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Duval-Leroy, une grande Maison à redécouvrir

Auteur

Jean-Michel
Brouard

Date

20.10.2022

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Plutôt discrète depuis quelques années, cette Maison qui est la dernière installée à Vertus dans la Côte des Blancs, offre pourtant une gamme cohérente et très intéressante qui laisse du temps au temps pour le plus grand plaisir des amateurs.

Dire que la Maison a connu des épreuves est en-deçà de la réalité. Rien n’était écrit ni gagné lorsque Carole Duval-Leroy a pris l’engagement de « garder la maison » auprès de son mari malade qui malheureusement décèdera prématurément. Nous sommes en 1991 et peu de gens imaginent alors que cette femme de caractère parviendra à maintenir la barre. Pourtant, pendant 30 ans, Carole s’est imposée par sa force de travail, sa ténacité, sa vision, devenant d’ailleurs la première femme présidente de l’Association Viticole Champenoise de 2007 à 2010, tout un symbole. Elle a réussi à maintenir l’indépendance de l’entreprise contre vents et marées. Et de rappeler, non sans émotion : « nous sommes toujours indépendants et fiers de l’être. Nous sommes certes petits, mais nous sommes chez nous ». Avec un intérêt majeur, celui de la liberté.

Si Carole garde évidemment un œil attentif au devenir de l’entreprise, elle a toutefois transmis la main à ses fils qui travaillent avec elle. Julien et Charles l’ont rejointe depuis une douzaine d’années et occupent respectivement les postes de Directeur Général et de Directeur commercial. Ils ont été rejoints par leur frère Louis en charge des relations publiques. Tous perpétuent une philosophie Maison, celle de sortir des vins suffisamment patinés par le temps pour offrir aux amateurs des expériences de dégustation mémorables. Un cap parfaitement tenu par Sandrine Logette-Jardin, cheffe de cave depuis 2005.

Des cuvées précises et identitaires

La gamme compte un peu plus d’une dizaine de références différentes. Le Brut réserve constitue un point d’entrée très agréable, installant un style entre puissance de constitution et fraîcheur de milieu de bouche qui revient comme un fil rouge. Parmi les cuvées qui marquent les esprits, on pourrait citer le Blanc de Blancs, entièrement constitué de 2007 mais non millésimé. Ce vin apparaît aussi dans toute sa plénitude et se révèle émouvant. D’une profondeur splendide, il offre une bouche sapide à souhait. Ample, il n’en conserve pas moins une fine minéralité qui renforce son équilibre. Le vin est juteux, énergique avec quelques élans d’agrumes et une évocation herbacée. Beaucoup de classe et la bouteille à choisir pour se laisser surprendre à nouveau par le style de la Maison.

Le Clos des Bouveries 2006 est aussi de ces vins qui ne laissent pas indifférent. Bien né, il l’est, avec une parcelle de 3,5 ha à mi-coteau sur Vertus exposée plein est. Historiquement vinifié par la famille depuis des décennies, 2002 ne sera pourtant que le premier opus de cette cuvée singulière. Millésimée tous les ans depuis, elle est ainsi le parfait reflet des affres climatiques, sans fard. Issu de vieilles vignes de 70 ans et très peu dosé, ce vin présente de très fines notes d’évolution, de la densité et une jeunesse encore marquée.

La cuvée Femme de Champagne pour sa part est déconcertante de facilité d’accès derrière une superbe complexité aromatique et une structure bâtie pour défier le temps. Une cuvée de prestige millésimée qui tient bien son nom. Et pour celles et ceux qui voudraient y goûter mais sans le budget nécessaire (250€), la Maison a imaginé aussi une cuvée Femme de Champagne non millésimée. L’actuelle est d’une base 2006 et offre plus qu’un aperçu de la magie de sa grande sœur… Et pour les amateurs de cuvées plus confidentielles, la Précieuse Parcelle Petit Meslier est une invitation à la redécouverte de ce cépage si particulier, à l’acidité vive et à la dimension aromatique unique.

Coup de cœur enfin pour la cuvée MOF 2 ème opus. Celle-ci a été imaginée par les différents MOF sommeliers, un concours que la Maison Duval-Leroy accompagne et finance depuis sa création en 2000. Cet extra-brut est d’une suavité folle, doté d’un toucher de bouche d’une grande finesse et de fins amers superbes. Un Blanc de Blancs élégant, associant fruité mûr et délicatesse. Du grand art. De quoi patienter jusqu’à la présentation annoncée de nouveautés l’an prochain. Patience.