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L’AOP Languedoc fête ses 15 ans

Auteur

Frédérique
Hermine

Date

30.11.2022

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15 ans, ça se fête, ne serait-ce que pour regarder dans le rétroviseur afin de mieux imaginer l’avenir. L’AOP Languedoc avait organisé une conférence rétrospective, coordonnée par l’auteure de ces lignes, et une grande dégustation à Paris pour évoquer l’histoire de l’appellation.

L’AOP Languedoc fêtait son anniversaire à Paris, histoire de se souvenir qu’elle est née d’abord en 1960 Coteaux du Languedoc en VDQS (Vins Délimité de Qualité Supérieure, une catégorie aujourd’hui disparue) avant de devenir AOC en rouges et rosés, étendue aux blancs en 1988, puis AOC Languedoc en 2007. « Nous sommes l’une des plus petites appellations régionales s’étendant sur 10 000 hectares et quatre départements de Collioure à la frontière espagnole aux portes de Nîmes dans le Gard, annonçait fièrement en préambule le président du syndicat Jean Benoit Cavalier. Une production moyenne de 250 000 hl par an, c’est peu comparés aux 1,2 M d’Hl des Côtes-du-Rhône ou les 2,5 M de Bordeaux. Elle est née d’une poignée de vignerons qui ont voulu donner une reconnaissance aux vins languedociens sur un terroir délimité mais la première AOC ne s’étendait qu’entre Nîmes et Narbonne, l’Aude et les Pyrénées-Orientales n’ont rejoint le projet qu’en 2007. »

« En 2007, il a fallu réinventer l’appellation, y croire avec audace pour lui donner une nouvelle dimension, affirmer un style qui vient complémenter, avec des vins différents, celui de la Provence bénéficiant pourtant des mêmes cépages et du même climat » raconte Gérard Bertrand, fondateur d’une groupe éponyme, l’un des artisans de l’appellation qui vend son célèbre Languedoc Côte de Roses dans 150 pays. Avec pour principaux cépages syrah, grenache, mourvèdre, carignan et cinsault, l’AOP Languedoc offrent des profits fruités, épicés sur la réglisse et la garrigue, aux tanins concentrés par un bel ensoleillement; ils sont produits aujourd’hui à 55 % en rosé, 35 % en rouge et 10 % en blanc. « Les ventes de rosés tous circuits (11,5 M de cols) ont pris récemment le pas sur les rouges en faisant un bond de 160 % en 10 ans avec une belle progression en GD mais surtout depuis 2020 dans le secteur traditionnel et en vente directe » complète Olivier Legrand, délégué général du CIVL (Conseil Interprofessionnel des Vins du Languedoc).

Des rosés de plus en plus porteurs

L’AOP Languedoc (27,2 M de cols en 2001, 38,8 M en 2021 ) pèse actuellement un tiers des ventes de la région, toutes appellations confondues. Elle commercialise ses vins à 45 % sur le marché français avec une distribution bien équilibrée : 38 % en GD, en hausse de 34 % en quatre ans (soit 5,6 M de bouteilles), 38 % en circuit cavistes-CHR, 24 % autres dont 9 % en direct au caveau. Sur le premier circuit, les vins à plus de 5 € représentent désormais 60 % des ventes contre 45 % en 2018. La croissance surtout tirée par les vins à plus de 7 € et les rosés dans le sens de la premiumisation. L’appellation est également bien représentée chez les cavistes (83 % proposent au moins un Languedoc à un prix moyen de 14,60 €). 55 % des vins sont commercialisés à l’export. « Un chiffre supérieur à la plupart des appellations françaises, souligne Olivier Legrand. En dix ans, les expéditions à l’international ont fait un bond de 75 %, passant de 10 à 17,5 M de cols en 2021 et le CA de 22 à 55 M €. Elles sont largement dominées par les États-Unis (31 % des exportations) avec la particularité des rosés majoritaires devant la Chine (17 %), le Canada (11 %) et des marchés matures à plus faible croissance tels l’Europe du Nord, le Royaume Uni, Allemagne.

Des préoccupations environnementales croissantes

15 % des exploitations sont désormais en bio (hors conversion), 30 % engagées dans une démarche environnementale. L’AOP Languedoc a obtenu en juin dernier la validation de l’Inao pour de nouvelles mesures agro-environnementales dans le cahier des charges comme l’interdiction des herbicides, du maillage plastique et la limitation du désherbage chimique aux tourbières et aux inter rangs. Autre mesure, l’introduction de cépages plus résistants, autochtones comme le piquepoul noir, le ribeyrenc, l’œillade noir mais également de cépages d’ailleurs comme le nero d’avolo sicilien, le montepulciano italien, l’assyrtiko grec. Une douzaine de " nouveaux " cépages au total pour mieux résister à la sécheresse, aux maladies ou pour la conservation patrimoniale. Des mesures obtenues au partenariat avec l’agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse. « Nous soutenons tout ce qui va dans le sens d’une amélioration de la qualité de l’eau, d’un moindre impact et d’une réduction de la pression sur la ressource, insiste Laurent Roy, directeur général de l’Agence. Nous finançons donc des expérimentations de matériel, de techniques, de cépages résistants à la chaleur avec l’Inrae… Mettre tout le monde autour de la table permet de trouver des solutions. » Ce que confirme Jeanne Fabre, responsable RSE des vignobles Fabre qui a fait émerger des actions de protection de la biodiversité suite à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC) comme la comptabilité des oiseaux sur certaines parcelles avec la LPO et Aude Nature. « Il fallait un état des lieux et un diagnostic avant de mettre en place des mesures de protection bien précises et des nichoirs, précise la vigneronne, également présidente de Millésime Bio. Nous testons également avec Biocoop la recollecte des bouteilles de verre consignées. Ce sont surtout des idées qui doivent être portées par tous les salariés, pas seulement une lubie de chef d’entreprise. » Autant d’initiatives qui peuvent être déclinées sur tout un territoire comme celles prises en œnotourisme, à la fois par les domaines mais également collectives, telles le programme des estivales du Mas de Saporta ou dans le cadre du label Vignobles & Découvertes.