Photo: W. Kiezer
Photo: W. Kiezer

15 ans après avoir démarré l’agroforesterie dans leurs vignes, Franck et Nadine Renouard préparent le domaine Scamandre aux effets du réchauffement climatique, accompagnés par le bureau d’étude SCOP AGROOF.

Situé à Vauvert en petite Camargue gardoise à l’extrémité ouest de l’AOC Costières de Nîmes, les 15 hectares de vignoble (certifiés à l’agriculture biologique) sont cultivés dans un terroir chaud, voire très chaud. Souvenez-vous de la terrible canicule de juin 2019, où c’est à Vauvert, qu’avait été mesuré le pic de chaleur de 46 degrés, du jamais vu dans le vignoble français. Pour combattre les effets des futurs canicules et pérenniser l’activité du domaine, les propriétaires continuent donc leur engagement dans l’agroforesterie au sein de leurs parcelles.

Un projet unique

Franck Renouard est un vigneron lucide sur le sujet du réchauffement climatique et de ses effets néfastes. Pour lui, il faut s’adapter le plus vite possible en plantant des arbres : “Que ça affecte ou pas les récoltes, il faut planter des arbres”. Le ton est donné par ce dentiste parisien passionné de vignes et de vins. Quand d’autres vignobles se séparent du moindre arbre dans les parcelles, Franck en organise la plantation par centaine, plus de 1000 depuis 2007, du jamais vu dans l’appellation. Suivi par AGROOF depuis le début du projet, le domaine a aussi planté un hectare de chênes truffiers au centre de son exploitation.

L’eau finira par manquer et l’arbre est un précieux allié pour diminuer la chaleur dans les parcelles”. Entre 2009 et 2012, les arbres font même leurs apparitions en plein cœur des vignes, apportant de l’ombre bienvenue lors des longues journées ensoleillées d’été. Ombre qui peut diminuer la température de 4 degrés en pleine saison estivale. En plus de se protéger contre le soleil, un oasis de 2 hectares (arbres et arbustes) est aussi créé pour favoriser la biodiversité, offrant des habitations pour les petits mammifères et les oiseaux.

En février 2022 le domaine accélère donc son projet d’agroforesterie et organise la plantation de 1721 arbres dans et autour de ses parcelles, composés de plusieurs espèces qui culmineront à différentes hauteurs.

Les bénéfices

Si pendant longtemps les arbres ont été les ennemis jurés de la productivité et du rendement, en implanter n’est plus tabou aujourd’hui. “Détruire l’immensité de la monoculture est aujourd’hui quasiment indispensable pour continuer à produire du raisin et surtout combattre contre les effets du réchauffement” annonce Franck Renouard lors de la présentation du projet le 17 février dernier.

Lors de cette journée, Camille Beral, chargée de recherche à AGROOF, a aussi présenté les différents bénéfices qu’offre l’agroforesterie dans les cultures, en plus de la résilience face au réchauffement climatique. L’arbre est un régénérateur de la fertilité et de la qualité des sols, apportant de la matière organique grâce à ses feuilles mortes. Il permet aussi le  stockage du carbone et limite l’érosion par sa fonction de brise vent. Ils créent aussi des refuges aux insectes, oiseaux et mammifères, autant d’habitations qui serviront à réduire aussi l’apparition des nuisibles comme le ver de la grappe et donc d’intrants dans les cultures.

Une démarche sincère et profonde en faveur de l’environnement et de la nature…

Photo: W. Kiezer