(photos JP Schmitt et I. Bachelard)
(photos JP Schmitt et I. Bachelard)

Alors qu’elle était traditionnellement une des dernières régions de France à vendanger, l’Alsace termine sa récolte en septembre dans des conditions idéales. La qualité est là.

Au premier jour de l’automne 2020, Jean-Paul Schmitt termine son dernier pressoir de riesling à Scherwiller (Bas-Rhin). “Une année riche d’enseignements” explique-t-il, après trois semaines de vendanges sereines, mais une chaleur et une sécheresse sans répit. Il est enchanté du résultat, même si le rendement en jus est décevant : “Sur mes pinots noirs, j’avais l’impression de faire une belle récolte et en fait, j’ai un tiers de moins que les 30 hl/ha de l’an dernier. Mais ça se goûte bien, après trois semaines de macération, c’est suave, épicé, avec une belle acidité et un éclat particulier”. Il pense que la qualité n’est pas étrangère au travail de précision de toute l’année : “En confinement, le temps s’est comme arrêté, on a vraiment pu soigner la vigne, on a fait un ébourgeonnage précis et on a encore diminué la charge en juillet”. Sur ses 8 hectares d’un seul tenant du Rittersberg, il est particulièrement fier de ses rieslings “magnifiquement aboutis, avec 10% de pourriture noble, qui n’augmentent pas le degré, mais apportent une complexité aromatique”. Ils sont à 12,9°.

Des rouges magnifiques

Des vendanges rapides, sans précipitation, commencées dès le 24 août pour le crémant et le pinot noir, se terminent au Clos Saint Landelin, le domaine de la famille Muré à Rouffach (Haut-Rhin). Véronique Muré est satisfaite des rendements et surtout de l’acidité, qui aurait pu manquer avec la chaleur. Elle se rappelle qu’ils avaient déjà commencé le 24 août en 2007, mais que cela avait ensuite ralenti et s’était poursuivi en octobre. “On est satisfait du résultat, car on a vraiment vendangé en parcellaires, ce qu’il fallait faire. Sur le Clos Saint-Landelin, on a ramassé le riesling un vendredi, et on sait que si on avait attendu lundi, ce n’était pas l’équilibre acide/sucre qu’on voulait”. Il y a juste quelques rieslings qui ont souffert de coups de chaud en septembre. Pour d’éventuelles vendanges tardives, quelques ares sont en attente en riesling et en sylvaner, pour l’originale cuvée Oscar.

Des vendanges rapides

Au domaine Schlumberger, on s’est donné les moyens de vendanger rapidement les 130 hectares : 85 saisonniers en plus des 25 permanents du domaine. Pour Thomas Beydon-Schlumberger, qui dirige avec sa sœur Séverine le domaine familial, c’était indispensable, d’autant plus qu’il fallait mettre en place tout un protocole d’hygiène et de protection – qui fait figure de référence pour la MSA et l’inspection du travail, c’est tout dire. Les vendangeurs gardent le même seau toute la journée, leurs affaires personnelles sont déplacées avec des gants, jusqu’aux lanières des hottes qui sont désinfectées…. A la fin de la quatrième semaine de vendange, sur les coteaux pentus de Guebwiller (Haut-Rhin), les grands crus alternent. “Aujourd’hui, gewurztraminer du Kessler, mais tous les cépages s’en tirent très bien cette année, avec une mention spéciale pour la famille des pinots. Comme la plupart de nos vignes sont en coteaux et qu’il y a des sources, les vignes restent vertes et il n’y a pas eu d’arrêt de maturation” déclare Thomas Beydon-Schlumberger.

Moins de 150 mm d’eau

Chez Wolfberger, la grande coopérative née à Eguisheim (Haut-Rhin) qui regroupe 365 viticulteurs adhérents qui exploitent leur propre vigne dans toute l’Alsace, les vendanges commencées le 26 août vont se terminer, par les grands crus, le dernier jour de septembre, c’est-à-dire plus courtes d’au moins deux semaines que d’habitude. Hervé Schwendenmann, le président, se réjouit d’un “très beau millésime, en particulier pour les pinots noir et blanc, le gewurztraminer et le riesling”. Quelques parcelles attendent de possibles vendanges tardives, si les conditions climatiques le permettent. Il a fallu jongler avec les températures, qui montaient à plus de 30° dès 10h du matin. Les machines ont tourné la nuit et le site a fermé à midi. Une partie du vignoble a souffert de la sécheresse, là où il y a eu moins de 150 mm d’eau depuis le début de l’année. “Il faudra trouver des solutions” conclut-il avec sagesse.

Rendements à la baisse

L’ouverture officielle des vendanges qui se terminent était fixée au 24 août pour le crémant d’Alsace (70 hl au lieu de 80), suivi par les AOC Alsace le 3 septembre. Après de difficiles négociations les Alsaciens se sont mis d’accord sur une baisse des rendements à 65 hl pour les vins tranquilles, un compromis entre les 70 demandés par la coopération et les 60 souhaités par les récoltants et le négoce. L’ambition était d’éviter de stocker, lorsque les ventes déjà peu dynamiques ont été considérablement ralenties par la Covid-19. La météo était parfaite et la sécheresse de l’été a naturellement réduit la récolte, qui sera inférieure au million d’hectolitres. “La nature ne donnera pas 80 hl, donc les viticulteurs pâtiront finalement peu de la baisse officielle” déclare Frédéric Bach, directeur de l’AVA, Association des viticulteurs d’Alsace.