Dans son ouvrage “Beaujolais, Gloires et déboires”, le journaliste David Bessenay retrace l’histoire mouvementée du Beaujolais. Un livre qui se lit presque comme un roman policier.

Le Beaujolais aura fait couler autant de litres de primeur que d’encre. Son histoire récente (depuis les 50 dernières années) est faite de changements, rebonds, crises, amours, désamours, rumeurs, conquêtes, et batailles.
David Bessenay, natif de la région et journaliste, retrace dans son livre riche et documenté (publié aux Editions Héraclite) toutes ces années d’histoire, étayées par des témoignages, anecdotes croustillantes et surtout de nombreux faits, faisant de son ouvrage un écrit digne d’une série à rebondissements et qui se lit aussi bien dans une optique professionnelle que comme un roman policier.

Focus sur le Beaujolais Nouveau

L’aventure du primeur est fondatrice de l’histoire moderne du vignoble, bien qu’elle ne soit pas nouvelle pour autant. Le nouveau est ancien, mais la cadence et l’industrialisation qui en font sa caractéristique (et ses malheurs) date de la deuxième moitié du 20è siècle.
Au-delà de l’image d’Épinal que l’on peut en avoir, les données rapportées par David Bessenay sont passionnantes, tout autant que la remise en perspective du “cas primeur” et l’analyse de ses conséquences, bonnes ou mauvaises, sur l’économie et la sociologie de la région.
C’est bien là la principale plus-value de cet ouvrage, préfacé par Jacques Dupont, notre confrère du Point, que de nous faire plonger dans un écosystème complexe : parler en profondeur du primeur implique d’évoquer les interactions économiques, sociologiques, politiques et bien entendu viticoles pour en prendre la mesure.
Et comment on en est arrivé à une forme de radicalisme concernant le nouveau : “on est passé de la critique à la caricature”, comme le souligne Périco Legasse (rédacteur en chef de Marianne), dont la plus célèbre manifestation populaire réside dans cette petite phrase moqueuse qui aura accompagné la sortie des primeurs pendant plusieurs années : “alors, il a le goût de quoi, cette année ?”

Le fond du tonneau

Le bug de l’an 2000 n’aura pas eu lieu, sauf en Beaujolais.
Ces premières années de millénaire auront été celles de la consécration du malaise et d’une certaine descente aux enfers, finissant d’achever une opinion publique déjà fragile sur le vignoble, ainsi que les reliefs du vignoble, quels qu’ils soient : les arrachages de vignes auront été nombreux, la baisse du nombre d’exploitations massive (quasiment 50%), la crise de gouvernance entraînant des modifications syndicales majeures, et vit la mise en lumière de certains paradoxes propres au Beaujolais.
A commencer par celui du gamay, cépage encensé par la presse spécialisée mais boudée encore à l’époque par les consommateurs, ou encore sa relation faite d’amour et de haine avec sa cousine la Bourgogne : le Beaujolais doit-il sortir totalement de son giron et construire son identité seul, voire contre celle de son imposante voisine (qui entretient avec lui des rapports parfois hypocrites quand on sait l’intérêt commercial qu’elle peut avoir en Beaujolais), ou au contraire s’affirmer de sa filiation nordique ?
Pas de spoiler alert : la suite de cette aventure aux accents de mythologie vous attend dans les pages du livre.

Ouverture vers le futur

Puis vint le temps du renouveau, car ce qu’on ne peut enlever au Beaujolais, c’est sa résilience.
Changements de pratiques viti-vinicoles, renouveau des générations et avec elles un nouveau souffle, exploration de nouveaux marchés, réhabilitation du primeur et mise en place de nouvelles pratiques, augmentation du nombre des installations, progression de la viticulture bio et biodynamique, prise en main par l’Interprofession d’un nouveau positionnement commercial et marketing pour redorer le blason de ses cuvées, via une segmentation des produits en fonction de leurs prix et (a priori) de leur profil de vin.
Si le vignoble a su remonter d’ores et déjà quelques pentes et gagner (ou reconquérir) des consommateurs, toutes les batailles ne sont pas encore réglées, sa sociologie et ses pratiques étant encore aussi diverses que sa géologie.
Le Beaujolais, vignoble “musette” abreuvé de convivialité et de partage, pourrait tout aussi bien faire l’objet d’un livret d’opéra-rock.
“Beaujolais is not dead”, annoncent Fabien et Claire Chasselay du domaine du même nom : la suite au prochain épisode !

336 pages, Éditions Heraclite.
19€ en librairie.
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