Célèbre pour ses hermitages, Jean-Louis Chave s’est lancé depuis plus de 15 ans dans une aventure viticole sur Saint-Joseph, entre retour aux sources familiales et mise en lumière de terroirs d’exception.

Peu de vignerons dans le monde peuvent se targuer de produire du vin depuis 1481. L’ancêtre des Chave reçu en effet, à la fin du XVème siècle, une parcelle de vigne sur le coteau de Bachasson de la part du seigneur local pour « service rendu ». L’Histoire ne dit pas lequel, mais il marque le début de plus de 500 ans d’une relation passionnée de cette famille ardéchoise avec la vigne. Bien sûr, pas d’appellation Saint-Joseph à l’époque, celle-ci n’ayant été créée que dans les années 1950. Pourtant, Bachasson est l’un des 5 terroirs qui représentent le cœur historique et qualitatif du Saint-Joseph, avec les vallées de Chalaix, des Champs (et son coteau Saint-Joseph, éponyme de l’appellation), des Oliviers et du Doux (avec l’excellent coteau de Sainte-Épine). Dévasté par le phylloxera à la fin du XIXème siècle, le magnifique coteau sera délaissé jusqu’au milieu des années 1990, période de sa renaissance initiée par Jean-louis Chave.

Du temps, de la sueur et de l’argent

Terrible fléau, le phylloxera aura tout de même été bénéfique aux Chave. Il leur permet en effet d’entrer sur la colline de l´Hermitage, alors entrouverte par les grands propriétaires terriens qui se tournent vers l’industrie plus rentable. La suite est connue, avec une renommée devenue mondiale pour le domaine. Loin de profiter d’une vie de nabab, Jean-Louis souhaite exprimer davantage sa gratitude pour le Saint-Joseph, berceau de la famille. « C’est presque un devoir pour moi de m’y intéresser ». Lucide, il reconnaît toutefois volontiers que « [sa] génération peut remettre en culture des terroirs d’exception grâce aux moyens de l’Hermitage ». C’est ainsi qu’il se lance en 1996 dans un travail titanesque de reconstitution du lieu-dit Bachasson dont l’histoire viticole avait été interrompue pendant plus d’un siècle. S’ensuivent plus de 15 ans d’efforts acharnés pour remonter les kilomètres de murs de pierres sèches, sélectionner et replanter le matériel végétal. Pour ce faire, une pépinière est créée en interne afin de réaliser une sélection massale, c’est-à-dire un choix de vignes au patrimoine génétique qualitatif et diversifié. Aucun désherbant chimique, tous les sols sont travaillés à la main (1, 5 personne pour s’occuper des 1, 5 hectares !). Dans cette aventure viticole, Jean-Louis se sent proche d’Henri Jayer dont l’histoire de son célébrissime « Cros Parantoux » présente de nombreuses similitudes.

« Des identités de vin extraordinaires »

Parallèlement aux travaux menés sur Bachasson, Jean-Louis décidé de racheter en 2009 le clos Florentin dans le village de Mauves, seul clos ceint de murs sur l’appellation Saint-Joseph qui a le grand avantage de posséder de très vieilles vignes de syrah. S’il vinifie ce vin depuis 2009 et l’intègre à l’unique cuvée générique de Saint-Joseph du domaine, Jean-Louis n’en oublie pas qu’avant le phylloxera, le clos s’étendait jusque sur la colline située au-dessus. Ce seront donc de nouveaux travaux de replantation et de restructuration de cette parcelle qui vont être engagés pour redonner ses lettres de noblesse au clos. Et si « les terroirs d’exception sont ceux de la colline de l’Hermitage », Jean-Louis en est persuadé : des 1300 hectares de cette appellation sans cohérence qualitative, « 80 à 100 ont un potentiel de grands crus. Il y a de petits Château Grillet à redécouvrir en Saint-Joseph ». Ce que la dégustation du clos Florentin confirme. Une densité et une trame aromatique impressionnante qui laisse présager de bien belles choses sur Bachasson. Encore quelques années d’observation et le domaine proposera ces deux pépites dans 2 cuvées spécifiques. Un moyen de continuer à écrire la fabuleuse histoire de ce domaine d’exception.

Jean-Michel Brouard

Domaine Jean-Louis Chave
37 avenue du Saint-Joseph
07300 Mauves
Tél : 04 75 08 24 63

jlchave