Photo Leif Carlsson
Photo Leif Carlsson

Chez Laurent-Perrier qui participera à l’événement Champagne-Tasting ce weekend, le travail de transmission familial se poursuit avec l’arrivée de la quatrième génération. En effet, depuis 2019, Lucie Pereyre de Nonancourt, fille d’Alexandra, se forme auprès de Michel Fauconnet, le chef de caves et joue aussi un rôle d’ambassadrice de la Maison. A l’occasion d’un déjeuner organisé chez Pierre Gagnaire à Paris, pour le lancement de l’itération 23 de Grand Siècle, Terre de vins a pu faire plus ample connaissance.

Qu’est-ce qui vous a décidé à rejoindre Laurent-Perrier ?

Je n’étais pas partie dans l’esprit de rejoindre un jour la maison familiale. J’ai commencé par étudier la psychologie, puis le marketing, avec l’idée d’allier les deux pour devenir coach. J’ai fait un stage aux Etats-Unis chez un distributeur de vins et spiritueux et, c’est là-bas, à la suite de belles dégustations, qu’est née cette envie de me plonger davantage dans le monde du vin et d’en comprendre les aspects techniques. Je me suis alors lancée dans l’apprentissage des diplômes WSET, tout en commençant à travailler chez Marqués de Riscal, une cave de Rioja en Espagne où je suis restée plusieurs années. Quand j’ai obtenu le dernier niveau, je suis revenue en Champagne.

Vous avez bien connu votre grand-père Bernard de Nonancourt, une grande figure de la région…

J’ai eu certes le côté grand-père, mais il était toujours chef d’entreprise même en étant grand-père ! Je me souviens très bien lorsqu’il me demandait : « alors, quand est-ce que tu viens faire un stage chez Laurent-Perrier ? » Il a essayé avec tous ses petits enfants ! Laurent-Perrier, c’était son sujet de conversation principal, il lui a dédié sa vie. Le souvenir que j’ai d’abord de lui, c’est celui d’un bon vivant qui adorait faire des blagues, un grand cœur, très humble qui est resté un modèle pour moi. Il aimait créer du lien. Il nous défiait toujours au backgammon, tout le monde y passait, mon père, ma sœur ! Lorsqu’aux vendanges, je vais rencontrer les vignerons, ils me parlent toujours de lui. C’est amusant parce qu’on se suit en générations, ma mère a connu les enfants, moi les petits enfants. Je trouve intéressant de voir l’évolution des mentalités chez les jeunes vignerons, en particulier sur les questions environnementales où on observe un mouvement de fond en faveur d’une meilleure protection du terroir.

Votre père est-il, lui aussi, issu du monde du vin ?

Mon père travaillait dans l’archéologie sous-marine. Un grand marin ! C’est une passion qu’il m’a transmise. Entre mon père et ma mère, j’ai vraiment hérité à la fois de l’amour de la mer et de celui de la terre. C’est un très beau mélange. Mais à travers les deux finalement, j’ai appris le respect de la nature.

Le siège de la Maison est installé dans un petit village, Tours-sur-Marne, éloigné de Reims et Epernay, c’est assez atypique pour une grande maison ?

On peut penser que nous sommes très isolés, mais en réalité c’était à l’époque une situation stratégique. Tours-sur-Marne est au carrefour des trois vignobles entre la Côte des blancs, la Montagne et la Vallée de la Marne. Toutes les grandes maisons étaient à Reims ou Epernay, mais elles n’étaient pas autant sur le terrain que nous. Grâce à cette situation géographique nous pouvions être partout. C’est comme ça que mon grand-père a pu créer des relations avec les vignerons : il allait à tous les événements, les mariages, les baptêmes de tout le monde, il adorait ! Cela permettait aussi d’être proche de l’approvisionnement. Chez Laurent-Perrier, cette dimension était importante parce nous ne possédions pas beaucoup de vignes. Aujourd’hui notre domaine représente 170 hectares, ce qui correspond à 10 % des raisins que nous utilisons. C’est un bon équilibre. Si les grandes maisons ne se reposaient que sur leurs propres vignes, elles ne feraient pas fonctionner l’économie de la Champagne. Les vignerons ont leur corps de métier qu’ils connaissent bien. En conservant un domaine relativement limité cela nous permet aussi d’être plus réactifs. On a vu l’importance que cela avait cette année face au mildiou !

Vous lancez en novembre l’itération 23 de Grand Siècle, pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Cette itération qui sort exclusivement en magnum est un assemblage de trois années complémentaires. Les vins de 2006, majoritaires, qui sont plus sur la rondeur et donnent de l’amplitude, ceux de 2004 qui apportent fraîcheur et structure, et enfin ceux de 2002 pour la finesse. L’objectif est d’aboutir à ce qui serait une année idéale, c’est-à-dire un vin capable de développer à travers le temps long une complexité aromatique sans perdre sa fraîcheur. Pour réussir à conserver cette dernière, le choix des grands crus (11) et des terroirs crayeux n’est pas anodin, de même que le fait de privilégier le chardonnay (58%). Après, c’est la technicité du chef de caves qui entre en jeu, pour éviter toute oxydation depuis la cueillette jusqu’à la dégustation du consommateur. Laurent-Perrier a aussi effectué un travail sur ses levures afin qu’il n’y ait pas d’ajouts aromatiques non désirés qui viennent perturber cette fraîcheur et cette pureté. Le résultat, c’est un champagne voluptueux qui s’exprime à travers des notes de viennoiserie mais qui reste vivace avec des agrumes présentes sur des tonalité confites.

Photo Franck Hamel

Grand Siècle Itération 23 (Magnum) : 390 euros TTC.

Commercialisé à partir du 1er novembre.

www.laurent-perrier.com