De gauche à droite : Dominique Turpin, le maire de la commune, Philippe Ollivon,, Damien Courcier, Lydia et Claude Bourguignon.
De gauche à droite : Dominique Turpin, le maire de la commune, Philippe Ollivon,, Damien Courcier, Lydia et Claude Bourguignon.

Les coteaux de la Mauldre dans les Yvelines ont accueilli les premières plantations de chardonnay et de pinot noir. Ils pourraient produire dans une dizaine d’années 300 à 400 000 bouteilles de vin tranquille et même d’effervescents.

Au Moyen-âge, les coteaux qui bordent la Seine en amont de la région parisienne sont couverts de vignobles comme en témoignent de nombreuses chartes commerciales de l’époque. Sur la tapisserie du XVIIe, au château de Nezel, à quelques arpents de Mantes-la-Jolie dans les Yvelines, des vignes tapissent les coteaux. Jusqu’à la Révolution, la région de Mantes vit de la viticulture. Elle est alors plantée en gamet, meunier, cailloutin et meslier avant les généreux et dangereux baco et noah au XIXe. Philippe Ollivon, maire adjoint de la commune de Nézel, l’évoque avec son ami et collègue à la Sacem, Damien Courcier. Ces deux-là fréquentent déjà assidument les clubs de dégustation et les meilleurs vignerons des régions viticoles. Damien a monté à Valenciennes le club Opus Vin devenu De la suite dans les Tanins et à Paris, une société qui propose des diners accords mets-vins avec des grands chefs. Le rêve de planter un vignoble fait son chemin.

De bonnes fées penchées sur le berceau

La Mairie de Nezel est propriétaire de quelques parcelles en friche sur un coteau magnifiquement exposé sud-sud ouest entouré d’une forêt d’arbustes qui le protège des vents du Nord. Alors pourquoi ne pas tenter de faire renaître un vignoble? Damien demande aux microbiologistes Claude et Lydia Bourguignon de venir faire quelques carottages. Les sols de craie du Crétacé mêlés de marnes, de sables, d’argile et de fossiles de coquillages, sont prometteurs dans cette cuvette sédimentaire au bout de la vallée de la Mauldre. Les friches qui avaient colonisé les pentes n’ont jamais reçu de traitements chimiques. Les Bourguignon préconisent de planter chardonnay et pinot noir. Le potentiel est estimé à une douzaine d’hectares qui appartiennent à une trentaine de propriétaires, contactés par la mairie pour céder ou louer leurs parcelles en échange d’une rémunération en bouteilles à venir. Les parcelles de la mairie sont confiées pour 99 ans et 1€ symbolique à l’association des Coteaux de la Mauldre créée par les deux compères pour replanter le vignoble. Les Nezellois sont aussi conquis par le projet. “Ils préféraient avoir en face de chez eux des champs de vignes plutôt que des barres d’immeubles, reconnait Damien Courcier. Le maire Dominique Turpin a donc déclassé tout le coteau en zone non-constructible. Tous les voyants étaient au vert”.

Restait à trouver le pépiniériste idoine pour obtenir le bon matériel végétal. Là-encore, le carnet d’adresses de Damien va aider. Ce sera le pépiniériste star du Vaucluse, Lilian Bérillon qui fournit 2500 pieds de chardonnay et 1000 de pinot noir, plantés fin mai avec une dizaine de bénévoles. “Par 35°C sur un coteau à 15% de pente avec des pieds de vigne à longues racines, c’était Cayenne, reconnait Damien Courcier. Nous avons juste traité contre la cicadelle et nous pensons planter environ un hectare par an pour arriver à une douzaine dans 10 ans. Avec la première récolte en 2023, nous ferons du jus de raisin avant de tester ensuite la vinification avec les conseils d’Alphonse Mellot père pour le pinot, de Dauvissat fille pour le chardonnay et de Francis Egly-Ouriet pour réfléchir à une cuvée de bulles” . Si ce ne sont les fées, des magiciens vont sans conteste se pencher sur le berceau de ce nouveau vignoble soutenu également par le Département, la Région et la Communauté Urbaine Grand Paris Seine & Oise… et les pompiers de Nezel et Aubergenville venus aider à l’arrosage des premières plantations.

Un financement participatif a été lancé

Les nouveaux vignerons ont lancé une cagnotte participative sur leetchi avec des parts entre 50 et 300€, à transformer plus tard en allocations bouteilles. Ils devraient également lancer dans les prochains mois un appel au mécénat d’entreprises pour récupérer d’autres soutiens financiers. L’investissement sur cinq ans a été estimé à environ 80 000 €. “Il va falloir acheter un tracteur ou un cheval pour le travail des sols et envisager la construction d’un chai au sein d’un marché couvert de producteurs locaux à Nezel pour s’inscrire dans une dynamique d’échanges entre monde citadin et monde rural, détaille Damien Courcier. Nous envisageons également de sonder les carrières de l’autre côté du coteau pour creuser un lieu de stockage pour les fûts, de récupérer les pierres calcaires pour construire des murs en pierres sèches autour du vignoble, de créer un écomusée du vin avec collections de fossiles et de tire-bouchons puisque la ville abritait encore au milieu du XXe siècle une usine de tire-bouchons”.

Le vignoble sera conduit en bio et même en biodynamie – Philippe Ollivon a prévu de suivre des formations sur le sujet et des traitements à la bouse de corne ont déjà été effectués avant les plantations. Des bandes de terre resteront en jachère pour conserver un historique du coteau et une dizaine de ruches vont bientôt être installées en lisère de la forêt. Le projet est pour le moins ambitieux et les idées fleurissent comme un parterre de crocus au printemps. Sans attendre que le vignoble entre en production, les futurs vignerons artisans comme ils définissent eux-mêmes ont déjà adhéré à l’AVVI – l’Association des Viticulteurs et Vinificateurs d’Ile de France qui ont récemment obtenu une IGP. La renaissance des coteaux de Nezel s’annonce prometteuse…

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