Lundi 23 Février 2026
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23.02.2026
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Les vins labellisés Biodyvin affichent une ligne claire : une biodynamie appliquée, partagée, contrôlée… et qui joue la carte du collectif. Avec environ 225 domaines adhérents (majoritairement français), dont des noms aussi iconiques que la Romanée-Conti, le syndicat poursuit sa mue : structurer une “famille” sans céder à la course aux volumes, tout en renforçant l’accompagnement technique et l’exigence sur le goût.
À la présidence de Biodyvin, Christine Saurel (Domaine Montirius, Vallée du Rhône méridionale) revendique une filiation, celle de François Bouchet, figure historique de la biodynamie appliquée à la vigne. « En 1996, il nous apprend à voir la vigne autrement… pour avoir un raisin beaucoup plus vibrant », raconte-t-elle. François Bouchet, qui expérimente la biodynamie dès les années 1960, tâtonne, adapte, et affine au fil des millésimes. Christine Saurel souligne aussi son dialogue avec Maria Thun, référence allemande de la biodynamie, à l’origine d’une préparation devenue emblématique : le CMBT (compost de bouse Maria Thun). Le cœur de cette transmission reste une méthode “terrain” : diagnostic parcellaire, plan d’action et gestes agronomiques. « Si vous faites les choses de façon intellectuelle et philosophique, à un moment vous vous perdez… la nature a besoin de pragmatisme », insiste la présidente.
C’est précisément ce besoin d’échanger, à une époque où « il y avait peu d’écrits » sur la biodynamie viticole, qui pousse une poignée de vignerons à se fédérer au tournant des années 1990. Le syndicat construit alors un cahier des charges privé, inspiré des pratiques éprouvées, puis fait un choix : se faire auditer par un organisme certificateur extérieur, avec un contrôle de conformité au cahier des charges.
Biodyvin revendique un modèle singulier, à mi-chemin entre certification et compagnonnage. « Le but de Biodyvin aujourd’hui, ce n’est pas de grossir pour grossir », résume Christine Saurel. Pour candidater, un prérequis s’impose : être déjà certifié en bio. Le vigneron remplit ensuite un dossier d’admission, vérifié sur le volet administratif, puis passe un entretien avec le responsable certification, Emmanuel Cazes, pour éclaircir certains points agronomiques. Vient alors le temps du terrain : des vignerons Biodyvin de la même région se déplacent au domaine. Christine Saurel les décrit comme des “parrains” au sens large : « pas pour le parrainer pour rentrer, mais pour que… ce vigneron se sente soutenu quoi qu’il arrive ». Visite de vignes, discussion de pratiques, conseils, pistes de fournisseurs : le lien "vigneron à vigneron” se met en place. Puis les vins sont dégustés sur place. Si “ça ne reflète pas” ce qui a été vu dans le vignoble, la candidature peut s’arrêter là, sans rupture du lien. « Ce n’est pas facile en tant que vigneron d’aller dire à un autre vigneron : il y a un problème dans tes vins… Mais on le fait », assume-t-elle, évoquant le cas d’un domaine recalé puis revenu, trois ans plus tard, après correction d’un souci de cave.
Si la visite et les vins “matchent”, le dossier monte au comité de dégustation, une vingtaine de vignerons dégustent. La validation d’entrée se fait ensuite au vote : il faut deux tiers des voix. Une période de conversion peut aller jusqu’à quatre ans, modulée selon l’historique et, surtout, « ce que les gens vont ressentir dans les vins ».
Côté “coulisses”, Biodyvin s’appuie sur un bureau et des fonctions clés : Christine Saurel à la présidence, Vincent Goumard (Mas Cal Demoura) au poste de trésorier (succédant à Thierry Hasard, du Domaine de la Marfée), Emmanuel Cazes sur la certification, Bernadette Blatz au secrétariat général, Marie Chartier-Luneau sur l’animation/communication, et Margot Reinartz pour la mise en œuvre opérationnelle de la communication.
Le temps fort interne reste l’assemblée générale, début janvier : visites de domaines, tables rondes (eau, climat, difficulté à “trouver les mots” pour parler biodynamie), puis dégustation collective. Un moment que la présidente décrit comme un sas de décompression et de recharge : « Vous rentrez chez vous… vous avez pris un masque à oxygène et vous êtes fort ». Chaque année le vignoble d'accueil change.
Sur le front public, Biodyvin assume aussi une stratégie événementielle : dégustation historique à Paris à l’automne, présence récente à Millésime Bio, et un rendez-vous export juste avant Wine Paris : Biodyvin Export.
En conversion vers Biodyvin, Bruno Boisson (Domaine Boisson, Cairanne) résume ce qui attire les nouveaux entrants : une biodynamie vécue comme une évidence sensorielle et une dynamique collective. « La biodynamie est arrivée à moi par la dégustation… un supplément d’âme », écrit-il. Et côté syndicat : « J’apprécie la solidarité et la bienveillance… Je n’ai ressenti ni paternalisme, ni condescendance ». Il revendique surtout la rigueur du protocole : « Lorsqu’on fait partie d’une entité, on bénéficie de son image mais on en est aussi responsable ».
Dans un paysage où la biodynamie se décline en sensibilités multiples, Biodyvin avance avec une boussole : faire bloc, garder un cap qualitatif, et s’assurer – verre en main – que la promesse “biodynamique” se traduit dans le vin. « Les vins qui entrent… sont forcément des vins où il y a une vraie identité par rapport à leur lieu », martèle Christine Saurel. Une phrase qui, à elle seule, résume l’ambition du label pour les années à venir.
Les tarifs de cotisation annuelle communiqués par Biodyvin sont structurés ainsi : forfait adhérent 220 € HT, plus 22 € / ha (jusqu’à 60 ha maximum, soit 1 320 € HT au plafond), auxquels s’ajoute une cotisation collectée pour le compte du Mouvement de l’Agriculture Biodynamique : 180 € TTC.

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