Jadot père & fils ©F. Hermine
Jadot père & fils ©F. Hermine

Avec moins de volumes et moins de stocks mais une qualité toujours à la hausse, les prix risquent de monter chez Louis Jadot comme dans la plupart des maisons de Bourgogne.

Avec un tiers de récolte en moyenne pour le millésime 2021, la Maison Jadot avoue aisément une forte tension sur les volumes et les prix, en blancs encore plus que sur les rouges avec une augmentation tarifaire inévitable de l’ordre de 15-20 %. Une situation qui inquiète d’autant plus la famille Gagey aime le vieillissement des grands blancs de Bourgogne pour une belle complexité avec l’âge, même si ils sont bus de plus en plus jeunes. « Il va nous falloir beaucoup expliquer qu’après ce petit millésime et des stocks en baisse, grâce aussi à un succès croissant des vins de Bourgogne, non seulement nous allons devoir augmenter les prix mais également resserrer les allocations, explique Pierre-Henry Gagey. Le message ‘plus cher et en plus moins de bouteilles’ est difficile à passer mais nous n’avons pas le choix ». « Le challenge est de garder des Villages et des appellations jusqu’aux premiers crus accessibles d’autant plus que la concurrence avec d’autres vins augmente, complète son fils Thibault, la troisième génération dans la Maison. L’intérêt tend donc à se reporter sur des appellations moins réputées comme Auxey-Duresses, ou Marsannay qui atteignent les prix du Gevrey-Chambertin d’il y a 3-4 ans ». Des appellations comme Santenay, Mercurey, Bouzeron ou la Côte chalonnaise qui bénéficient encore de bons rapports qualité-prix profitent par ailleurs du réchauffement climatique et pourraient rencontrer une demande accrue dans les prochaines années. « C’est d’ailleurs le cas de la Bourgogne en général hormis quelques épisodes de gel et de grêle violents, estime Pierre-Henry Gagey. Il y a 30-40 ans, on avait deux bons millésimes par décennie; Depuis 20 ans, il n’y a que des bons millésimes, aucun que l’on n’a pas envie de boire. C’est aussi grâce à une nouvelle génération de vignerons qui voyage, s’intéresse à d’autres vignobles et revient avec une belle ouverture d’esprit. La qualité moyenne collective est indéniablement bien meilleure aujourd’hui ». Et de constater également un mouvement rassembleur qui s’est affirmé entre Dijon et Châlons, entre producteurs mais également négociants.

Producteur-négociant-vinificateur-éleveur de Bourgogne

La Maison est à la fois producteur (elle détient plus de 200 hectares en propriété, souvent quelques ares par appellations) et négociant vinificateur-éleveur; elle est la seule maison en Bourgogne à vinifier 80 % de ses vins de négoce en achetant majoritairement raisins et moûts, le négoce historique bourguignon étant plutôt négociant-éleveur et moins vinificateur, notamment en appellations régionales. D’où la même étiquette pour les deux familles de vins avec la tête de Bacchus que l’on retrouve sur la façade du chai « car nous portons autant d’attentions à l’une et l’autre sachant qu’il est plus compliqué de faire à la fois des volumes et de la qualité ». Les vins sont vinifiés depuis 2012 par Frédéric Barnier qui a pris la relève de Jacques Lardière dans la maison pendant 45 ans.
La Maison Jadot s’attache désormais à travailler davantage sur la résistance au climat et aux maladies sans changer le matériel végétal et en travaillant sur les tailles de mars pour décaler la végétation de quelques semaines. Par ailleurs, Pierre-Henry Gagey estime  « qu’un grand vignoble doit être en bio, tout en essayant de produire à 35-40 hl/ha afin de ne pas augmenter les prix de façon déraisonnable et pour que la région continue à vivre du vin. Si la Romanée-Conti produit de grands vins, c’est bien sûr parce qu’elle a de grands terroirs mais surtout un matériel végétal incroyable ». La maison travaille en principes biologiques depuis plusieurs années mais a lancé la conversion pour une certification prévue pour tous les vignobles sur la vendange 2024.

Terre de Vins aime

Meursault Chevalières 2018 : L’un des meilleurs climats du village sur une parcelle très pentue. Un beau millésime solaire, dense et d’une belle tension sur les blancs sur des fleurs blanches et des notes briochées.

Meursault 1er cru Les Charmes 2017 : Une « nouvelle » vigne du domaine Prieur-Brunet racheté  il y a 10 ans, la plus grande en superficie et la plus accessible en goût, même jeune. Le meilleur millésime de la décennie pour les blancs, ample et rond sur des notes florales et grillées.

Meursault 1er Cru Genevrières 2016 : Une parcelle plus haute, voisine des Charmes sur des sols moins riches et plus calcaires. Un vin plus frais, tendu fin et complexe sur les fleurs blanches, les fruits jaunes et l’amande grillée

Meursault 1er cru Perrières 2015 : La parcelle la plus haute de la colline sur une roche calcaire avec en général davantage de tension, un peu moins sur ce millésime solaire sur des notes vanillées.

©F. Hermine

Gevrey-Chambertin 1er cru Lavaux Saint Jacques 2017 : Charmeur, plus gras et terrien, épicé sur des notes animales et des arômes de fruits rouges et noirs.

Gevrey-Chambertin 1er cru Estournelles Saint-Jacques 2016 : Une parcelle en haut de coteau pour un vin plus précis sur des petits fruits rouges et noirs.

Gevrey-Chambertin 1er cru Cazetiers 2015 : Un vin sérieux, dense et ample sur les fruits rouges sur des notes boisées.

Gevrey-Chambertin Clos Saint Jacques 1990 : Le coeur de la colline, un premier cru au niveau d’un grand cru appartenant seulement à cinq propriétaires. Très aromatique sur la liqueur de cassis, encore frais sur des notes de cerises et de torréfaction, mais à boire si vous l’avez encore en cave.

Gevrey-Chambertin Clos Saint Jacques 2005 : Un très grand millésime charnu et complexe d’une belle longueur, encore d’une belle capacité de garde