(photo Albert de Monts)
(photo Albert de Monts)

Christophe Urios, manager de l’UBB, le club de rugby de Bordeaux, a récemment acquis une propriété viticole dans son Languedoc natal. Il était à Bordeaux Tasting, au Café de la Bourse, pour présenter, avec une bonhomie teintée d’humilité, son projet à un public conquis d’avance.

Il fallait jouer des coudes au Café de la Bourse aux alentours de 17 h pour assister à l’entretien entre Christophe Urios et Rodolphe Wartel, directeur général de Terre de Vins (et grand amateur de rugby). L’entraîneur de l’UBB est une personnalité particulièrement appréciée des Bordelais, qui saluent les résultats de l’équipe depuis son arrivée en 2019 (et qui ne semblaient pas lui tenir rigueur de la défaite de la veille en coupe d’Europe). Mais aujourd’hui, c’était bien le « jeune » vigneron, nouveau propriétaire du château Pépusque, en Minervois-La-Livinière, qui avait fait le déplacement à Bordeaux Tasting. Pas un simple vigneron improvisé, pris d’une subite envie de faire du vin : fils de vigneron, Christophe Urios est en effet titulaire d’un BTS viti-œno… qui ne lui aura pas servi. « Je n’ai jamais exercé. Je suis très vite parti pour ma carrière de joueur, puis d’entraîneur. Je suis très content de ma carrière d’entraîneur, mais j’ai toujours su que je reprendrais quelque chose dans le monde du vin, et dans le Minervois. »

Une histoire de famille

C’est sur le château Pépusque qu’il jettera donc son dévolu en 2019, comme un clin d’œil à une relation père-fils compliquée : son père, à qui il confesse n’avoir pas parlé pendant vingt ans, fut lui-même régisseur de cette cave, nichée au cœur du village familial de Pépieux. « Tu prends les opportunités où tu les trouves. Il y a bien sûr un lien affectif, mais c’est surtout le projet qui m’intéressait. C’est une belle aventure, l’idée de la boucle bouclée. Le fait de racheter cette propriété dans mon village a recréé des liens. »

Le projet en question, ce sont 52 hectares, dont 42 de vignes, 12 cuvées (4 blancs, 7 rouges et un rosé) pour 75 000 bouteilles commercialisées cette année, le tout avec l’appui de 8 collaborateurs (« Je me compte moi-même, même si je ne fais rien ! ») dont les deux frères de Christophe Urios à mi-temps.

Si le projet est des plus sérieux, ne lui parlez pas de « nouvelle vie » : « Ce ne sera pas une nouvelle vie, le rugby reste ma première vie. » Pour autant, le plan de route est clairement défini : « 100 000 bouteilles en 2023, 200 000 en 2026 et 300 000 en 2029. » « Et ensuite, tu achètes du foncier ? » interroge Rodolphe Wartel. « Oui, mais alors je dois être gentil avec ma banque. » « Si tu gagnes le Top 14, tu auras beaucoup d’argent. » Rien à faire, le rugby n’est jamais loin.

Préparer l’avenir

Si l’avenir du vin semble se dessiner avec confiance, celui du rugby demeure lui plus mystérieux, le manager de l’UBB n’ayant pas encore annoncé son désir ou non de poursuivre l’aventure bordelaise. Malgré l’insistance bienveillante de Rodolphe Wartel, il concédera tout juste que « pour ne pas aimer Bordeaux, il faut être compliqué ». Avant de nuancer quand même : « J’ai besoin de garanties, ce n’est pas qu’une question de fric, c’est aussi un projet. » Nous ne saurons donc pas ce soir si Christophe Urios habitera encore la saison prochaine dans la petite ville de Carignan-de-Bordeaux (un comble pour un vigneron languedocien !), mais ce dont nous sommes sûrs désormais, c’est que le vin qu’il produit est une vraie réussite, comme en témoignera Serge Dubs, meilleur sommelier du Monde (qui préfère néanmoins le ballon rond) à la dégustation de deux cuvées du château Pépusque.

Tout d’abord la cuvée Marco 2020 (en appellation Minervois) : une base de marsanne, avec vermentino et viognier, que le vigneron présente – en toute modestie – comme « le meilleur vin blanc entre La Rochelle et Lyon », provoquant immédiatement les rires de l’assemblée. Serge Dubs s’accordera à dire que « c’est un vin remarquablement vinifié », à l’image de son créateur : « subtile et généreux ». La cuvée rouge Les Petits Cailloux 2020 récoltera les mêmes félicitations : un cru La Livinière, assemblage de syrah, carignan et grenache, dans lequel Serge Dubs retrouve « la signature de la région, de ces coteaux qui ramènent de la puissance, et une bonne trame tannique ».

Pour se résumer, Christophe Urios évoque ses trois passions : « le rugby, le vin et le management ». De toute évidence, il a transformé l’essai pour les trois. Quant au public de Bordeaux Tasting, à 17 h au Café de la Bourse, il n’avait plus qu’une passion : Christophe Urios.