Mercredi 29 Juillet 2026
Hubert Ott, député de la 2ᵉ circonscription du Haut-Rhin @DR
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29.07.2026
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Cuivre menacé d'interdiction, vignes à l'abandon, flavescence dorée, loi Évin trop rigide... La liste des dossiers qui pèsent sur l'avenir de la filière viticole ne cesse de s'allonger. Alors que la loi d'urgence agricole, adoptée définitivement le 21 juillet, a cristallisé les tensions du monde agricole, nous avons voulu prendre le pouls de la filière du côté de ceux qui légifèrent. Hubert Ott, député du Haut-Rhin rattaché au groupe "les Démocrates", a accepté de revenir avec nous sur tous ces sujets qui engagent le poids et l'avenir de la viticulture française.
Biologiste de formation, secrétaire du groupe d'études Vigne, vin et œnologie, membre de l'ANEV (Association nationale des élus de la vigne et du vin), il siège aussi à la commission du Développement durable et de l'Aménagement du territoire. Sur le terrain, il se définit comme un « nomade d'exploitation viticole », toujours entre deux domaines de sa circonscription. Nous l'avons rencontré en juin dernier, quelques semaines avant l'adoption de la loi d'urgence agricole, qui ouvre justement la voie à une réintroduction dérogatoire de l'acétamipride, il nous livrait déjà sa position sur le sujet...
On sort d'une impasse. Pendant des décennies, on s'est engouffrés dans le tout phytosanitaire de synthèse, et nous en avons payé le prix sur le plan écologique. Aujourd'hui, l’attention se concentre majoritairement sur des alternatives. Je pense que la viticulture est l'un des secteurs de pointe de l'agriculture de demain, celui qui montre la voie pour relever les défis écologiques et climatiques à venir. C'est une économie non délocalisable, et intrinsèque à nos territoires.
Je comprends que ça inquiète quand on allume la télévision et qu'on parle d'arrachage. Mais l'envie de cultiver, elle, n'a pas disparu. Les métiers de la viticulture restent circulaires et complets. On est sur le terrain, on soigne, on récolte, on vinifie, on vend, parfois à côté, parfois à l'autre bout du monde. J'étais moi-même très sceptique sur l'avenir de la filière il y a une trentaine d'années, en voyant l'agriculture s'industrialiser et se chimiser à outrance. Aujourd'hui c'est l'inverse : l'offre n'a jamais été aussi fine, aussi riche de découvertes, portée par des gens que je considère comme de vrais inventeurs. Ce n'est vraiment pas le moment de lâcher.
Je pense qu'à vouloir combattre trop de choses à la fois, on finit par paralyser tout le système. Il faut être très clair sur ce qui est réellement dangereux et ce qui ne l'est pas. Le cuivre est un élément chimique natif, présent dans la nature sous différentes formes, il fait partie du tableau de Mendeleïev. Il a un pouvoir fongicide très puissant, et surtout, il a permis d'écarter toute une génération de molécules de synthèse infiniment plus problématiques. Si on le supprime, il faudra bien le remplacer, et je ne suis pas certain que ce qui viendra ensuite sera moins nocif. Le vivant connaît le cuivre depuis des millions d'années ; il n'a en revanche jamais été confronté à certaines substances de synthèse, qui, elles, sont de véritables polluants durables pour les sols, l'eau et tous les compartiments des écosystèmes.
Je fais une différence très nette avec des produits comme l'acétamipride ou les néonicotinoïdes, sur lesquels je suis beaucoup plus catégorique : nous avons suffisamment d'éléments convergents pour parler de toxicité incompatible avec la préservation de la biodiversité et de la santé humaine. Pour le cuivre, ce n'est pas la même histoire. Il faut de la rigueur dans son usage, des précautions sur les quantités, mais rigueur ne veut pas dire interdiction pure et simple. Priver les agriculteurs de tout moyen de lutte, c'est exactement ce que le monde agricole ne supporte plus, et il a raison.
Je le dis d'autant plus volontiers que je suis un défenseur convaincu de l'agriculture biologique. En Alsace, sur nos 15 000 hectares de vignoble, plus de 30 % sont déjà conduits en bio, et une grande partie d’entre eux en biodynamie. C'est l'une des plus belles réussites de notre région. Si les autorisations de mise sur le marché venaient à être définitivement refusées à partir de 2027, je pense que l'Assemblée devra s'en saisir, et je m'y engage.
Ce texte est né d'un constat de terrain, de mes échanges avec des vignerons et des institutions, notamment avec la Confédération nationale des producteurs de vins et eaux-de-vie de vin à appellations d'origine contrôlée (CNAOC), dont le président, Jérôme Bauer, est justement originaire de ma circonscription. Le point de départ, c'est que les parcelles laissées à l'abandon deviennent des foyers de propagation pour les maladies cryptogamiques, et plus il y a de vignes en friche dans un secteur, plus les exploitants voisins qui entretiennent leurs parcelles sont pénalisés.
