Photo : Ville de Dijon
Photo : Ville de Dijon

L’intérêt croissant de quelques vignerons bourguignons, combinée à une politique publique favorable à la réintroduction de la vigne, commencent à réveiller un vignoble endormi depuis la crise phylloxérique.


Côte de Beaune, Côte de Nuits et… Côte de Dijon ? Ce n’est qu’un projet pour l’heure, mais qui n’a rien de farfelu. « La vigne a occupé jusqu’à 1600 hectares, dans et autour de la ville», rappelle Benoît Bordat, conseiller de Dijon Métropole délégué à l’agriculture péri-urbaine et à la renaissance du vignoble. « Certains des vins étaient particulièrement réputés. » Parfois plus que ceux de Beaune. Mais, comme ailleurs, le phylloxéra a eu raison de la viticulture locale. Et l’urbanisation a progressé.

Bientôt une demande à l’Inao

Jusqu’à peu. « Depuis 2013, nous travaillons au retour des vignes sur notre territoire. Nous avons identifié autour de Dijon 300 hectares classés en appellation Bourgogne, et potentiellement plantables», relève Benoît Bordat. En 2021, « près de 50 hectares sont plantés et exploités, à Dijon, Plombières, Talant ou Daix. La plupart des terrains nous appartiennent, car nous avons effectué des opérations de rachat foncier. Sans ce choix, ces terres seraient peut-être de nouveaux quartiers de Dijon aujourd’hui. » Et un nouveau pallier est en passe d’être franchi. «Nous souhaitons voir la reconnaissance d’une partie de ce vignoble en appellation Bourgogne Côte de Dijon. Nous avons effectué des recherches, notamment sur les sols, et notre dossier est très avancé. Une demande sera déposée en fin d’année auprès de l’Inao [Institut national de l’origine et de la qualité, ndlr] », annonce l’élu.

« Des terroirs frais »

Vaisseau amiral de ce vignoble-projet : le domaine de la Cras, 8 hectares à Plombières-lès-Dijon. Le vigneron Marc Soyard s’occupe de cet ovni viticole pour le compte de Dijon Métropole, où il produit pinot noir et chardonnay. Installé depuis 2014, il a vite saisi l’intérêt du lieu. « C’est un terroir très frais, intéressant dans un contexte de changement climatique. Nous sommes plus au nord et plus en altitude que le reste de la Bourgogne. J’ai souvent de belles acidités, avec des maturités proches des savagnins du Jura », se réjouit le vigneron.

Un crémant de Dijon

Ils sont, comme lui, une petite vingtaine à exploiter des vignes aux alentours de la capitale des ducs. La plupart viennent du reste de la Bourgogne : Nuits, Gevrey, ou encore Rully, en Côte chalonnaise. C’est le cas de Philippe Chautard, propriétaire de la maison Louis Picamelot, réputée pour ses crémants de gastronomie. En 2012, l’élaborateur a un coup de cœur pour une parcelle de Talant, en banlieue ouest. « J’ai rencontré le maire de la commune par hasard, et il m’a montré le lieu. Quand j’ai vu l’exposition, la pente, je me suis dit que ça ressemblaient aux plus beaux terroirs bourguignons, et j’ai eu un déclic. C’était instinctif, j’ai du mal à l’expliquer aujourd’hui. » Philippe Chautard acquière la parcelle, la plante en 2016, et effectue sa première récolte en 2018. Résultat : une cuvée de crémant parcellaire « En Espoutière » est commercialisée depuis l’été 2021. « Le résultat m’impressionne. En 40 ans de métier, je n’ai jamais retrouvé autant d’intensité dans un vin provenant d’une vigne aussi jeune. Je ne suis pas objectif, forcement, mais je crois beaucoup en ce lieu ». Et il n’est pas le seul. Les 450 caisses numérotées de la cuvée partent vite, depuis la vente de la première d’entre-elles à un certain Aubert de Villaine, copropriétaire de la Romanée-Conti.