La maison de Champagne Canard-Duchêne présentait il y a quelques jours sa nouvelle cuvée Charles VII, un « smooth rosé » parti pour conquérir le monde de la nuit.

Quoi de plus normal que de baptiser la grande cuvée d’une maison de Champagne du nom d’un souverain de France ? Le « roi des vins » mérite bien cet honneur. Mais lorsque le marketing vient s’en mêler, cela peut donner lieu à des associations pour le moins surprenantes. Il en va ainsi de la nouvelle cuvée rosée de Canard-Duchêne, lancée ce mois-ci, qui appartient à la gamme Charles VII en hommage au roi de France que Jeanne d’Arc était allée faire sacrer à Reims. Un roi d’une grande timidité, très réservé que l’on imagine volontiers à l’écart des plaisirs de cour. À mille lieues donc du monde exubérant de la nuit qui est ici ostensiblement visé. Une bouteille blanche (qui reprend les codes de certains spiritueux célèbres), ourlée d’une dentelle évanescente de fleurs de lys, le tout signé d’un « C.VII » en lettres roses. Il faut que ça se voie !

Un rosé vraiment « smooth »

Difficile de vouloir conquérir le monde de la nuit tout en réussissant à conserver son image et son standing. L’approche retenue ici par Canard-Duchêne semble plus inspirée par le leader Moët & Chandon que par Taittinger dont le champagne pour clubbers « Nocturne rosé » porte un habillage façon boule à facettes… La cuvée C.VII, elle, n’est pas sans rappeler le « Moët Ice Impérial », doté d’une texture moelleuse pouvant supporter l’ajout de glaçons (la célèbre « piscine ») et lui aussi paré de blanc – lire à ce sujet notre sujet « Champagne on the Rocks » dans le n°30 de « Terre de Vins », actuellement en kiosques. Ce smooth rosé porte ainsi bien son nom. Son dosage élevé en liqueur d’expédition lui ôte toute vivacité qui pourrait se trouver exacerbée entre deux cocktails plus sucrés. Pour autant, Canard-Duchêne n’a pas sacrifié la qualité du vin de base puisque les raisins qui ont permis de composer ce rosé sont issus principalement de premiers et grands crus, sur une dominante de chardonnay (59%). Au final, on retiendra les arômes fruités, toutefois vite supplantés par la sensation de rondeur en bouche qui est le véritable marqueur de ce champagne. Voici un produit parfaitement adapté au monde de la nuit qu’il cible. Charles VII n’a jamais été aussi moderne !

Jean-Michel Brouard (texte et photos)

Prix de vente conseillé : 55 €