Le texte a été déposé en janvier 2025, puis adopté par l'Assemblée en mars. Il remplace l'ancien régime de sanction, un délit lourd et quasiment jamais appliqué, par une contravention plus simple à mettre en œuvre, assortie d'un pouvoir d'injonction pour les agents habilités. Pour l'instant, le dispositif ne s'applique qu'aux maladies de quarantaine comme la flavescence dorée, pas encore à l'ensemble des maladies cryptogamiques comme le mildiou, faute de recul scientifique suffisant. Mais le travail se poursuit pour élargir, à terme, le socle d'application de la loi.
Il passe d'abord par le terrain. Je suis un nomade d'exploitation viticole, je vais de l'une à l'autre en permanence, et ça m'intéresse toujours autant. Quand je rencontre des viticulteurs de ma circonscription, je propose systématiquement des dégustations avec des produits locaux (le vin, mais aussi les fromages de nos montagnes) afin de créer ce lien direct entre les gens et le territoire.
Mon rôle, c'est aussi d'accompagner des démarches qui vont dans le bon sens, même quand elles ne sont pas encore fixées. Je pense par exemple à celle de l'appellation d'origine durable, portée par Ronan Raffray et ses élèves du Master de Droit des Affaires de la Vigne et du Vin de Bordeaux, évoquée lors d'un colloque au Sénat consacré à la durabilité viticole. Si elle venait à se concrétiser davantage, je la soutiendrais avec conviction, car je crois que toutes les révolutions se font d'abord dans les têtes, et qu'il faut continuer à en parler jusqu'à ce que les premiers concernés se les approprient. C'est déjà ce qui s'est passé sur la question du sol ; il y a vingt ans, un viticulteur ne s'y intéressait pas de la même façon qu'aujourd'hui.
La viticulture, c'est un écosystème imbriqué dans un écosystème plus large, et il y a plein de choses qui en découlent. Quand un viticulteur veut réinventer son métier, il a besoin d'outils nouveaux, il déclenche un processus d'inventivité ailleurs, dans la mécanique, l'électromécanique, dans des tas de domaines. Une logique de filière s'implante, et des petites industries parallèles se développent. Ce poids-la reste largement invisible dans le débat public, qui ne retient souvent que les aspects négatifs : l'arrachage, la crise ou la déconsommation. Un village bien entretenu, une commune dynamique, tout cela profite à l'ensemble d'un territoire, et pas seulement au viticulteur lui-même. Il faut que les gens comprennent ça, et qu'on a un intérêt général à préserver la viticulture.
Pour reconquérir les jeunes générations, je crois profondément à la proximité. Aller à la rencontre d'un viticulteur, déguster avec lui, comprendre son sol, son histoire, c'est découvrir une part de son propre territoire et, d'une certaine manière, une part de soi-même. C'est tout l'enjeu de l'œnotourisme, qui est une vraie chance pour la filière. En Alsace, la route des vins, l'une des plus anciennes de France avec ses 170 kilomètres, en est un bel exemple. Mais il ne faut pas non plus abandonner l'international : entre les traités récemment négociés avec le Brésil ou l'ouverture du marché indien, il y a matière à construire les deux à la fois, sans isoler les combats les uns des autres. Ce qui est bon pour l'un est bon pour l'ensemble de la filière.
La loi Évin avait pour vocation de lutter contre l'alcoolisme, et c'est une cause juste. Le drame, c'est que l'alcoolisme chronique n'a jamais vraiment disparu, et qu'il existe aujourd'hui des formes de consommation excessive et brutale chez les jeunes, mais elles concernent bien plus les alcools forts et industriels que le vin. Or, le texte continue de traiter tous les alcools de la même manière, alors que le vin n'est plus, aujourd'hui, le principal vecteur de ces excès. Le vin est davantage acteur d’une tradition artisanale, culturelle, à l'opposé de ce que consomment beaucoup de jeunes aujourd'hui.
Concrètement, la communication autour du vin reste aujourd'hui très encadrée, avec une liste restreinte de supports autorisés. Je pense qu'il serait légitime d'accorder davantage de tolérance à la promotion des vins français, et ainsi laisser plus de marge de manœuvre aux ODG. Mais je ne pense pas que ça se joue uniquement sur la publicité et la communication. Le vin, c'est avant tout un attachement à un lieu, une histoire, un producteur. C'est en redonnant aux jeunes générations l'envie d'aller à la rencontre des viticulteurs, plus que par l'incitation, qu'on recréera l'attachement à ce patrimoine.

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