Vendredi 22 Mai 2026
Chris Morris & Elizabeth McCall©DR
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22.05.2026
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Maison fondée en 1812, Woodford Reserve est une institution du bourbon, sans conteste le plus emblématique des spiritueux américains. Dans ce coin du Kentucky se cultive une tradition qui n’est pas sans parenté avec notre histoire, et avec un certain monarque qui a contribué à l’indépendance des États-Unis avant de perdre sa tête en France
Bienvenue à Versailles, Kentucky. Versailles ? Oui, vous avez bien lu : à une soixantaine de miles de Louisville, tout près des comtés de Fayette et de Bourbon… Les traces de la relation forte avec la monarchie française et le roi Louis XVI, pour son soutien face aux Anglais lors de la guerre d’indépendance américaine, sont encore vivaces dans cet État situé à la limite du Midwest et du vieux Sud. Le Kentucky est célèbre pour pas mal de choses : sa tradition équestre, dont la pierre angulaire est le fameux derby de Churchill Downs, qui vient de fêter ses 150 ans ; la fabrication de la Louisville Slugger, emblématique batte de baseball ; quelques figures historiques comme l’ancien président Abraham Lincoln ou le boxeur de légende Muhammad Ali, né Cassius Clay ; plus près de nous, des célébrités hollywoodiennes comme George Clooney, Johnny Depp, Jennifer Lawrence ou encore Tom Cruise, qui a passé là une partie de son adolescence.
Mais la vraie « star » du Kentucky, c’est le bourbon, qui doit justement son appellation au comté du même nom. Non que ce spiritueux doive absolument avoir été produit dans le comté en question, ni même dans le Kentucky, pour revendiquer sa dénomination. Ses critères de reconnaissance sont plus techniques que géographiques, exigeant entre autres que l’eau-de-vie soit issue de maïs au moins à hauteur de 51 % (le solde pouvant être complété par d’autres céréales) et soit élevée dans des fûts de chêne neufs aux parois « brûlées » par une chauffe très intense, qui va conférer couleur et saveurs au liquide. De fait, on peut produire du bourbon à peu près n’importe où sur le territoire américain, mais c’est tout de même dans le Kentucky que se concentre la très grande majorité de la production, de la plus mainstream à la plus craft. La Kentucky Bourbon Trail, ou « route du bourbon », fédère à elle seule 46 distilleries !
Mais revenons à Versailles, Kentucky. C’est ici, dans ce chef-lieu du comté de Woodford, que se situe l’une des plus belles maisons portant haut l’étendard du bourbon : Woodford Reserve. Une institution fondée en 1812 par la famille Pepper, laquelle a identifié le site idéal pour produire une eau-de-vie de grande qualité, en particulier grâce à la proximité de sources d’eau pure, filtrée par des strates de calcaire. En avance sur leur temps, les Pepper développent également la technique du « sour mash » – utilisation d’une partie de la fermentation précédente dans le moût suivant pour intensifier les saveurs du whiskey. La distillerie passe dans les années 1870 entre les mains de Labrot & Graham, traverse, comme tous les alcooliers américains, une phase difficile pendant la prohibition, puis est rachetée par le groupe Brown-Forman en 1941. Las, la compagnie délocalise sa production à Louisville et cède le site historique à un exploitant agricole ; elle ne redécouvrira son potentiel que dans les années 1990. À cette époque, le bourbon est au creux de la vague. Mais Brown-Forman mise gros sur cette « boutique-distillerie » qui est rénovée à grands frais : c’est le début du renouveau, qui passe en particulier par le spiritourisme, inspirant ce qui va devenir le Kentucky Bourbon Trail. En 2003, la distillerie est rebaptisée Woodford Reserve – une nouvelle marque se dotant d’une bouteille emblématique, en forme d’étrier : l’amour du cheval n’est jamais loin dans ce coin d’Amérique.
Très vite, Woodford Reserve s’impose comme l’une des marques phares d’un bourbon en pleine renaissance. La recherche de l’équilibre entre toutes les caractéristiques du bourbon – épices, boisé, fraîcheur, gourmandise, crémeux – en fait un étalon fédérateur pour tous les amateurs, tout en obéissant à des standards de qualité élevés, dont le maître distillateur Chris Morris va être le garant pendant plus de vingt ans. S’appuyant sur des approvisionnements scrupuleux en matière de céréales (maïs et blé du Kentucky, orge du nord des États-Unis et du Canada, seigle d’Europe et du Canada… en attendant l’aboutissement d’un « Rye Project » dans lequel la distillerie est très impliquée) et sur des itinéraires techniques très stricts (cocktail de levures maison, huit cuves de fermentation en bois de cyprès, six alambics fabriqués en Écosse pour une triple distillation, cinq chais de vieillissement), Woodford Reserve revendique son ambition d’être le « gold standard » du bourbon, au style immédiatement identifiable. Une ambition désormais perpétuée par Elizabeth McCall, qui, après avoir rejoint la maison en 2009, a patiemment gravi les échelons et succédé officiellement à Chris Morris en qualité de « master distiller » en 2023. Se considérant comme la « gardienne » de Woodford et anticipant déjà toutes les évolutions de la gamme (du bourbon « flagship » à la Master’s Collection annuelle, en passant par le Double Oaked et les whiskeys de malt, de seigle et de blé), Elizabeth veille à ce que l’ADN de Woodford Reserve soit préservé pour les années à venir : « Un spectacle pour le sens, alliant style et substance. » On n’en attend pas moins de l’aristocratie du bourbon.
Woodford Reserve Master’s Collection Madeira Cask Finish
20ème opus de la Master’s Collection lancée en 2004 par l’emblématique Chris Morris et perpétuée par la « master distiller » Elizabeth McCall, ce bijou est un assemblage de whiskies de seigle, de blé et de bourbon, ayant bénéficié d’un finish en ex-fûts de madère. Il en ressort un équilibre irrésistible entre épices toniques, enrobage gourmand et notes oxydatives. Fruits secs, noisette torréfiée, datte et orange confite se combinent avec des notes biscuitées et salines, portées par une fine touche de rancio.
45,2 % 160 € LES 70 CL

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