Entretien exclusif avec Dominique Befve, directeur général du Château Lascombes, 2ème Grand Cru Classé 1855 en appellation Margaux (qui sera présent au 4ème Bordeaux Tasting les 12 et 13 décembre).

Comment analysez-vous l’évolution de Château Lascombes depuis 15 ans ?
Quand je suis arrivé en 2001 avec le fonds d’investissement américain Capital Colony [Depuis 2011, Lascombes est propriété de la mutuelle MASCF], le Château Lascombe n’était pas à la hauteur d’un Grand Cru Classé. On était loin du rêve d’Alexis Lichine il y a 40 ans. Il avait sérieusement manqué d’investissement. C’était un super challenge avec les moyens financiers indispensables pour améliorer la qualité du vin. Au bout de 15 ans, je pense que c’est devenu un vrai Grand Cru Classé, même si c’est le consommateur qui fait la véritable classification. Il y a 15 ans, il était en queue des crus classés en termes de prix aux primeurs ; aujourd’hui, il est dans le peloton de tête derrière Château Margaux et Palmer.

Quels sont les choix de vinification et d’élevage de Château Lascombes ?
Je suis d’abord un technicien et je chapeaute tous les aspects techniques au Château. Nous n’avons donc pas de maitre de chai ni de chef de culture, juste des chefs d’équipe et Michel Rolland comme consultant. Avant de ramasser le raisin, on goûte les grappes et ce sont les papilles qui prennent la décision. Je fais le vin que j’aime et je l’assume. Mais si le raisin est sain et cueilli à maturité, le vin est fait à 90%, reste 10% dûs aux hommes et tout en manuel. Nous avons fait des essais de machine à vendanger mais pour l’instant, la qualité est meilleure en vendanges manuelles, a contrario du tri optique, plus efficace que l’homme. Nous pratiquons ensuite la macération pré-fermentaire à froid pour fragiliser la peau du raisin et mieux extraire la couleur et les tanins. Autre particularité : l’élevage sur lies pour les rouges, 18 mois dans des barriques sur roues pour laisser les lies en suspension.

Vous avez un encépagement plutôt atypique du Médoc…
En effet, 50% de merlot comme Palmer, avec 45% de cabernet-sauvignon et 5% de petit verdot… et nous avons planté quelques hectares de cabernet franc. Un vrai choix technique après carottages : c’est le sol qui a choisi car nous n’avons pas seulement des graves mais des argilo-calcaires comme ceux de Saint-Emilion, particulièrement adaptés au merlot. Sur les 115 ha actuels, nous avons beaucoup replanté, mais pour le consommateur, c’est moins l’assemblage qui compte que le produit final et la marque Lascombes qui correspond à des margaux modernes avec un haut niveau de maturité mais qui peuvent vieillir. Nous produisons plus de 500 000 bouteilles et deux vins rouges : le château Lascombes, 50% merlot, 45% cabernet-sauvignon et 5% petit verdot, élevé à 80% en barriques neuves et Chevalier de Lascombes, à 50/50 merlot/cabernet sauvignon sans petit verdot, élevé dans des barriques d’un vin. Nous avons réfléchi à un blanc mais l’image de margaux est rouge. A chacun ses spécialités mais la nôtre ne sera pas en blanc.

Vous êtes optimiste pour le millésime 2015 ?
La vigne qui est une liane a besoin de sécheresse et nous l’avons eue cet été mais sans blocage de maturité et avec de légères pluies en août et septembre. Ce ne sera pas le millésime du siècle mais ce sera un grand millésime, moins bon que 2010, plus anguleux et de garde, mais proche de 2009 quant à la souplesse des tanins, déjà agréable à boire et qui tiendra sans problème 10-20 ans.

Ci-dessous, Dominique Befve (photo F. Hermine).