(Photo JM Brouard)
(Photo JM Brouard)

Le lancement d’un nouveau millésime de cette cuvée mythique de la célèbre maison champenoise est toujours un événement. Ce millésime 2004 s’inscrit dans la lignée prestigieuse des 24 opus précédemment produits et présente déjà une gourmandise toute particulière.

Il faut remonter 4 ans en arrière pour se remémorer le dernier lancement d’une cuvée RD. En 2014, c’était le millésime 2002 qui avait été mis sur le marché. Contrairement au 2004 qui vient d’être présenté par Bollinger, il apparaissait à l’époque assez austère, comme sorti trop tôt de sa torpeur. Le nouveau millésime est quant à lui d’un charme réel et immédiat avec ses notes d’ananas confit et sa bouche opulente, pleine et riche. Mais toujours une acidité parfaitement intégrée qui le rend frais, séduisant. Le dosage est souvent très bas, 3 grammes cette fois-ci. Un extra-brut qui reste tout à fait dans l’esprit de ce qu’avait voulu Madame Bollinger lorsqu’elle décida de créer ce champagne « Récemment Dégorgé » il y a 50 ans. C’est en effet en 1967 qu’elle présenta pour la première fois un RD, en l’occurrence le 1952. 15 ans de vieillissement et un dosage très bas pour l’époque (seulement 10 grammes quand les habitudes de consommation allaient vers des champagnes dosés à 20 ou 30 grammes). Aujourd’hui, ce sont 10 ans de vieillissement a minima pour tout RD, et ce uniquement dans les plus grands millésimes. « Nous ne produisons cette cuvée que si le vieillissement prolongé nous paraît pouvoir apporter quelque chose de plus » explique Gilles Descotes, le chef de cave.

Un Champagne qui traverse le temps

Seuls les raisins issus des vignobles 1ers crus et surtout grands crus de la maison Bollinger ont droit de cité dans une cuvée de RD. Le pinot noir est, comme à l’accoutumée, très présent. Il compte généralement pour 2/3 de l’assemblage, le reste étant apporté par du chardonnay. Autre spécificité, la vinification se fait entièrement sous bois avec des barriques de 5 vins ce qui ne donne pas de notes boisées à l’ensemble. Et enfin, le vieillissement sur lies se fait sous bouchon liège. Sans compter le remuage et le dégorgement qui sont réalisés entièrement à la main. Au final, cette cuvée rare (elle ne représente qu’1% de la production de Bollinger) impressionne toujours. Toutefois, il convient de lui laisser le temps dans le verre pour qu’elle puisse s’épanouir totalement. 10 à 15 minutes lui font le plus grand bien et permettent à toute sa complexité aromatique de se révéler. Mais nul besoin de se presser. Vous pouvez soit profiter de ce vin dès sa mise sur le marché pour découvrir le goût d’un champagne récemment dégorgé, comme Madame Bollinger aimait le faire découvrir à ses invités. Ou bien l’encaver et l’attendre patiemment. Vous serez récompensé car son potentiel de garde est immense. Le RD 1996 en est la preuve absolue. Toujours doté d’une immense puissance en bouche, marqué par le sous-bois et les épices, il n’en conserve pas moins une ossature acidulée impressionnante. Un modèle de grand et vieux champagne qui fait entrer tout amateur dans un monde différent mais tellement charmant…