La 8ème génération de Laudet a bataillé pour conserver le domaine Laballe et produire des vins dans deux appellations landaises et des armagnacs pour la mixologie.

L’histoire du domaine de Laballe à Parlebosq (40) n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, mais Cyril Laudet est pugnace. Il a fini par conserver une partie de la propriété landaise, dans la famille depuis 1820. « Quand mon grand-père, régisseur du Château Beychevelle, a pris sa retraite en 1982, il a limité la production d’armagnac à 4-5 barriques par an pour se consacrer davantage au vin, qu’il vendait surtout à l’export. Mon père était un vrai paysan mais qui a toujours été l’ouvrier agricole de mon grand-père et ado, je n’avais pas très envie de travailler sur ce domaine quand je voyais mon père trimer seul sur l’exploitation ». Cyril reconnait avoir quand même passé un BTS d’œnologie en Languedoc. Plus intéressé par la vinification, il ne se résout pas à voir partir Laballe alors mis en vente… mais invendable, le vignoble et le chai du grand-père étant dans une aile du château appartenant à sa sœur. Les vignes sont donc louées à une coopérative voisine. « Mon grand-père ne me considérait pas prêt et estimait que le domaine n’était pas rentable. J’ai donc dû batailler pour récupérer 2 hectares, dont un d’armagnac, et j’en ai loué 10 aux voisins ».

Cyril et sa femme Julie ont passé trois ans à restructurer des vignes qui n’ont pas été entretenues pendant longtemps. Ils ne sont que deux vignerons à revendiquer la dénomination géographique Sables Fauves en IGP Landes qui doit son nom aux sols chargés en oxyde de fer. Les Laudet produisent également des vins en Côtes-de-Gascogne et ont repris récemment 6 ha en Tursan. Cyril s’est associé à un autre jeune vigneron landais, Fabien Desserez, pour déposer une nouvelle marque, Domaine Cazalet, en Tursan et faire des essais, quitte à passer en vin de France comme pour ce Loustig, en blanc, assemblage de baroque, petit et gros manseng sans levure ni sulfite, élevé 8 mois en barriques. « Pour les Sables Fauves, les consommateurs sont soit curieux parce qu’ils ne connaissent pas, soit réticents car ils n’en ont jamais entendu parler mais en général, ils suscitent l’intérêt des cavistes ; pour les Tursan, c’est plus compliqué car l’appellation est très liée à l’image coopérative ».

Cyril ne s’arrête pas là. En 2015, il reprend 50 ha en fermage pour produire davantage d’armagnacs après avoir racheté les anciens stocks de la propriété. Il dispose actuellement d’une quarantaine de barriques en vieillissement de 2007 à 2016 et a replanté folle blanche, baco et ugni blanc. Le terroir des Sables Fauves donne davantage de fraîcheur et de finesse aux eaux-de-vie, distillées en chauffe simple dans la Marie-Jeanne, alambic itinérant qui passe au domaine depuis 1923, avant de vieillir en fûts de chêne noir gascon. Cyril a également rajeuni la gamme avec trois jeunes armagnacs de 3, 12 et 21 ans proposés dans une bouteille plus moderne de 50 cl aux bouchons colorés (de 39 à 69€) pour une utilisation sur glace ou en cocktails.