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Languedoc : Le CIVL veut retrouver le collectif

Auteur

Anne
Serres

Date

21.10.2021

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Conférence de rentrée à l’Interprofession des Vins du Languedoc (CIVL), le président Christophe Bousquet et le délégué général, Olivier Legrand, sont revenus sur les chiffres de la vendange 2021 et le bilan commercial d’une année de reprise. Enfin, voire surtout, ils font l’état des lieux de la gouvernance du CIVL après les remous de l’Assemblée Générale de juillet et les déclarations de départ des AOP Corbières, Fitou, Malepère et Faugères.

Vendange en recul de 30 % : “il faut tenir compte du moral des vignerons”

“Il est difficile d’être plus précis, mais disons que si les AOP du Languedoc enregistrent une vendange de 1,1 million d’hectolitres en année normale, on tablera cette année sur plus ou moins 800 000 hectolitres. Nous avions treize mois de stock donc pas de crainte de manquer de vin”, explique Christophe Bousquet.

D’un point de vue structurel, la très maigre vendange 2021 arrive cependant dans un cycle où “nous avons eu deux vendanges normales en dix ans alors qu’il y a trente ans c’était une mauvaise vendange tous les dix ans” constate Christophe Bousquet. Les questionnements de long terme sur le changement climatique et le développement durable sont au coin du constat sur la vendange : “certains de nos vignerons ont tout eu cette année : le gel en avril, la grêle et les fortes pluies donc le mildiou au printemps et au début de l’été, puis la sécheresse en juillet-août et les pluies aux vendanges… Il faut tenir compte du moral des vignerons et nous placer dans l’action pour l’avenir. C’est le sens de notre Observatoire du Développement Durable et de nos engagements en moyens humains et budgétaires dans la recherche et le développement”.

Bilan commercial : de réels signaux de reprise

Olivier Legrand reste lucide dans le positif : “après avoir dévissé de 10 % au plus dur du confinement, les ventes des AOP du Languedoc ont progressé de 8 % en 2020-2021. Le choc est en partie rattrapé. La croissance est tirée par les rosés qui atteignent un record historique de commercialisation (à 224 000 hl en croissance de 18 % en 2020-2021), ainsi que par les blancs (à 211 000 hl en croissance de 11 % en 2020-2021) alors que les rouges progressent de 3 % à 610 000 hl”.

La valorisation des AOP du Languedoc se poursuit : en volume, les ventes en grande distribution du segment des vins à plus de 7 € progressent de 19 % à fin août 2021 (alors que le segment entre 5 et 7 % progresse “seulement” de 7,5 %) et place la progression du prix moyen de la bouteille de vin d’AOP du Languedoc en hausse de 35 % sur cinq ans.

Quant à l’export, il redémarre aussi, marqué par la croissance des marchés européens historiques (Allemagne, Belgique et Royaume-Uni) et, la reprise du grand export en 2021, Chine et USA, les ventes vers les Etats-Unis ayant redémarré très fort dès avril avec la suspension des taxes Trump.

On peut difficilement tirer des leçons durables d’une conjoncture inédite”, tempère Olivier Legrand, “Au demeurant, après le choc de la pandémie, les tendances de long terme reviennent en force dans la reprise”.

Bilan de gouvernance pour le CIVL : “nous gardons la foi en l’action collective”

Difficile arrivée aux commandes pour Christophe Bousquet : “j’ai découvert les tensions avec les appellations qui nous ont signifié leur départ au moment de mon élection. Je faisais partie du conseil d’administration du CIVL, j’ai vu le travail de concertation sur la plateforme de marque, la volonté d’unir toutes et tous qui correspondait à ma vision d’un engagement collectif”.

Au moment de réunir l’Assemblée Générale du CIVL fin juin dernier, Olivier Legrand reçoit la liste des 51 délégués de chaque collège : production et négoce. “Il y a habituellement un tiers des délégués du collège du négoce qui représentent les metteurs en marché direct, les producteurs qui commercialisent en direct au moins 50 % de leur production. La liste que j’ai reçue de l’Union des Entreprises Viticoles Méditerranéennes (UEVM) pour l’AG de juillet dernier n’en comprenait aucun. Face à cette question de représentativité du collège du négoce, et alors que j’ai reçu la liste au dernier moment pour convoquer l’AG, je ne me suis pas senti légitime à contester l’UEVM sur le choix de ses délégués”, explique Olivier Legrand, “le CIVL reste un organisme paritaire.

Christophe Bousquet incarne cette parité remise en question par l’évolution sociale et économique qui a marqué la filière du vin sur un quart de siècle : “je suis vigneron, je vends mon vin en direct, je produis et je vends. Par rapport au monde du vin du Languedoc tel qu’il était quand mon père présidait le CIVL, les changements sont considérables. Il n’y a plus les producteurs d’un côté, les commerciaux de l’autre. Cette crise nous a alertés sur la nécessité de revoir la dynamique collective au sein de l’AG du CIVL. Il y a d’un côté l’exigence de représentativité de l’interprofession et de l’autre l’équilibre des forces entre deux familles de métiers entre lesquelles les frontières de compétences et d’intérêts ne sont plus du tout aussi étanches qu’elles l’ont été.

Échanges constructifs avec Faugères

Les appellations Faugères, Corbières, Fitou et Malepère ont fait part de leur intention de quitter le conseil d’administration du CIVL dans la foulée de l’AG de juillet. “Il faut distinguer Faugères, où les producteurs commercialisent en très grande partie en direct et qui s’est révoltée contre la gestion du collège du négoce au moment de l’AG, avec qui nous avons repris contact pour des échanges constructifs. Corbières, Fitou et Malepère ne nous répondent plus et contestent l’AG mais aussi les axes stratégiques du CIVL qui ont pourtant été validés avec eux en 2020”, précise Christophe Bousquet. Quant à la Fédération des Metteurs en Marché Direct, “elle conteste la convocation de l’AG en justice. Nous l’avons contactée par un courrier du 1er octobre pour trouver une solution amiable et travailler sur le fond de la question de la représentativité, elle nous a répondu qu’elle laissait la justice faire son travail”. Rendez-vous à l’audience le 16 décembre.

Christophe Bousquet ne perd pas de vue le long terme : “Cette année, il ne manquait que les sauterelles. Est-ce que ce n’est pas le moment de se rassembler pour savoir ce qu’on veut faire de de nos vins et de nos vignes à cinq, dix, quinze, cinquante ans ? J’invite tout le monde autour de la table, on en parle et on agit.”