(Pablo Ferrand, maison Pierre de Segonzac).
(Pablo Ferrand, maison Pierre de Segonzac).

La température baisse dans les Charentes, ça sent l’hiver et la chaleur de l’alambic que l’on rallume pour entamer la campagne de distillation. C’est l’occasion, lorsque le reconfinement sera derrière nous, de venir visiter le pays du Cognac. En attendant, Pablo Ferrand, de la maison Pierre de Segonzac, nous met l’eau-de-vie à la bouche.

La nouvelle campagne de distillation s’ouvre, comment se présente-t-elle ?
Le millésime 2020 pourrait rester dans nos anales. Après les fortes gelées de 2017 et 2019, la vigne a comme souvent “compensé” les pertes et a produit plus que d’ordinaire. L’été très sec a protégé le vignoble des maladies et si certaines zones ont pu manquer d’eau, ce n’était pas notre cas. L’eau se trouve à moins de 6-7 mètres de profondeur sur les coteaux de la Nérolle. Certes, il a fallu prendre soin des jeunes plants et les arroser, mais les vieilles vignes n’ont pas souffert des fortes chaleurs grâce au développement de leur système racinaire. Le résultat donne un vin très équilibré à moins de 10°. Certains de nos confrères ont déjà allumé leurs alambics et les premiers résultats sont très encourageants. De notre côté, nous aimons laisser au vin le temps de faire la seconde fermentation. La malolactique qui transforme les acides maliques en acides lactiques et donne des eaux-de-vie plus riches et plus complexes. Lorsque le reconfinement sera derrière nous, les visiteurs seront les bienvenus auprès des alambics. Nous les accueillerons du lundi au vendredi en matinée ou tout début d’après-midi.

Vous sortez deux nouveaux produits, pouvez-vous nous en parler ?
Un de nos cousins installé en Petite Champagne a décidé de partir en retraite et a contacté papa pour lui proposer quelques vieilles dames-jeannes familiales. Le maître de chai a mis le nez dessus et nous avons décidé de sortir deux hors-séries Fine Champagne très différents de notre gamme. Nos cognacs traditionnels sont orientés sur la douceur et le plaisir gustatif grâce aux réglages de notre alambic de 18 hectolitres. Ces deux hors-séries sont plus délicates et demandent un temps de réflexion plus long pour les appréhender. Ils s’adressent aux connaisseurs qui veulent approfondir leur voyage. Les deux coupes ont été réalisées pendant le confinement. 450 cols pour la série n°1 et 250 pour la série n°2. L’ensemble de cette production est parti chez les cavistes français et chez nos partenaires internationaux en quelques semaines. Nous préparons actuellement les séries n°3 et n°4 afin qu’elles soient disponible pour mars 2021.

Vous évoquez le confinement, vous avez également deux magasins, Cognac Only, à La Rochelle et à Bordeaux, comment vivez-vous la crise de la Covid ?
La crise de la Covid a laissé des traces encore visibles aujourd’hui… Le manque de visiteurs étrangers à Bordeaux met nos activités au ralenti. Le magasin du quartier des Grands Hommes n’ouvre qu’à partir du Jeudi après-midi pour une clientèle locale qui nous connaît bien désormais. Par chance, nos clients sont très fidèles et plutôt patients. Ils peuvent également se diriger sur notre site web, cognac-only.com, qui connaît une forte croissance pour se faire livrer partout dans le monde mais pour certains, la visite à Bordeaux pour faire le plein était devenue une habitude. Paradoxalement la Rochelle s’en est mieux sortie cet été car les Français sont venus en nombre sur la côte atlantique. La question est de savoir pour combien de temps en avons-nous encore… Le secteur souffre mais n’est pas le plus à plaindre ! Nous sommes avant tout solidaires des autres corps de métiers qui souffrent davantage.