Photo: I. Bachelard
Photo: I. Bachelard

« Robe orangée, claire, un peu terne mais bien limpide, nez original et plaisant, épices douces, herbes aromatiques, pointe de bonbon  » : en découvrant à l’aveugle cette nouvelle cuvée de Jean Becker, on s’interroge, la couleur de même que le côté fumé des arômes font d’abord penser à du pinot gris, mais il y a aussi des notes forales et poivrées. C’est même la rose qui domine en bouche. Serait-il associé avec du gewurztraminer, puisque les assemblages sont à la mode dans de belles cuvées d’Alsace ? Il s’agit en fait d’un pur gewurztraminer, vinifié en macération par Jean-Philippe Becker, au domaine familial de Zellenberg (Haut-Rhin), et mis en bouteilles sans ajout de sulfites et sans filtration. C’est une des belles réussites de la nouvelle gamme « Naturellement » du domaine Becker.

En bio depuis 1999

Dans ce domaine familial, le bio est bien installé, depuis 1999 par les trois frères et sœurs. Jean-François le gère à la vigne mais c’est Jean-Philippe qui vinifie (et distille) tandis que Martine fait tout le reste, commercialisation, accueil et cuisine. Jean-Philippe a eu envie de se lancer dans l’orange, la nouvelle couleur à la mode et dans le sans sulfite ajouté : « J’ai découvert le zéro sulfite dans le Bordelais, il y peut être dix ans. J’ai trouvé ça excellent et j’ai vu que les clients s’arrachaient les bouteilles. On a fait des essais ici, mais au début avec des pinots blancs qui étaient trop mûrs, ça ne marchait pas bien« .

Technique du rouge sur du blanc

En 2019, les frères Becker se sont lancés dans le vin orange, en faisant macérer les baies de raisins au lieu de les presser, c’est-à-dire la technique des vins rouges sur des vins blancs. « On l’a refait en 2020 et cette année et ça se goûte bien. Le gewurz’ se prête bien à cette technique car la peau est rose, on fait une macération longue et ensuite on filtre ou pas, ça dépend » poursuit Jean-Philippe Becker, en précisant que cette année, il a écourté la macération, car les vins avaient tendance à réduire. Ce sont des vins de gastronomie, plutôt secs « qu’il faut servir avec de vrais plats, une poule, un fromage fort ou un foie gras pour ceux qui ne veulent pas de vins doux« . On l’a testé avec une mimolette vieillie, très sèche, en fin de repas, ses parfums légèrement mentholés, l’acidité suffisante – celle qui fait défaut à certains vins de macération – et la pointe de gaz ont conclu un accord parfait.

Le tanin remplace un peu le soufre

Les cépages alsaciens se prêtent à l’exercice sans soufre. Avec le pinot gris égrappé, le vin sort comme un rouge léger, un rosé corsé : « Très beau, on a extrait des tanins. Il faut macérer et extraire les tanins pour que le vin tienne sans soufre, le tanin remplace un peu le soufre » résume Jean-François. D’ailleurs, si le pinot blanc est une belle réussite, il ne garantit pas la durée de sa vie. 

Les vins natures ont trouvé leur public, car « ceux qui aiment adorent » explique Jean-Philippe. Pour plusieurs cuvées il va falloir attendre la récolte 2021. Seuls le gewurztraminer orange 2020 (16,80 €) et les rouges sans sulfites ajoutés (13,80 €et 21,30 €) sont encore disponibles à la vente. On peut aussi en avoir un aperçu au Marché de Noël alsacien qui est de retour à la gare de l’Est à Paris, avec de nombreux produits artisanaux, jusqu’au 17 décembre.

Photo: I. Bachelard