Lundi 9 Mars 2026
Languedoc ©F.Hermine
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09.03.2026
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Cinquante ans après une fusillade qui avait fait un mort chez les vignerons et un autre parmi les CRS à Montredon-des-Corbières dans l'Aude, viticulteurs et forces de l'ordre ont commémoré ensemble dimanche ce drame, « tournant » des luttes viticoles dans la région.
Le 4 mars 1976, tandis que l'ouverture des frontières voulue par la construction européenne provoquait une mévente des vins du Languedoc en raison de la concurrence italienne, plusieurs milliers de manifestants avaient bloqué le pont de Montredon et la voie ferrée en contrebas. Des incidents avaient alors éclaté et, dans des échanges de coups de feu, le vigneron Émile Pouytès et le commandant de CRS Joël Le Goff avaient été tués.
Vignerons et membres des forces de l'ordre avaient déjà l'habitude de se recueillir chaque année devant les stèles des deux hommes, mais à des moments différents. Cette année, pour la première fois, ils ont décidé de commémorer ces victimes ensemble.
Une cérémonie religieuse, au cours de laquelle l'évêque de Carcassonne, Bruno Valentin, a lu un message du pape Léon XIV écrit pour l'occasion, les a d'abord réunis, avant qu'ils ne marchent vers les stèles, drapeaux français et occitan en tête, aux côtés d'élus de tous bords. « Il est important que pour ce 50e anniversaire, il y ait non seulement de l'amitié mais aussi de la fraternité », a souligné auprès de l'AFP un participant, Gérard Amans, membre de la confrérie des vins de Narbonne.
« Si cette cérémonie (…) donne un élan, c'est essentiel pour notre vie commune, car nous avons besoin aujourd'hui de rassemblement » face au « délitement de cette société française », a-t-il espéré. Sur ces terres audoises où la « mer de vignes » a longtemps été le seul horizon agricole avant de décliner au fil des lourdes crises du secteur, le drame de Montredon continue de résonner, alors que la viticulture doit désormais faire face à l'impact du changement climatique.
Le « paroxysme de violence » de Montredon a marqué « une rupture, un tournant dans la viticulture », a expliqué à l'AFP Jean-Philippe Martin, historien et auteur du livre « La Guerre du vin. Montredon 1976 : à la vigne à la mort ! », publié en fin de semaine. Selon l'historien, ce drame a eu plusieurs conséquences : il a mis fin à l'escalade de la violence en cours depuis les années 1960 avec l'émergence des Comités d'action viticole, tout en accélérant une profonde restructuration économique du secteur viticole dans le Languedoc.
Article écrit avec AFP

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