Lundi 4 Mai 2026
© Studio Furax pour le BNIC
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04.05.2026
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L'interprofession du cognac, confrontée à un recul de ses ventes depuis 2021 sur fond de tensions géopolitiques, a annoncé jeudi le lancement d'un vaste plan d'arrachage « temporaire » de son vignoble. Cette mesure d'urgence, qui porte sur des milliers d'hectares, est destinée à faire remonter les rendements de production en adaptant l'offre à une demande mondiale en berne.
Le dispositif, finançable « en intégralité » par la filière via des prêts bancaires, prévoit une aide de 4 500 euros par hectare arraché : 3 000 euros versés la première année et le solde au bout de cinq ans. À cette échéance, le viticulteur pourra choisir de replanter en appellation cognac ou de percevoir une surprime de 1 500 euros si l'arrachage devient définitif, a détaillé le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC).
L'objectif est de supprimer « 12 000 à 13 000 hectares sur plusieurs années », soit près de 15 % des surfaces de l'appellation. Cette initiative privée répond à l'échec relatif du plan national d'arrachage définitif cofinancé par l'État, qui n'a séduit que de rares exploitants — moins de 600 hectares prévus d'ici fin 2026 — restant bien en deçà des attentes de l'interprofession.
Le secteur souffre d'une conjoncture violente. Avec des ventes réalisées quasi exclusivement à l'export, le cognac a vu ses volumes plonger de 20 % au second semestre 2025. Un cocktail toxique mêlant hausse des droits de douane américains, surtaxes chinoises sur les eaux-de-vie et une baisse générale de la consommation d'alcool.
« La situation ne s'est pas améliorée. Elle s'est même légèrement aggravée avec l'instabilité dans le Golfe et ses effets collatéraux. À moyen terme, on ne voit pas d'éclaircie », a martelé Florent Morillon, président du BNIC.
Désormais, la filière réclame que l'Union européenne soutienne ce plan en guise de « réparation ». Le cognac se considère comme l'otage de la bataille commerciale entre Bruxelles et Pékin sur les véhicules électriques. Le préjudice est estimé à 500 millions d'euros par le BNIC, qui relancera la semaine prochaine sa demande d'aide d'urgence de 30 à 40 millions d'euros.
« Si rien ne bouge, cela voudra dire que les filières viticoles françaises, qui font régulièrement les frais de rétorsions diplomatiques, peuvent être sacrifiées gratuitement », a tancé Raphaël Delpech, directeur général de l'organisme. En 2024, les exportations de cognac pesaient encore trois milliards d'euros, tirées par les États-Unis (36 %) et la Chine (20 %).

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