(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Depuis que le manga “Les Gouttes de Dieu” a couronné son millésime 2003 comme “meilleur vin du monde”, le château Le Puy est connu aux quatre coins de la planète. Son propriétaire Jean Pierre Amoreau a pris la plume pour raconter l’histoire de sa famille, enracinée dans le vignoble de Bordeaux depuis 1610. Et sa vision du vin.

Avec ses cheveux blancs et son sourire discret, on prendrait volontiers Jean Pierre Amoreau pour un patriarche rangé qui veut achever sa carrière de vigneron en égrenant des souvenirs sans faire de vague. Il n’en est rien. Dans son livre “Plus pur que de l’eau”, qui sort au moment des vendanges 2019, il ne fait pas l’apologie de son domaine. Sous couvert de témoignage, il livre au lecteur curieux un véritable cri d’alarme contre la dégustation et la viticulture standardisées, pour le respect des terroirs et des individualités. Ses vins ont porté l’appellation Bordeaux, Bordeaux Supérieur, Francs Côtes de Bordeaux. A partir de 2017, ils seront tous étiquetés en Vin de France.

Terroir du Puy

Tout part du berceau familial, Le Puy, dès 1610. Ce point est le plus haut de la zone de Saint-Cibard, au nord-est de Saint-Emilion et les vins qu’il produit sur ces coteaux ont jadis servi, grâce à leur concentration, à “hermitager” les vins de Saint-Emilion. De vins “médecins” comme on les nommait au vin qui « donne du bonheur » qu’il s’efforce de produire, Jean Pierre Amoreau explique le parcours. Il raconte comment le domaine a été conduit en agriculture biologique avant que le terme n’existe, comment il refuse le goût du bois ou l’apport de produits de synthèse, comment il travaille en biodynamie, mais aussi comment la proximité avec les chevaux fait plus que modifier le labour.

“C’est au vin de donner du bonheur”

Pour quelqu’un qui n’est pas écrivain – il a fait carrière dans la sidérurgie avant de se consacrer au vignoble familial – Jean Pierre Amoreau sait organiser ses souvenirs et ses projets. Le livre alterne habilement les considérations sur le vin et l’évolution du domaine familial « Le Puy », avec des sortes de « parenthèses » historiques, anecdotiques ou poétiques, qui donnent aussi l’eau à la bouche.

Jean Pierre Amoreau, “Plus pur que de l’eau”, Fayard, 303 pp, 18 €. Préface d’Eric Asimov, journaliste au New York Times.