Cépage sudiste trop longtemps galvaudé, puis négligé, le carignan prend sa revanche grâce à l’association Carignan Renaissance, qui organise une conférence ce mercredi 29 janvier dans le cadre du salon Millésime Bio.

« Carignan, le réveil d’un bel endormi » : c’est l’intitulé d’une conférence qui se déroule ce mercredi 29 janvier à 10h dans le cadre du salon Millésime Bio, à Montpellier. Elle est organisée par l’association Carignan Renaissance, dont le président, le journaliste Michel Smith, est depuis longtemps un fervent défenseur de ce cépage qui revient progressivement sur le devant de la scène, après de longues années de purgatoire.

« Cela fait pas mal d’années que je suis intéressé par le carignan, explique Michel Smith. En tant que journaliste, et en tant qu’amoureux du Languedoc-Roussillon. Dans la région, beaucoup ont été ingrats avec ce cépage, ils l’ont liquidé un peu trop vite, après en avoir abusé pendant des décennies. Dans les années 1960, il y avait 300 000 hectares de carignan dans le sud de la France, c’est un cépage que l’on plantait en plaine, que l’on faisait « pisser », et qui a été le fer de lance de l’industrialisation du vin dans le Languedoc. C’est ce qui a contribué à sa mauvaise réputation. Petit à petit il a été estampillé inintéressant, vulgaire, trop productif, et il s’est fait éclipser par la syrah et le grenache. On donnait même des primes aux viticulteurs pour arracher leur carignan. Maintenant on en revient, la tendance serait même à donner des primes pour replanter du carignan, car on en manque ! »

Une nouvelle génération

A l’origine de ce renouveau : une nouvelle génération de vignerons, souvent venus d’ailleurs (Loire, Bourgogne, Bordeaux, voire de l’étranger), a « redécouvert » de très vieilles vignes de Carignan, que des « anciens » bien avisés avaient eu la sagesse de préserver. « L’arrachage massif a eu aussi du bon, précise Michel Smith. Il a permis d’arracher le mauvais carignan, dans les zones très productives. Et certains ont redécouvert que lorsqu’il est placé dans de bonnes conditions d’altitude et de terroir, quand on s’occupe bien de lui, avec des rendements maîtrisés, il redevient un excellent cépage. Le carignan, comme le rappellent certains vignerons d’ici, c’est « un bon gars », qui déçoit rarement. C’est un cépage facile, tardif, qui apporte de l’acidité aux vins du sud ».

On estime entre 4000 et 5000 hectares la surface totale de vieilles vignes de carignan dans le Midi, préservées grâce à l’intelligence de vieux vignerons et aujourd’hui sublimées grâce à la perspicacité de jeunes vignerons. Les plus vieilles vignes se trouvent dans la vallée de l’Agly, sur les hauteurs de Perpignan, dans les Corbières, le Minervois. Puis l’on trouve des « poches » de carignan à Montpeyroux, vers les Terrasses du Larzac, puis le Gard, et de moins en moins en allant vers l’Est, même si, jusque dans la vallée du Rhône, certains viticulteurs continuent à défendre ce cépage, quitte à sortir de l’appellation.

Les ambassadeurs du carignan

Michel Smith lui-même produit, « avec des copains », sa propre cuvée de carignan sur un hectare en Côtes Catalanes. Mais ce n’est que l’une des casquettes de cet ardent ambassadeur du cépage sudiste : « il y a trois ans, avec quelques amis, nous avons eu l’idée de créer une association, sur le modèle de la Grenache Association. L’idée était de fédérer des vignerons, des passionnés, des journalistes, autour de la défense du carignan ». Ainsi est née Carignan Renaissance, qui depuis sa création multiplie les événements autour de son cépage emblématique. Ainsi vendredi dernier, en préambule de Millésime Bio, avait lieu une « battle » entre carignan et grenache, réunissant une dizaine de vignerons à Montpellier. Demain se tiendra la fameuse conférence. Et le 2 mai prochain aura lieu, dans le Languedoc, un « Carignan Day » qui invitera chaque domaine produisant des cuvées à dominante de carignan à ouvrir leurs portes au public. Michel Smith travaille également sur la création d’un « verre à carignan » avec une verrerie. Et il signe chaque semaine, pour le site « Les 5 du vin », une chronique intitulée « Carignan Story » pour laquelle il a déjà dégusté plus de 200 vins.

« Tous les membres de l’association s’acquittent d’une cotisation de 50 €, et toutes les actions sont menées bénévolement, pour mieux faire partager, découvrir, déguster ce cépage d’identité languedocienne – certes, il vient d’Aragon, mais il est installé dans la région depuis le Moyen-Âge – qui s’est depuis déployé dans le Priorat, dans le Maghreb, en Égypte, en Israël, au Chili, en Australie, en Afrique du Sud… »

Toute la diversité du carignan peut se vérifier sur le salon Millésime Bio. Parmi les coups de cœur à déguster (entre autres) :

– La cuvée « Carignan » de l’Anglais Jon Bowen, du Domaine Sainte-Croix dans les Corbières : « un carignan du tonnerre ! » d’après Michel Smith.
– « Le Carignan » du domaine d’Aupilhac (Vin de Pays du Mont Baudile), « le chantre du carignan dans le Languedoc ».
– L’emblématique « Carignator » de Jean-Marie Rimbert, à Saint-Chinian.
– La cuvée « Le Revenant », 100% carignan du domaine La Rouviole en Minervois.
– La cuvée « Ka », 100% carignan de l’Alsacien Marc Kreydenweiss en Costières de Nîmes.
– La cuvée « Les vignes qu’on abat », 100% carignan du domaine de La Marfée, AOC Languedoc – Grès de Montpellier (« mon coup de cœur de l’année dernière »).
– La cuvée « Le Blaireau » rosé du Mas des Quernes, dirigé par le négociant allemand Peter Riegel et l’œnologue français Jean Natoli.
– La cuvée « Nos Racines », 95% carignan du château de La Liquière, à Faugères.
– Toujours à Faugères, la cuvée « Belle Lurette » du Domaine de Cébène (Brigitte Chevalier), 70% carignan.
– Et bien sûr, « Lo Vièlh Carignan », le très beau carignan issu de vignes centenaires du Clos du Gravillas, à Saint-Jean de Minervois. L’Américain John Bojanowksi, précurseur dans la défense du carignan, est aussi celui qui a inspiré le nom de l’association, Carignan Renaissance.

Mathieu Doumenge