©Commanderie du Bontemps
©Commanderie du Bontemps

Pour l’oenophile, qu’il soit de France ou d’ailleurs, certains noms résonnent avec une tonalité toute particulière, entraînant avec eux un imaginaire fécond. « Lafite-Rothschild » fait partie de ceux-là. Depuis vingt ans, l’emblématique chai circulaire de la propriété pauillacaise accueille la finale de la Left Bank Bordeaux Cup, réunissant huit équipes d’étudiants, venus du monde entier.

Dans le saint des saints, un silence de cathédrale. Au centre du chai, entouré de barriques, le chœur silencieux abrite les candidats au titre, mines fermées, cravates ajustées et coiffures impeccables. La lumière tamisée et les fibules rutilantes des commandeurs en finissent de souligner la solennité du moment.

La Left Bank Bordeaux Cup, organisée par la Commanderie du Bontemps, est considérée depuis 2002 comme le premier concours international des clubs œnologiques des Universités et Grandes Écoles. Après une phase de sélection drastique – en distanciel cette année – on comptait pas moins de cinq nationalités parmi les finalistes. Fait rare : l’absence d’institutions britanniques lors de ce dernier tour, Oxford et Cambridge en tête de liste. 

Faisant face aux jeunes amateurs et réuni sous la bannière fédératrice de la Commanderie, le jury se composait d’une dizaine d’acteurs majeurs de la viticulture bordelaise. On comptait parmi les examinateurs, le Baron Eric de Rothschild, sa fille Saskia, Emmanuel Cruse, Philippe de Lur Saluces ou encore Charles Chevallier, ancien directeur technique des propriétés girondines du groupe DBR. 

En guise de mise en bouche, une épreuve théorique composée de dix questions ciblant une connaissance globale du vignoble de la Rive Gauche. Il fallait savoir – entre autres – que le Touriga Nacional pouvait désormais être planté en bord de Garonne, pouvoir reconnaître l’architecture néo-classique du Château Giscours ou encore établir un lien entre la présence de Muscadelle et le Château Doisy Védrines. Miracle de la connaissance, les natifs de Hong-Kong, Los Angeles ou Lausanne maîtrisent les rouages bordelais comme s’ils y avaient vu le jour. Côté français, l’avantage du sol ne fait pas tout mais permet une approche plus précoce de ces vins, comme l’analyse Mark Petit, l’un des représentants de SKEMA.

La deuxième partie de l’épreuve, juge de paix s’il en est, concerne trois séries de trois vins dégustés à l’aveugle. Le nez plongé dans leur verre, les candidats déchiffrent, vin après vin, les méandres médocains. La discussion porte tantôt sur le millésime, tantôt sur l’appellation. “Parmi les trois vins devant vous, l’un d’eux a déjà été goûté lors de la première série, lequel était-ce ? ”, questionne – en anglais – le Grand-Maître de la Commanderie. Un Brane Cantenac 2012, comme une évidence pour les Suisses de St Gallen et leurs voisins chinois.

Les liquoreux viendront ensuite avec la dégustation d’un duo barsacais composé d’un Château Coutet 2010 et Climens du même millésime, complété d’une cuvée de La Tour Blanche 2013. Pour chacune des questions, toutes plus alambiquées que la précédente, deux minutes de réflexion, main devant la bouche au risque que l’on lise sur vos lèvres…

Au terme d’une heure de dégustation intense, les toges rouge, verte et or se rassemblent et font les comptes. Au pied des seize colonnes, les huit équipes trépignent, sourires de façade et éloges mérités. Finalement, Jerry Kim, Kate Wang et Lukas Bredo, étudiants de la célèbre Cornell University pourront exulter, prenant la première place de cette édition 2022 de la Left Bank Bordeaux Cup. A n’en pas douter, rares auront été les occasions où l’on entendit de tels éclats de joie résonner dans le chai imaginé par Ricardo Bofill. Le podium est complété par les Lillois de SKEMA et par les dégustateurs de l’Université de St-Gallen en Suisse.

Nous nous entraînons depuis presque un an, le niveau est extraordinairement relevé mais nous reviendrons ! ”, confie Joshua Lau, coach attitré de la délégation hongkongaise. La soirée se poursuivra par un cocktail puis dîner, au cours duquel les compétiteurs d’un soir ont pu goûter à quelques flacons d’exception. Nul doute qu’ils repartent conquis, prêts à vanter les vins de la Rive Gauche, « en tout lieu, et devant quiconque », comme le préconise la Commanderie.