Rémi Lamerat (photos : Solène Guillaud)
Rémi Lamerat (photos : Solène Guillaud)

L’ovalie était bien représentée ce week-end à Bordeaux Tasting, avec la visite de deux champions amoureux du vin : Yannick Jauzion et Rémi Lamerat. Tous deux ont partagé avec le public du Café de la Bourse leurs passions et leurs envies de reconversion.

Yannick Jauzion et Rémi Lamerat se sont souvent croisés sur les terrains de rugby et ont surtout joué ensemble à Toulouse durant trois saisons, mais ils ne se seront pas rencontrés lors de ce 8ème Bordeaux Tasting : le premier était présent samedi, le second était de passage dimanche. Il aurait pourtant été intéressant de comparer avec eux leurs parcours, tant Rémi Lamerat semble prendre la même direction que Yannick Jauzion, de 12 ans son aîné. Tous deux ont un palmarès de rugbyman professionnel long comme le bras – avec notamment 73 sélections en équipe de France pour Yannick Jauzion et 19 pour Rémi Lamerat – mais face à la vigne et au terroir, ils affichent la même humilité.

Après sa retraite sportive en 2013, Yannick Jauzion, avec un diplôme d’ingénieur agronome obtenu en parallèle de sa carrière pro (« Aujourd’hui, ce n’est plus vraiment possible »), se dirige d’abord vers l’élevage familial de brebis, puis la culture de ginseng (plante tonifiante) et même le courtage en assurance. « Des projets qui m’aident à trouver la motivation, l’énergie. » En 2006, vient le temps du vin. Il s’associe alors au négociant Bertrand Ravache, et prête son image à la coopérative de Labastide de Lévis pour la cuvée Aligança. « L’idée c’était de mettre en avant Gaillac et ses cépages. J’ai voulu mettre un peu de mon caractère dans cet assemblage (30 % braucol, 20 % duras, 20 % syrah et 30 % merlot). » Aligança, ça signifie « alliance » en occitan : « C’est l’alliance des terroirs et des cépages, mais ça peut aussi être une référence à mon poste au rugby, le milieu qui fait le lien entre les avants et les arrières. »

Après Toulouse et le rugby, Bertrand Ravache est le dénominateur commun entre Jauzion et Lamerat. Car à quatre ans de la retraite, Rémi Lamerat (qui joue aujourd’hui pour l’UBB, le club de Bordeaux) a déjà préparé la suite, qui passe aussi par la Maison Ravache. « Je n’avais pas beaucoup de temps pour étudier en tant que joueur, donc j’ai d’abord été découvrir la vigne chez des partenaires. Puis j’ai croisé Bertrand qui m’a aidé à trouver une formation au CNEAC (Centre National d’Enseignement Agricole par Correspondance) avec 12 semaines de stage durant lesquelles j’avais pas l’impression de bosser. » C’est décidé, Rémi prêtera son image à la Maison Ravache, qui en retour va lui apprendre l’univers du vin, du technique au commercial. Un travail d’équipe en somme.

Cette notion d’équipe est aussi présente lorsque Yannick Jauzion parle de son vin. Pas surprenant d’ailleurs que ce soit un vin de coopérative : « Les individualités, c’est bien, mais il faut savoir jouer ensemble. » Une analogie entre vin et rugby qu’il utilise encore pour évoquer la conduite de la vigne : « À Toulouse, on était libres d’exprimer notre potentiel. Pour le vin aussi il faut laisser s’exprimer les cépages, être à l’écoute des sols. »

Rémi Lamerat imagine lui l’après rugby avec raison : « Je veux d’abord approfondir la théorie. J’aurai des lacunes sur le terrain, ce n’est pas avec 12 semaines de stage qu’on connaît la vigne. J’imagine repartir comme apprenti et peut-être ensuite investir dans des vignes… Je me vois bien m’installer dans ma propre propriété du côté de chez moi, à Sainte-Foy-la-Grande. »

Et peut-être créer un vin à la hauteur des Carmes Haut-Brion (Bordeaux) que Rémi avait découverts l’an dernier à Bordeaux Tasting et souhaité faire découvrir cette année au Café de la Bourse ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite (avec un titre de champion du Top 14 pour l’UBB bien sûr).