©F. Hermine
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La Maison Pol-Roger a perdu l’un de ses plus fidèles serviteurs en la personne de Christian de Billy, décédé à l’âge de 93 ans le 26 août dernier. Il avait dirigé la marque favorite de Winston Churchill pendant près de cinquante ans.

Pol Roger, le fondateur de la Maison, a eu deux fils, Maurice et Georges. Christian de Billy, né en 1928, était l’unique petit-fils de Maurice. Il avait intégré l’entreprise dès 1949 et l’avait dirigé pendant près d’un demi-siècle avec son cousin Christian Pol Roger qui l’avait rejoint en 1963. Grand chasseur et terrien dans l’âme, Christian de Billy est l’un des premiers négociants à sentir le vent tourner dans les années 1950. En effet, avec la création du CIVC puis du contrat interprofessionnel, le rapport de force entre vignerons et négociants a changé. Alors que beaucoup de maisons s’étaient débarrassées d’une partie de leur domaine viticole pendant les années 1930, Christian siffle la fin de la partie et n’hésite pas pour sa part à investir massivement dans l’achat de vignes, constituant le premier véritable domaine de la maison, tout en incitant les différents membres de la famille propriétaires de terres bénéficiant de l’appellation à planter.

Côté vins, on lui doit la création de trois cuvées et en premier lieu le rosé. Alors que Laurent-Perrier en avait relancé la mode, la tendance était plutôt sur cette catégorie d’élaborer des BSA, avec une couleur assez pâle. Christian en fait au contraire au sein de sa gamme un produit de niche en choisissant de le millésimer et d’aller vers un champagne vineux. Il est aussi à l’initiative du blanc de blancs de la Maison. Après la Seconde Guerre mondiale, le champagne devient en effet un vin de cocktail alors qu’il était plutôt un vin de repas. Le chardonnay dont on estimait qu’il n’avait pas assez de puissance pour tenir à table est désormais le cépage tendance. Christian sent le vent, mais là-encore, comme la maison ne bénéficie pas d’un approvisionnement encore très large en chardonnay, il préfère se tourner vers une cuvée de niche millésimée pour rester sur un petit volume. Enfin, il est le créateur de la cuvée Winston Churchill en 1975 qui arrivera sur le marché en 1985, vingt ans après la mort du vieux lion. Il rend ainsi hommage à cet ami fidèle d’Odette Pol Roger, amateur des cuvées millésimées de la marque pendant de longues années.

Sur le plan technique, Christian de Billy contribue grandement à affiner le style de la maison. Après avoir recruté James Coffinet, ancien chef de caves de Billecart-Salmon, il l’autorise à adopter la technique du débourbage à froid et des vinifications à basse température, qui vont renforcer la dimension aérienne des vins de la marque. Patron de la vieille école, levé dès cinq heures trente du matin, il était toujours présent à sept heures moins le quart rue de Bernon auprès de son chef de caves pour accueillir ses ouvriers.

Christian de Billy avait épousé Chantal Budin dont la famille possédait autrefois le champagne Perrier-Jouët. De cette union sont nés cinq enfants. Parmi eux, Hubert de Billy, aujourd’hui directeur commercial et relations publiques de la Maison. Ce dernier travaille main dans la main avec son neveu Bastien Collard de Billy, petit-fils de Christian, qui occupe le poste de secrétaire général.

Notre équipe s’associe à la peine de sa famille et de ses anciens collègues et leur présente ses plus sincères condoléances.