Après le domaine Ponzi l’année dernière dans l’Oregon, la Société Jacques Bollinger rachète le domaine Hubert Brochard dans le Sancerrois. Constitué de 60 hectares en appellations Sancerre et Pouilly Fumé, il était exploité depuis cinq générations par la famille. Etienne Bizot, président de la SJB, nous en dit plus sur les tenants et les aboutissants de cette acquisition.

Qu’est-ce qui a poussé la SJB à s’intéresser au domaine Hubert Brochard ?

C’est une belle acquisition dans un terroir du sauvignon blanc. Nous sortons un peu du pinot noir (même s’il y en a aussi) et du chardonnay, mais je suis ravi ! En 1973, lorsque nous avons acquis le Langlois Château, la Loire était le premier investissement de notre famille en dehors de la Champagne. À l’époque, ce domaine était spécialisé dans les crémants. Nous avons un peu étendu l’offre vers des vins tranquilles de Saumur, que ce soit des vins blancs de chenin, ou des vins rouges de cabernet. Dans les années 1990, nous avons pris à bail un domaine de 11 hectares à Sancerre, avant de le racheter en 2006 (château de Fontaine Audon). Plus tard encore, nous avons été approchés par la famille propriétaire du Château de Thauvenay, et nous avons repris 18 hectares de Sancerre. Nous avons revendu la bâtisse voici un an mais conservé le domaine. Lorsqu’on est venu nous trouver pour la maison Hubert Brochard, nous avions besoin d’une vraie légitimité sancerroise. Être propriétaire d’un vaste domaine viticole est une bonne chose, mais si vous avez un nom qui est local avec une vraie histoire à raconter, ce qui est le cas d’Hubert Brochard, tout de suite, cela donne plus de substance. La cerise sur le gâteau, c’est que ce nom s’accompagne de cinquante hectares de Sancerre ce qui est énorme, une trentaine en propriété et une vingtaine en bail avec la famille Brochard. Nous arrivons ainsi à une exploitation de plus de 80 hectares sur l’appellation !

Le troisième motif, c’est qu’il s’agit d’une région phare dans le monde pour le sauvignon blanc, qui exporte 70 % de ses vins, en particulier vers les Etats-Unis. Tous les producteurs de sauvignon, les Néozélandais les premiers, la reconnaissent comme étant l’appellation la plus valorisée sur ce cépage avec de très beaux terroirs. Enfin, ce qui est intéressant, c’est que les vignes d’Hubert Brochard sont à la fois proches du château de Fontaine Audon et du château de Thauvenay. Dans la mesure où tout comme eux, nous avions déjà opéré une approche terroir distinguant silex et calcaire dans la gamme, nous ne ferons que la compléter. Nous avons tout un travail à faire sur la plateforme de marque, mais en tout état de cause cela se fera autour du nom Hubert Brochard.

Le domaine est certifié HVE, est ce que vous avez des projets de conversion bio ?

Nous possédons plus de 350 hectares de vignes dans le monde, toutes sont en conversion en viticulture durable. La volonté de notre famille est de jouer notre rôle dans la préservation de l’environnement et si ce domaine n’est pas certifié bio, il risque de l’être un jour !

Vous n’investissez jamais dans les régions viticoles méridionales, est-ce une stratégie délibérée liée au changement climatique ?

Non. Avec cette acquisition, nous renforçons notre présence dans la Loire, en suivant deux axes clairs, un axe crémant à Saumur, et un axe Sancerre. Nous avions 30 hectares, c’était bien, 80 c’est mieux. Cela fait de nous l’un des plus gros propriétaires de l’appellation. Le sud, nous en reparlerons peut-être un jour, nous ne l’excluons pas. Il ne faut pas aller trop vite, nous sommes un petit groupe familial, une chose est d’acheter, une autre est de redresser s’il le faut.

La SJB n’a jusqu’ici investi que dans les spiritueux et le vin, vous n’envisagez pas, comme l’ont fait d’autres acteurs de la filière, de vous diversifier vers d’autres produits de luxe ?

Non. Je pense qu’il vaut mieux nous concentrer sur ce que nous savons faire. C’est un autre métier avec d’autres créneaux de distribution et nous sommes encore trop petits.

Quel est le positionnement de la maison Hubert Brochard ? A-t-elle par exemple des partenariats avec des grands chefs ?

Pas vraiment. Elle est distribuée un peu partout sur la planète, mais beaucoup en France, en Angleterre, et en Italie. Elle collabore un petit peu avec la GD, mais nous allons opérer un repositionnement vers le réseau traditionnel, la restauration… Sur ce point, le domaine bénéficiera des synergies du groupe. Il existe un très beau fond de vignoble, de qualité de vin, mais il y a un peu de travail à faire sur la partie commercialisation en s’appuyant sur tous nos agents dans le monde. Je leur ai déjà écrit et ils ont hâte de recevoir ces vins !

La famille Brochard continuera-t-elle à travailler pour le domaine ?

Nous en avons longuement discuté avec eux. Anne-Sophie restera en tant qu’œnologue, Daniel, Benoît et Caroline nous accompagneront le temps de passer le relais. Nous allons recruter un directeur pour le site de Sancerre.