Ci-dessus : Gérard Bertrand et Guy Savoy (photo Pete Hawk)
Ci-dessus : Gérard Bertrand et Guy Savoy (photo Pete Hawk)

Personne n’ignorait “Gris Blanc”, le rosé le plus clair du monde, qui irradie les soirées d’été pour 8€ la bouteille. Vous connaissez maintenant, signé lui aussi par Gérard Bertrand, le rosé le plus cher du monde, à environ 190€ le flacon. Son nom : “Clos du Temple”.

Derrière ce constat anecdotique se dresse, droite comme une colonne ionique, une conviction profonde édictée par trente années d’expérience sur ces terres du Languedoc. Comme lorsqu’il était troisième ligne dans l’équipe de rugby de Narbonne, Gérard Bertrand ouvre en effet des brèches et montre la ligne : “Clos du Temple sera le rosé le plus iconique du monde. Le rosé est un territoire d’expression qui va bien à notre région. Avec cette couleur, je cherche l’horizontalité, la verticalité et la profondeur ; il est temps d’élever les rosés comme les grands vins”.

Le lancement de “Clos du Temple” a été révélé hier, devant un parterre de privilégiés, réunis chez Guy Savoy, chef triplement étoilé installé dans les murs de la Monnaie de Paris, quai de Conti. “Sous la coque de homard, l’avocat saveurs de pamplemousse et poivre Timut ; Tian de dorade, saveurs du sud et safran ; pintade en deux préparations, les abats comme une caillette ; fondant au chocolat au pralin feuilleté, crème chicorée”. Le menu délivre à lui seul les ambitions du vigneron et businessman languedocien qui tutoie les 140 millions d’euros de chiffre d’affaire.

Aujourd’hui, Gérard Bertrand invitera au Bernardin, à la table d’Eric Ripert à New York, là même où l’hélicoptère s’est posé tragiquement avant-hier ; jeudi il sera chez Jean-Georges à Beverly Hills et ainsi prendra naissance sur la carte des plus grands restaurants du monde le début d’une histoire fécondée à Cabrières (Hérault). Car c’est là que tout a commencé, dans ce berceau des vins rosés où, dès 1357, le vin était servi aux banquets officiels et connaîtra la consécration un peu plus tard sur les tables de Louis XIV. Un terroir accouché des forces qui ont façonné le Massif central et la Montagne noire, “un terroir de schiste et de calcaire, un relief collinaire favorisant une exceptionnelle alimentation hydrique”, précise Richard Planas, le directeur des quinze domaines du groupe Gérard Bertrand.

Ces huit hectares sont constitués d’une mosaïque de petites parcelles où s’épanouissent cinq cépages, cinsault, grenache noir, syrah, mourvèdre et viognier. Évidemment, le Clos du Temple ne sera pas qu’un vin. Comme Clos d’Ora (Minervois la Livinière), il sera aussi un lieu car une nouvelle cave y verra le jour, véritable évocation d’un temple, comme l’a dessiné l’architecte languedocien François Fontès. Et cette inspiration soutiendra une philosophie: “nous sommes tous multidimensionnels”, insiste Gérard Bertrand, auteur du livre “Le vin à la belle étoile”, dans lequel il délivrait déjà ses pensées profondes, fruits, entre autres, de la lecture de Rudolf Steiner. “L’environnement unique de ce lieu créé une alchimie et un élan spirituel”, insiste Gérard Bertrand. Des convictions gravées dans le verre par la designer Marie Legallet avec cette bouteille à la base carrée, à la piqûre en forme de pyramide et aux épaules qui forment un cercle. Gérard Bertrand n’a pas oublié la leçon de son père Georges, vigneron et courtier: “penser aux mille et un détails”. Sur la sacro-sainte planète vin, le “Clos du Temple” est né.