S’il ne reste que peu de témoignages du passé vinicole du quartier, ce dernier fut pendant des décennies l’épicentre parisien du commerce du vin et certainement l’un des plus grands marchés aux vins du monde.

En flânant aujourd’hui dans Bercy Village, le promeneur de l’est parisien est surpris de découvrir un centre commercial à l’ambiance unique. Ses différentes boutiques sont en effet installées dans de superbes chais en pierre restaurés de part et d’autre d’une voie pavée où sont encore visibles des rails. Si le cadre est évidemment charmant, combien savent que ces 42 bâtiments parfaitement alignés sont le dernier témoignage d’un glorieux passé qui s’est articulé depuis le XVIIème siècle autour du vin ? Un indice peut rapidement mettre la puce à l’oreille. Le nom des rues mettent en effet immédiatement la puce à l’oreille. Bercy Village se trouve Cour Saint-Emilion et l’on retrouve aux alentours la rue de Pommard, la rue des Mâconnais, la cour du Minervois, la place des vins de France ou bien encore la rue de Libourne et autre allée des terroirs de France… Leur tracé reprend d’ailleurs celui des voies qui desservaient les différents entrepôts qui étaient légion ici jusque dans les années 1970, époque à laquelle le quartier tombé en désuétude va faire l’objet d’immenses travaux de restructuration urbanistique. Mais revenons aux origines. Une légende voudrait que Louis XIV soit venu prier ici en 1704 et qu’il aurait été surpris de voir un homme ne pas s’agenouiller. Ce dernier, un vigneron bourguignon de grande taille, paraissait à tort debout. Amusé, le roi aurait alors écouté les plaintes de l’homme au sujet de ses difficultés à vendre son vin du fait des taxes. Le monarque lui aurait donc accorder de pouvoir vendre une fois l’an et sans taxe sa production. Si cette histoire est discutée par les historiens, il est certain qu’à la fin du XVIIIème siècle, en pleine période révolutionnaire, la construction du mur des Fermiers généraux avec ses barrières d’octroi (lieux de paiement des taxes sur les marchandises qui entraient dans la capitale) va pousser les marchands de vin à s’installer hors les murs, dans un quartier jusqu’ici fort prisé de l’aristocratie qui y possédait de belles demeures avec jardins allant jusqu’à la Seine. Des entrepôts vont donc fleurir au tout début du XIXème siècle, un port sur le fleuve permettant l’acheminement des tonneaux depuis la Bourgogne notamment, mais aussi plus tard de l’étranger via le Havre. Une foule de tonneliers, de charretiers, de barilleurs, de débardeurs, de camionneurs va alors envahir les lieux qui deviendront par ailleurs l’un des endroits les plus festifs de Paris avec moult guinguettes, tavernes et cabarets.

Le plus grand marché vinicole du monde

L’essor de ce quartier va être tout simplement exceptionnel tout au long du XIXème siècle. Des milliers de bateaux alourdis de montagnes de tonneaux débarquaient toute l’année leur marchandise qui était stockée en attendant d’être vendue. Le développement du chemin de fer va lui aussi contribuer au rayonnement de ce quartier immense de plus de 50 hectares. Rattachés à la ville de Paris en 1860 comme tous les autres quartiers périphériques de la capitale (Belleville, Montmartre…), les entrepôts continuent d’accueillir de gigantesques foudres qui permettent de réaliser les assemblages de vins parfois coupés avec des vins de soleil venus du sud de la France ou d’Algérie. La ville de Paris finira par détruire et reconstruire entièrement les bâtiments de stockage de manière plus ordonnée et sécurisée sur les plans de Viollet-le-Duc. C’est ainsi que les chais seront organisés autour de cours pavées desservies par les chemins de fer. Dans les années 1870, ce ne sont pas moins de 7000 personnes qui travaillent dans cet enclos tout entier tourné vers le vin. Mais le déclin arrivera progressivement, s’accélérant dans les années 1960 à une époque où les consommateurs vont se désintéresser des vins de basse qualité (les négociants de l’époque en écoulaient de larges quantités) au profit de vins fins, désormais davantage mis en bouteille aux domaines et mettant en exergue les appellations d’origine. Les années 1970 seront fatales à ce quartier unique dont une grande partie disparaîtra dans son réaménagement. Seuls subsistent aujourd’hui quelques témoignages à découvrir par le biais de visites guidées organisées par Bercy Village.