Philippe Brel prend la présidence du Cluster Provence Rosé à la suite de Laurence Berlemont (CAP) et Eric Paolini (Viséa). L’association regroupe les entreprises périphériques de la filière Vin. Après les ressources humaines, le cluster planche sur l’agronomie, l’agro-écologie et le bilan carbone des entreprises. Questions au nouveau président qui nous a expliqué les projets et les ambitions du Cluster.

Le cluster Rosé, à quoi ça sert?
A permettre à des entreprises périphériques hors production de vin, de contribuer à la dynamique positive du Rosé et de participer à la réflexion sur le sujet aux côtés d’une filière professionnelle déjà bien organisée. Il y a six ans, nous avons constaté que les fournisseurs de produits, matériel, services, conseils… n’étaient pas représentés alors qu’ils avaient leur intérêt dans cette filière et y avaient un rôle à jouer. Ils sont plus d’une quarantaine représentant environ 500 emplois dans la seule agglomération de la Provence verte autour de Brignoles-Saint Maximin (83). A la suite de plusieurs tables rondes, nous avons donc proposé de rassembler des entreprises latérales de la filières avec quelques-unes en aval comme Breban, Gilardi et Estandon, pour réfléchir et agir ensemble, en faire aussi un lieu de “coopétition” : on vit de la même filière, on peut donc coopérer tout en étant concurrents.

Quelles ont été les premières actions mises en œuvre?
Une grande part de nos préoccupations concernaient à l’époque les ressources humaines, comment trouver du personnel qualifié, amener l’enseignement à nous aider sur le sujet, aller au devant des jeunes pour leur expliquer les différents métiers, les besoins des entreprises, développer les qualifications… Cela s’est traduit par de nombreux partenariats avec des lycées, des organismes de formation, L’Union patronale du Var, la CCI, la Chambre d’Agriculture du Var, le CIVP… par des développements de réseaux, des partages de projets techniques, voire de business.

Comment évolue les projets du Cluster ?
Nous sommes toujours dans l’ouverture d’esprit d’où un nouveau forum en 2019 pour redéfinir notre raison d’être. Nous avons constaté qu’elle s’ancrait de plus en plus dans un développement responsable, dans la transition écologique et qu’il fallait contribuer à ça au travers de nos activités en multipliant les échanges. Nous avons créé un groupe Sol Vivant avec des ingénieurs agro pour suivre les couverts végétaux dans les vignes sur trois campagnes, aller au delà des on-dit sur le stress hydrique, la résistance au gel et aux chaleurs extrêmes avec de véritables campagnes de mesures et d’observation des sols et des feuilles.

Ces études ont déjà abouti à des enseignements ?
Les premiers résultats confirment qu’un couvert végétal assez haut, jusqu’aux premières feuilles, peut faire gagner 4 à 5°C et donc faire édredon pour générer un petit micro-cimat et faire rempart au gel entre 0 et -4°C. A l’inverse, il est apparu que l’herbe, si elle est tondue, et le travail des sols l’hiver favorisent le gel car ils multiplient la surface de contact. Autres conclusions, le fait de coucher les herbes au printemps, de les broyer ou d’apporter de la matière organique fraîche protège de la chaleur car un sol couvert chauffe moins qu’un sol nu et on peut gagner 5 à 8°C au sol. On s’en doutait mais il est préférable de le constater sur le terrain. Pour le stress hydrique, certains prétendent que l’enherbement peut faire souffrir la vigne mais quand elle est roulée ou couchée, donc plus en activité, c’est le contraire, elle limite l’évaporation des sols et on l’a mesuré sur les feuilles. Nous allons également étudier le comportement des sols vis à vis les pluies. Estandon avait commencé ces expérimentations il y a deux ans mais les expériences ont été démultipliées grâce à des partenaires et des ingénieurs passionnés qui permettent d’aller plus vite. Un dossier a été déposé à FranceAgriMer pour poursuivre les essais sur trois ans sur l’apport de matières organiques. On refait enfin de l’agronomie!

Quelles sont les prochaines pistes de réflexion ?
Concept Emballage a travaillé sur des trajectoires à bas carbone. Son directeur Alexandre Latz a créé un groupe d’échanges à ce sujet pour partager les bonnes pratiques afin de diminuer l’impact carbone de nos activités ou au pire, les compenser, avec, par exemple, la reforestation ou des projets d’agroforesterie. Tous ces projets, comme les Trophées de l’Innovation du Vin en Provence, devraient être présentés au sein un espace dédié à la prochaine foire de Brignoles, en espérant qu’elle se tienne comme prévu en avril 2021, sinon en octobre.