Mardi 27 Janvier 2026
Mathilde Boulachin ©soufianezaidi
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Date
27.01.2026
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Avec la publication de la deuxième édition de l’Observatoire Chavin/CSA, la Maison Chavin livre une nouvelle photographie de la consommation des vins sans alcool en France. Elle met en lumière une transformation profonde et désormais mondiale du rapport au vin, à l’alcool et à la convivialité. Créé en 2024, cet observatoire annuel* a pour ambition de mesurer, comprendre et contextualiser la croissance des vins sans alcool, tout en suivant l’évolution du Dry January et des comportements de modération.
« La catégorie des "vins sans alcool" continue de gagner du terrain et s’inscrit dans le développement d'une culture de la modération ; elle accompagne la baisse structurelle de la consommation de vin en France et dans le monde », résume Mathilde Boulachin à la tête de la Maison Chavin. « Le Dry January et son taux de participation en forte progression ainsi que la croissance des ventes des alternatives sans alcool ne sont pas la cause mais la conséquence du retrait du vin dans les habitudes de consommation. » Cette nouvelle édition de l’observatoire confirme ainsi une accélération nette des usages et une mutation des habitudes de consommation. Elle témoigne de l’ancrage du Dry January dans le paysage français. En 2025, 30 % des Français déclarent y avoir déjà participé au moins une fois, soit une progression de 11 points en un an. Ils étaient 41% à avoir relevé le défi en janvier 2025 et ils sont 44 % à envisager d‘y participer en janvier 2026, confirmant une dynamique continue. « Le Dry January connaît une véritable accélération depuis trois ans. Les médias, les réseaux sociaux, les communautés, tournent de plus en plus autour du bien-être…Tout converge vers un mois de janvier synonyme de pause, de santé et d’abstinence ou de modération », analyse Mathilde Boulachin. Loin d’un phénomène marginal ou militant, le Dry January s’impose comme un mouvement collectif, socialement accepté, voire valorisé.

Le profil des participants illustre ce basculement : 52 % de femmes, 49 % de moins de 35 ans (78 % moins de 49 ans), des CSP+ mais surtout des consommateurs de vin, déjà sensibilisés aux alternatives sans alcool. Cette réalité vient déconstruire l’idée selon laquelle ces produits s’adresseraient à des publics éloignés de la culture viticole. « Ce sont bien les consommateurs de vin qui souhaitent modérer, à qui l’on est en train de proposer de nouvelles alternatives », insiste Mathilde Boulachin. Plus largement, l’Observatoire révèle que la modération s’installe durablement dans les comportements, bien au-delà du seul mois de janvier. En 2025, 36 % des Français déclarent avoir réduit leur consommation d’alcool par rapport à 2024, 10 % affirment avoir totalement arrêté, et 39 % souhaitent encore réduire en 2026. Dans le même temps, 73 % des Français se définissent désormais comme « flexibuveurs » (71 % en 2024), alternant, selon les contextes, les moments de vie et les impératifs personnels ou professionnels, la consommation de boissons alcoolisées et sans alcool. Ce que les Anglais appellent le "zebra-stripping", histoire de ne pas proposer seulement du soda ou de l'eau comme alternative à ceux qui ne veulent pas boire ou préfèrent modérer.
Dans ce contexte, la catégorie des vins sans alcool poursuit une progression régulière. En 2025, 34 % des Français déclarent en avoir déjà consommé, soit une hausse de 9 points en un an. Ils sont désormais 19 % à en boire régulièrement ou occasionnellement, contre 13 % l’année précédente, et 7 % à en consommer chaque semaine. « L’an dernier, les femmes étaient majoritaires dans la consommation d’alternatives sans alcool. Aujourd’hui, on est revenu presque à l’équilibre, et nous recrutons des consommateurs de plus en plus âgés ainsi que des CSP+, plutôt localisés en Île-de-France et dans le Sud-Est », détaille Mathilde Boulachin. Le profil de ces amateurs confirme une réalité essentielle pour la filière : 95 % d’entre eux consomment également du vin alcoolisé. « Ils sont véritablement ‘flexibuveurs’. On ne va pas chercher les buveurs de soda. C’est une donnée primordiale qui bouleverse les paradigmes ». La consommation s’effectue majoritairement à domicile (58 %), et en famille ou chez des amis (34 %).
La restauration ne représente que 5 % des lieux de consommation, les bars 2 %, un constat qui ne peut qu’interpeller les professionnels du CHR. Pour Fabrice Sommier, MOF sommellerie et président de la Sommellerie française, cette évolution impose une adaptation rapide : « Naturellement, la France est le pays du vin et de l'art de vivre à la française. Mais les vins sans alcool peuvent en faire partie. Les restaurateurs, longtemps en retrait, doivent aujourd’hui s’adapter en proposant aussi des vins désalcoolisés soit pour répondre aux envies de découvertes de leurs clients soit parce qu’ils doivent tout simplement retourner au travail après. Les jeunes générations de sommeliers ont moins de carcans, et les établissements, y compris gastronomiques, commencent à anticiper plutôt qu’à subir ». Et de rappeler que les motifs de la déconsommation du vin sont multiples. « La consommation est moins régulière, le pouvoir d’achat diminue et il y a bien sûr le point de vue santé à laquelle les gens font plus attention. Les entreprises aussi sont plus attentives à l’hygiène de vie de leurs salariés, avec parfois la volonté de restreindre, voire d’interdire totalement l’alcool lors des déjeuners professionnels. »

L’aspect gustatif reste la question centrale. « Bien sûr que le goût n’est pas le même puisqu’il manque l’éthanol des vins traditionnels qui est un exhausteur aromatique », reconnaît volontiers Mathilde Boulachin. « Mais tout notre travail, en tant que faiseur de sans alcool depuis 2011, est d’aller chercher les complexités, les équilibres, les petites touches tanniques ». Les progrès technologiques permettent aujourd’hui de tendre vers des perceptions organoleptiques de plus en plus proches du vin, répondant à une demande exigeante et connaisseuse. Côté styles, les effervescents, blancs de blancs et rosés, dominent largement, portés par leur dimension festive et apéritive, tandis que les vins rouges sans alcool rencontrent un succès marqué sur certains marchés internationaux. Si les achats se font encore très majoritairement en GMS, à l’instar des vins traditionnels, ils sont en forte croissance chez les cavistes.
Par ailleurs, la dimension internationale s’est révélée essentielle pour Chavin, qui exporte dans plus de 60 pays et réalise 90 % de son chiffre d’affaires à l’export. « Ce sont les pays consommateurs ou producteurs de vin qui achètent en majorité, en particulier l’Asie, Japon en tête, l’Europe du Nord et les États-Unis, un marché ouvert dans un contexte pourtant complexe mais aujourd’hui très dynamique. Et la France n’est plus à la traîne. On a rattrapé notre écart par rapport à d’autres pays consommateurs de vin ». La Maison Chavin réaffirme qu’elle n’a pas vocation à remplacer le vin ; elle vise à accompagner une nouvelle manière de consommer, plus flexible, plus en phase avec les attentes contemporaines tout en préservant la convivialité et pour laquelle la modération n’est plus synonyme de renoncement, mais d’évolution culturelle et hédoniste. « Nous sommes loin d'être sur une mode. On parle désormais d’une nouvelle façon de consommer », conclut Mathilde Boulachin. « J’ai d’ailleurs un pied dans la tradition, un autre dans
l’hypermodernité. »
*réalisée par CSA auprès d’un échantillon représentatif de 1 006 Français âgés de 18 ans et plus
(enquête menée du 8 au 16 octobre 2025),

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