Depuis le 13 mai, l’appellation Grand Cru fait une première en rouge pour deux terroirs d’Alsace, le Kirchberg à Barr et le Hengst à Wintzenheim. Une reconnaissance historique attendue depuis des années par les Alsaciens.

Cela faisait des années qu’on en parlait. Depuis la dernière commission de l’INAO, Institut national des appellations et de la qualité, il y a quelques mois, on savait que deux grands crus allaient s’ouvrir au cépage pinot noir. Mais il a fallu attendre le vendredi 13 mai pour que la bonne nouvelle soit confirmée par une publication au Journal Officiel. L’extension de l’appellation grand cru est désormais acquise sur le Hengst de Wintzenheim (Haut-Rhin) et sur le Kirchberg de Barr (Bas-Rhin), mais pas encore pour le Vorbourg de Westhalten, pourtant apprécié depuis longtemps grâce aux cuvées de la famille Muré. Jusqu’à présent, seuls les cépages blancs riesling, gewurztraminer, pinot gris et muscat avaient droit de produire en grand cru, avec une seule exception, le sylvaner du Zotzenberg à Mittelbergheim (Bas-Rhin)

Croire à la qualité du pinot noir

« J’ai planté du pinot noir dès le début des années 90 parce que je croyais à sa qualité » explique Vincent Stoeffler, vigneron à Barr et responsable de la gestion locale du grand cru de sa ville, le Kirchberg . A cette époque, on n’était absolument pas dans l’objectif de cru puisque la reconnaissance même des grands crus blancs en Alsace était récente – les premiers 25 étaient reconnus depuis 1983 et les suivants en 1992. Cela fait seulement une dizaine d’années que le travail officiel en vue de la reconnaissance du pinot noir s’est amorcée, d’abord avec le domaine Hering de Barr. Aujourd’hui, il y a 7 vignerons sur 10 qui vont vouloir revendiquer leur pinot noir en grand cru. Sur les 40 hectares du Kirchberg qui trônent en coteaux aux portes de la ville de Barr, 10% sont consacrés au pinot noir.

Conditions de production rigoureuses

« On a commencé à séparer nos pinots noirs par terroir dès 2000, comme François Barmès » déclare Jacky Barthelmé, du domaine Albert Mann de Wintzenheim, évoquant le regretté vigneron du domaine Barmès-Buecher. « Pour faire du grand cru Hengst, il faut travailler sérieusement, rendements réduits, densité élevée – on est à 8 000 pieds à l’hectare – des conditions plus strictes que la Bourgogne avec la chaptalisation interdite, des vignes enracinées par les années, un élevage long » poursuit-il en suggérant déjà d’autres terroirs qui pourraient faire honneur au pinot noir, comme les grands crus Eichberg (Eguisheim) et Pfersigberg (Eguisheim et Wintzenheim). Son fils plante au méconnu Steingrubler de Wettolsheim.

La récolte qui pousse actuellement dans le vignoble devrait être le premier millésime à associer le pinot noir aux étiquettes Hengst et Kirchberg. C’était impossible jusqu’à présent, mais les consommateurs avertis étaient si sensibles aux « grand H », « XXC » ou « Chat Noir »  qu’ils risquent de leur rester fidèles, avec ou sans mention de grand cru.