Depuis six ans, les Printemps de Châteauneuf réunissent dans la salle Dufays 83 producteurs de l’appellation, pour un salon des vins ouvert au public, avec la possibilité d’acheter sur place. Au fil des éditions, le salon rencontre un succès croissant. On y vient en famille et/ou entre amis, déguster et acheter les vins de l’appellation, mais aussi se régaler de spécialités issues de Sites Remarquables du Goût (porc noir de Bigorre, huîtres de Bouzigues…) dans le Salon Gastronomique, aux portes du salon des vins.

Côté vins, cette année, les producteurs présentaient le millésime 2014 en blanc, et les 2012 et 2013 en rouge. Comme tous les ans, le salon est toutefois l’occasion de parler du millésime en cours d’élevage et 2014 a été assez inhabituel pour que les vignerons aient des choses à dire à son sujet !

2014, « millésime de vigneron », mais encore ?

Après 2012, assez concentré, 2013 et 2014 ouvrent une ère de fraîcheur, chacun à leur manière. Le millésime 2014 est « un millésime de vigneron » et derrière l’expression bien connue, on retiendra qu’il aura fallu être très patient. Après un hiver pluvieux qui a rechargé les nappes, le printemps est parti tôt et en fanfare. Jusqu’à début juillet, on a cru à une vendange précoce. Puis un temps gris et frais s’est installé. Les maturations se sont faites très lentement mais sans stress hydrique et dans un climat de fraîcheur qui a favorisé la complexité aromatique. L’été indien a réchauffé le millésime en septembre et permis des vendanges sereines. On retrouve cette fraîcheur dans les blancs et rosés 2014 proposés à la dégustation. Mais Châteauneuf est une appellation où l’on prend son temps pour des élevages ambitieux, à juste titre. En rouge, on a donc surtout goûté des 2012 (denses et structurés) et 2013 (frais et charnus) aux Printemps de Châteauneuf.

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En blanc : la Clairette et sa réglisse

L’appellation Châteauneuf-du-Pape est connue pour ses vins rouges, qui représentent 95 % de la production, mais les blancs sont extrêmement recherchés par les amateurs « la belle restauration vient à nous pour les rouges, mais demande vite des blancs, pour avoir le petit frère autant que pour la variété d’accords mets-vins qu’ils permettent ! », précise François Miquel pour la maison Ogier, dont le Clos de l’Oratoire est une réussite sans discussion, en blanc 2014 comme en rouge 2013.

Parmi les treize cépages de l’appellation Châteauneuf, on compte des cépages blancs : Roussanne, Marsanne et Grenache Gris, incontournable, bien sûr, mais aussi Terret, Bourboulenc, Picpoul ou Clairette. Dans les assemblages, on trouve souvent une touche plus ou moins dominante de Clairette, pour sa note acidulée. Certains producteurs se risquent au 100 % Clairette et ce sont souvent des réussites remarquables !

Extrême rareté à la Bastide Saint-Dominique : Eric Bonnet n’a produit que quatre fois en quinze ans une cuvée La Chapelle 100 % Clairette rose. Il en a produit 930 bouteilles en 2014 et c’est une merveille de finesse et de complexité d’agrumes, de fleurs blanches et d’épices douces (réglisse en tête) pour 30 €, s’il en reste.

Coup de cœur aussi, pour la Clairette blanche de Nathalie Reynaud au domaine de l’Abbé Dîne, en appellation Côtes du Rhône, où la réglisse mène le bal. Cépage tardif, la Clairette se pare volontiers d’arômes de fruits mûrs et d’épices, réglisse en tête. Chez Nathalie Reynaud, on a aussi adoré le Côtes du Rhône Villages : 80 % Grenache sur galets roulés. Pour 10, 70€ on est déjà à Châteauneuf, même si, plus haut dans la gamme, le Châteauneuf en question, issu de grenaches de 120 ans sur les safres du terroir des Bédines, nous fait entrer dans une toute autre dimension de complexité (24 €).

