Quel que soit le vignoble, la naissance d’un très grand vin est toujours un événement. Peut-être encore plus ici, en Languedoc-Roussillon, où les vignerons, pragmatiques, se sentent rarement pousser des ailes. Mais lorsqu’il arpente pour la première fois cette combe nichée au plus haut du cru Minervois-La-Livinière, en 1997, Gérard Bertrand respire à pleins poumons un vent de liberté créatrice.

C’est vrai que le site est incroyablement beau : un amphithéâtre de vignes, à la pente très douce, piqué de figuiers, d’oliviers, de pins et de chênes, totalement isolé, avec pour horizon la Méditerranée à quelques 40 kilomètres de là. Et dans le dos, le souffle frais de la Montagne noire.

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Le sol est un millefeuille sur la tranche, d’une parcelle à l’autre les dominantes sont visibles : ici des éclats calcaires, un peu plus haut, plus de grès, un peu plus loin des marnes : huit parcelles réparties sur neuf hectares, des murs de pierre sèche impressionnants, patiemment restaurés sur les dix dernières années.

« Ici c’est le royaume de la syrah, l’amplitude thermique est régulièrement de 20 degrés, en plein été, l’idéal pour ce cépage », et Gérard Bertrand est assez fier de désigner dans son clos, la plus vieille parcelle de syrah du cru, plus que quarantenaire.

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Au départ, une veille vigne de Carignan, aujourd’hui octogénaire : « je n’avais pas compris son potentiel, il a fallu du temps et des millésimes difficiles, il y en a une pincée dans l’assemblage, c’est la signature sudiste », car avec leur train de sénateur au mûrissement, ces vieux ceps savent passer les pluies de septembre, imperturbables, et livrer un jus gourmand aux derniers jours d’octobre. A partir de 2000, le vignoble a été complété de grenache et de mourvèdre. Le quatuor de cépages choisi pour élaborer un grand vin du Sud est, depuis, bichonné « au delà de la biodynamie », même plus de tracteur, mais Victorieux, un vaillant mulet, et une équipe de passionnés – et par le projet et par l’endroit.

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Enfin, en lieu et place d’une bergerie effondrée, tout en haut du Clos, il a fallu 600 tonnes de cailloux pour construire une petite cave de huit cuves (une par parcelle) et son chai à barriques, semi-enterré, comme une vigie au royaume des vents et du silence.

Avant les vendanges 2014, Gérard Bertrand tenait à présenter le premier millésime commercialisé de son Clos d’Ora.

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Ce qui signe ce 2012, c’est l’équilibre et la signature terroir. Pas de dominante cépage mais un nez profond, mûr et frais de fruits noirs, de figues fraiches, à peine Zan. Palais très harmonieux, équilibré entre souplesse et profondeur, tanins élégants, porteurs d’une promesse de longévité. C’est une sensation de densité et d’allégresse, une texture de rêve au service d’un fruité complexe. L’origine sudiste est bien-là, mais interprétée pour traverser le temps, transcendée pour transmettre la beauté et la puissance du paysage, magnifiée en reconnaissance à ce vignoble languedocien, qui dans ce cas présent, est capable du meilleur.

Sylvie Tonnaire.

Clos d’Ora, AOP Minervois La Livinière 2012, 190 euros
04 68 45 36 00
www.gerard-bertrand.com

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