Mardi 13 Octobre 2026
© Nicolas Gouhier
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Date
13.10.2026
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Les cuvées parcellaires sont une approche audacieuse du champagne millésimé, le trait d’union entre terroir et œnologie de précision. Avec Le Bateau et Les Maladries, deux cuvées de grands crus de la Côte des blancs, la Maison de Champagne Barons de Rothschild vient d'en faire un nouvel axe de sa gamme.
Il y a, dans l’histoire de Barons de Rothschild, une forme de paradoxe heureux. La maison de Champagne est jeune, elle a été fondée en 2005, mais elle porte un nom dont l’histoire viticole s’écrit depuis des générations dans les grands crus de Bordeaux. Philippe Sereys de Rothschild, Ariane de Rothschild, Eric et Saskia de Rothschild ont choisi de réunir leurs branches au sein d’un domaine commun en Champagne, selon une idée simple et exigeante : appliquer à ce nouveau territoire la même attention portée aux grands terroirs de la famille. Vingt et un ans plus tard, la Maison semble vouloir aller plus loin. Guillaume Lété, Chef de caves depuis 2016, après avoir rejoint la Maison en 2011, accompagne cette évolution avec une liberté qu’il apprécie et dévoue à un principe, celui de cultiver l’individualité.
Originaire d’Avize et issu lui-même d’une famille de vignerons, Guillaume Lété connaît intimement cette Côte des blancs dont le chardonnay constitue l’épine dorsale du style Barons de Rothschild. Arrivé chez Barons de Rothschild en 2011, il y a développé son approche propre, selon un principe : laisser chaque terroir parler. Et quel terroir ! La maison ne vinifie que du chardonnay grand cru et premier cru de la Côte des blancs. Le signe le plus évident de cette évolution est Le Grand Clos 2019, - exclusivement issu du clos de 52 ares reconstitué par la famille Rothschild sur le site de Vertus, et dévoilé en 2025 pour les vingt ans de la maison. Ce blanc de blancs inaugurait une nouvelle façon de regarder le patrimoine champenois de la famille. « Je considère que l’on fait quatre-vingt-dix pour cent du travail à la vigne. Nous sommes très proches du terroir. Nous travaillons avec quarante-cinq familles de vignerons » précise -t-il. « Ensuite en cuverie nous créons le maximum d’individualité. Nous élevons ces individualités jusqu’au bout de façon séparée afin d’obtenir le maximum de diversité d’expression. Nous sommes dans l’œnologie accompagnatrice, comme j’aime à dire. »
Une philosophie œnologique qui devient manifeste avec ces deux toutes nouvelles cuvées parcellaires, Le Bateau 2021 et Les Maladries 2021, issues exclusivement de vignobles appartenant à la famille Rothschild situés dans les deux grands crus de la Côte des blancs. Elles viennent constituer les premiers témoignages d’une collection parcellaire appelée à se développer. « Nos vins sont construits avec des schémas de maturité un peu poussée, car nous pratiquons de longs élevages, que nous travaillons avec des terroirs anciens. Nous sommes sur un schéma très vigneron en soi. Nous ne sommes pas dans un schéma extensif mais plutôt sur un travail de très grande qualité. En particulier, nous travaillons beaucoup sur les textures d’entrée de bouche pour obtenir des vins qui soient très souples, avant de partir sur la verticalité ».
Issues exclusivement de vignes appartenant à la famille au sein de deux grands crus de la Côte des blancs, ces deux cuvées monocru et parcellaire permettent à Guillaume Lété de pousser plus loin le travail de micro-vinification engagé depuis plusieurs années : isoler les lieux, suivre leur évolution séparément et laisser chaque vin construire sa propre expression.
Le choix du millésime 2021 participe pleinement de cette démarche. En Champagne, l’année fut particulièrement éprouvante, entre gel printanier, épisodes climatiques difficiles et très faible volume de récolte. Vendangés à la fin du mois de septembre, les raisins ont bénéficié d'un cycle long, particulièrement tardif au regard des critères actuels. Malgré des rendements limités, dans certains terroirs privilégiés de la Côte des blancs, le millésime a donné des chardonnays d’une remarquable tension, avec un équilibre qui se prête particulièrement bien à un élevage long. Pour Guillaume Lété, ce millésime 2021 rappelle l'expression du 2013, c’est-à-dire une année de viticulture exigeante, de précision, débouchant sur un formidable potentiel de garde.
