Aubert de Villaine, copropriétaire et cogérant du mythique domaine de la Romanée-Conti, était il y a quelques jours à Bordeaux à l’invitation de l’Inseec. Rencontre avec un prince de Bourgogne.

Bordeaux, capitale mondiale du vin, comme se plaisent à l’affirmer les hauts responsables de la viticulture girondine ?

« Bordeaux est la capitale… du vin de Bordeaux », répond avec un sourire amusé Aubert de Villaine, copropriétaire et cogérant du mythique domaine bourguignon de la Romanée-Conti.

Il était la semaine dernière l’invité de l’Inseec Bordeaux pour parrainer la promotion 2013-2014 du MBA de son Bordeaux International Wine Institute, dont la plaquette affirme que Bordeaux est capitale mondiale du vin. Mais Aubert de Villaine n’était pas venu pour déclencher une guerre picrocholine.

Il semblait au contraire très à son aise au milieu des étudiants bordelais et s’est prêté de bonne grâce aux jeux qu’ils lui ont soumis. Notamment une parodie de l’émission « L’amour est dans le pré » rebaptisée pour l’occasion « L’amour est dans la vigne ».

Aubert de Villaine produit chaque année 5 000 à 6 000 bouteilles de Romanée-Conti sur cette propriété de 1, 63 ha, ou plutôt ce « climat » hors du commun.

« Le climat, c’est le génie particulier de la Bourgogne. Il est synonyme de la volonté de faire un vin qui soit véritablement l’expression du lieu où il est produit. La qualité d’un vin ne se fait pas par la technologie ou le marketing. Mais par le respect de la terre et des contraintes qu’elle impose », a expliqué le maître de la Romanée-Conti aux futurs diplômés en marketing du vin et management.

Il a aussi parlé de biodynamie, cette approche de l’agriculture qui tient compte des rythmes lunaires et des nœuds astraux, que l’on applique depuis plusieurs années sur le domaine de la Romanée-Conti. Propriété qui, outre la Romanée-Conti elle-même, comprend sept autres grands crus, Echezaux, Grands-Echezeaux, La Tâche, Richebourg, Romanée-Saint-Vivant et Vosne-Romanée premier cru, qui ont tous en préfixe Domaine de la Romanée-Conti.

Aubert de Villaine se bat aussi pour l’Unesco. « Je souhaite l’inscription des Côtes de Beaune et Côtes de Nuit ainsi que de Dijon et Beaune », dit celui qui préside la commission de candidature des Climats de Bourgogne au patrimoine mondial, comme l’ont été Saint-Émilion et Bordeaux.

Le seul aspect qu’il ne fait qu’effleurer est celui du prix de la Romanée-Conti. « Je croyais que c’était un vin qui n’avait pas de prix », sourit-il, au sujet d’une étiquette qui se vend plusieurs milliers d’euros la bouteille avec de fortes variations selon les millésimes. Du coup, comme les grands crus bordelais, la Romanée-Conti est confrontée à la contrefaçon.

Récemment, deux Italiens ont été interpellés dans le cadre d’une commission rogatoire délivrée par deux juges d’instruction dijonnais. Ils auraient commercialisé 400 fausses bouteilles. « Je me félicite de voir que l’État français et l’Europe sont aujourd’hui décidés à mettre fin à ces pratiques et engagent des moyens pour y parvenir. »

Source : Jean-Pierre Tamisier (Sud-Ouest)