En ce millésime 2020, les premières grappes devraient rentrer au cuvier dès la mi-août, avec un décalage de récolte entre les terroirs et cépages encore plus marqué qu’à l’accoutumée. Explications avec Marie-Laurence Porte, œnologue-conseil au laboratoire Enosens de Cadillac-Podensac-Léognan
 
Comment s’annoncent les vendanges blanches sur ce millésime 2020 ?
Cette année, encore plus que les autres millésimes, la maturité aromatique, c’est-à-dire la concentration optimale en arômes variétaux, est très en avance sur la maturité technologique, à savoir l’équilibre sucre-acidité. Le sauvignon est en avance quasiment partout. Il va y avoir un gros décalage avec le sémillon, qui a plutôt pris un peu de retard, avec une charge en baies sur ceps importante, donc une maturité atteinte moins rapidement. Le sémillon finit juste sa véraison par endroits, et sera à maturité vers fin août, voire début septembre.
 
Quel sera l’impact des chaleurs récentes et annoncées sur le déclenchement des vendanges ?
Jusque-là, la vigne continuait à pousser, répartissant la synthèse de sucres entre la pousse des rameaux et le raisin. La chaleur de la fin de semaine dernière a accéléré la maturation, stoppant la croissance et redirigeant la synthèse des sucres vers le raisin. Les situations vont être très différentes selon la nature des sols. Les sables commencent à bloquer par manque d’eau, comme c’est le cas sur les rouges où on commence à voir un jaunissement des feuilles et un début de défoliation sur de nombreux secteurs, et il va en être de même sur les blancs. A l’inverse, les argiles vont être décalées par rapport aux sables en termes de vendange. Elles ont des réserves en eau, il ne devrait pas y avoir de blocage dans un premier temps, la maturité sera simplement ralentie. Sur une même propriété, il ne sera donc pas rare de commencer par vendanger les terroirs précoces sur sables, et d’attendre pour les argiles.

Qui, parmi les terroirs bordelais, va ouvrir le bal des vendanges, et comment vont-elles ensuite se ventiler selon les appellations ?
Comme souvent, c’est Pessac-Léognan qui va ouvrir le bal. Des prélèvements opérés le 5 août chez le plus précoce de mes clients, château Luchey-Halde, ont déjà révélé des degrés potentiels de 11,6 et 11,8, avec des acidités autour de 6,5 sur les parcelles précoces. Sur les parcelles très tardives, on est déjà à 10,6. Aromatiquement, on basculait déjà sur les thiols variétaux. Le déclenchement des vendanges est envisagé pour la fin de semaine. Il faut être prévoyant, car les vendanges y étant opérées manuellement, seulement le matin quand il fait frais, si on tarde sur les parcelles les plus précoces, on risque de ramasser les autres en surmaturité. C’est un peu le même cas de figure sur certains secteurs des côtes. Plusieurs d’entre eux, censés être tardifs, qui ont vendangé l’an dernier entre le 1er et le 12 septembre, étaient déjà à 10,6 la semaine dernière, sachant qu’on prend environ un degré par semaine… Les Graves sont quant à elles en retard par rapport à Pessac, les vendanges seront peut-être simplement un peu en avance de deux-trois jours par rapport à d’habitude. A Sauternes, l’épisode de grêle survenu ce printemps a ralenti la vigne avec moins de grappes que d’habitude, donc une maturité qui risque d’être un peu plus précoce en blanc sec, et en liquoreux cela dépendra du bon vouloir de Botrytis Cinerea qui doit avoir les conditions optimales de rosées matinales et chaleur pour s’installer.

Du côté des rendements, le compte y sera-t-il ?
Je pense que cette année, de manière générale, le rendement y sera, quel que soit le mode de culture, conventionnel, bio ou biodynamie, mais avec certainement des disparités d’une parcelle à l’autre en fonction des problématiques de mildiou et de coulure.