La dégustation confirme immédiatement l’intérêt de cette approche millésimée et parcellaire. À Cramant, le lieu-dit Le Bateau occupe une parcelle de seulement 12,15 ares, plantés en chardonnay en 1974. Située à l’entrée du grand cru et exposée plein Sud, elle ne compte qu’une dizaine de centimètres de terre avant que la craie campanienne n’affleure. Le nom du lieu-dit ferait référence à la forme du coteau, dont le dessin évoquerait la coque d’un bateau. Ici, le sol impose immédiatement sa signature. La craie, très proche, confère au chardonnay une expression tendue, verticale et saline. Pour préserver cette identité, la cuvée Le Bateau 2021 a été élevée neuf mois en fûts de chêne, avant de poursuivre son vieillissement pendant 45 mois en bouteille. Dégorgée le 23 avril 2026, la cuvée est dosée à 2 g/l et tirée à seulement 906 bouteilles. Une micro production qui correspond à cette volonté de pousser jusqu’au bout la lecture parcellaire. Au nez, Le Bateau 2021 se montre floral et minéral. En bouche, l’attaque s’étire sur des notes citronnées et les notes salines attendues, avant de gagner une finale d’épices fraîches, de poivre de Timut et légèrement safranée.

La cuvée Les Maladries 2021 propose une interprétation sensiblement différente. La parcelle, située à Avize, couvre 28,12 ares en grand cru et plantés en 1938. Contrairement aux chardonnays plus légers et aériens de Cramant, les chardonnays d’Avize, village exclusivement en grand cru, sont réputés pour leur élégance et leur minéralité associée à leur richesse en bouche. Exposée au nord et située à mi-coteau, cette parcelle présente environ trente centimètres d’argile avant la craie campanienne. Son nom rappelle l’ancienne vocation du site, associée à une « maladrerie », terme autrefois employé pour désigner des établissements accueillant les malades.
La vinification traduit la recherche de nuance : 50 % du vin est élevé en fûts de chêne et 50 % en cuves ovoïdes de béton pendant neuf mois. L’intérêt de ces cuves ovoïdes réside dans ce qu’elles engendrent des courants de convection naturels. Les lies fines restent ainsi en suspension constante sans qu'il soit nécessaire d'effectuer un bâtonnage mécanique. Elles permettent en outre un échange gazeux discret (micro-oxygénation) qui favorise la maturation des vins clairs. Après 45 mois de vieillissement en bouteille, Les Maladries 2021 a été dégorgée le 22 avril 2026 et dosée à 3 g/l. Le tirage est moins confidentiel mais reste toutefois limité à 2 542 bouteilles. Au nez, cette cuvée affirme un registre minéral et crayeux, complété par des notes de tilleul et, à l’aération, d’amande légèrement grillée. En bouche, l’attaque est plus ample et texturée que celle du Bateau, avec une matière sapide qui évoque la craie. Puis les agrumes prennent le relais, apportant fraîcheur et allonge.
Deux parcelles, deux expositions, deux natures de sol et deux choix d’élevage pour deux cuvées monocru en cent pour cent chardonnay qui affirment avec une rare netteté leur personnalité, tout en portant, chacune à sa manière, l’empreinte de Barons de Rothschild. L'intérêt de la collection réside précisément dans cette capacité à faire apparaître les différences plutôt qu’à les gommer. « Ces cuvées nous racontent. Nous avons toujours accordé une place essentielle aux micro-vinifications pour comprendre nos terroirs et révéler leur singularité. Avec cette collection de parcellaires, nous souhaitons partager cette approche et offrir une lecture encore plus en profondeur de nos convictions », souligne Guillaume Lété. A la dégustation, elles s’imposent clairement comme des champagnes d’exception, déjà remarquablement aboutis, mais dont la profondeur et la complexité devraient se révéler davantage avec le temps.

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