les fruits confits avant de poursuivre sur un univers encore plus pâtissier, qui va de la vanille (crème glacée tutti frutti) à la brioche (panettone). Belle finale de bouche, droite et nette avec une petite pointe silex. A marier sur un poulet tandoori ou des crevettes sautées à la citronelle. Prix conseillé : 40 €

Moët & Chandon Grand Vintage 2006 : ample mais tonique

Blond pâle, voici un champagne qui ne fait pas son âge. Certes il a du volume et offre une ribambelle de fruits mûrs et juteux (pêche blanche, brugnon et quelques petits fruits un peu plus acidulés comme la groseille blanche), mais aussi des notes tisanières (verveine, bergamote) et une pointe coquille. En bouche, l’amplitude se termine par un léger amer en finale – type pamplemousse – qui lui donne un ressort sapide en fin de bouche. Idéal à l’apéritif, voici un champagne qui poursuivra volontiers sur des petites entrées de fromages de chèvre frais mariés à des fruits ou de la coriandre, une julienne de petits légumes en raviolis, des dés de poisson et réduction de zestes d’agrumes. Prix observé : 50 – 55 €.

Bonne dégustation !

J.W.B.