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Analyse de terroir

Késako les safres ? Une forme de sables. Pourtant, Châteauneuf est connu pour ses vastes plaines de galets roulés. L’oeno-géologue Georges Truc a expliqué la variété bien plus importante des terroirs de Châteauneuf à un groupe de blogueurs et journalistes venus assister aux Printemps. Monsieur Truc leur a expliqué les trois types de sols dominants dans l’appellation et leurs effets sur les vins (on retrouve une partie de ses explications sur le site de l’appellation, avec la remarquable carte géologique)

D’abord, les éclats calcaires, rugueux et durs, entre lesquels les racines se fraient difficilement des chemins sinueux qui rendent le trajet de la sève long et pénible pour la plante. En outre, sur ces calcaires blancs, la réfraction solaire tend à épaissir les peaux des baies de raisins. A l’arrivée, les terroirs calcaires de Châteauneuf donnent des vins très structurés, aux trames tanniques affirmées par l’effort que les vignes ont mis à produire leurs raisins.

Deuxième terroir, celui des sables, appelés safres car ce sont des marnes sableuses, dans lesquels les racines s’enfoncent sans effort, presque à la verticale, qui retiennent peu l’eau de pluie mais qui n’empêchent pas la plante d’aller la chercher plus bas, en droite ligne : à l’arrivée, la plante trouve l’eau et les minéraux qu’il lui faut en profondeur, mais sans souffrance. Les vins produits sur les safres sont les plus fins et les plus complexes de l’appellation.

Troisième terroir, le plus célèbre, emblématique : les galets roulés sur un substrat d’argile : galets chauds sur argile fraîche et propice à la rétention d’eau. A l’arrivée, les vins ont le caractère généreux et charnu encouragé par la restitution nocturne de la chaleur emmagasinée par les galets le jour, assise sur une terre d’argile généreuse en eau et en éléments nutritifs.

L’assemblage entre la structure, la finesse et la rondeur est la règle à Châteauneuf, au-delà de l’assemblage de cépages. Mais les producteurs isolent aussi des sélections parcellaires pour illustrer les différentes identités de sol et d’environnement de leurs parcelles.

Anne Serres

Coups de cœur
Difficile de sélectionner les références tant les domaines de Châteauneuf valent le détour, grands classiques historiques en tête (Domaine La Millière, Domaine de Beaurenard, Domaine de la Solitude, Domaine Pierre Usseglio, Château de Beaucastel…). Mais outre ceux que nous avons cités plus haut, nous retenons aussi :

Domaine de la Côte de l’Ange, Châteauneuf du Pape blanc, 2012 : délicieuse complexité (bergamote, acacia, citronnelle) beaucoup de longueur.
www.cotedelange.fr

Domaine de Nalys et notamment, en blanc, la remarquable cuvée Eiselenci 2012 (32 €), une bombe d’intensité.
www.domainedenalys.com

Domaine de la Biscarelle pour son 100 % Cinsault (Le Début d’Une Histoire, 9 euros€) souple et gourmande et son Châteauneuf (19 €) épicé tout en finesse, sans aucun élevage sous bois : autant d’imbattables rapports qualité-prix.
www.labiscarelle.com

Domaine de la Barroche, pour son Châteauneuf 100 % Grenache, cuvée Pure 2012, une sélection parcellaire et une splendeur de finesse pour un vin si dense, entre framboise et réglisse.
www.domainelabarroche.com

Domaine de Villeneuve, pour ses Châteauneuf profonds, sur un fruit mûr sans confiture mais aussi pour sa cuvée en AOC Côtes du Rhône, la Griffe, à l’inimitable bouteille marquée d’un coup de griffe, aux tannins indiscutablement griffus mais dont le fruit fait patte de velours (17€).
www.chateauneuf.com/DOMAINE-DE-VILLENEUVE

Enfin, clin d’œil au plus oenophile des caricaturistes, Rémy Bousquet, dit simplement Rémy, exposant incontournable à l’entrée du salon avec ses affiches et t-shirt qui disent le goût du vin avec humour, tendresse et… ironie !

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