Propriétaire du Château d’Issan (cru classé, AOC Margaux), président de la Confrérie du Bontemps de Médoc et des Graves, Sauternes et Barsac, Emmanuel Cruse dirige un réseau de 3 200 ambassadeurs des vins bordelais dans le monde. Leur convention vient d’avoir lieu.

Quel est le rôle du Grand Conseil du vin de Bordeaux que vous présidez depuis 2010 ?
Emmanuel Cruse. Ce Grand Conseil a une double vocation : fédérer la quinzaine de confréries vineuses girondines et animer un réseau mondial d’amateurs de vins de Bordeaux. Ce dernier s’est construit peu à peu depuis des décennies, avec notamment mon prédécesseur, Michel-Pierre Massonie. Ce maillage est effectif dans 85 villes du monde, à travers 26 pays sur tous les continents. À la tête de ces commanderies, des personnalités reconnues dans leur ville, avec un fort tissu social. Des passionnés de vin, mais non liés à son business pour éviter toute collusion éventuelle. Ils sont médecins, avocats, hommes d’affaires… Tout cela est bénévole, c’est l’esprit club.

En quoi ces ambassadeurs sont-ils un relais pour les vins girondins ?
D’abord, ils réunissent autour d’eux d’autres amateurs. Nous estimons que ce réseau rassemble 3 200 personnes. Ils organisent régulièrement des dégustations, des déjeuners ou des dîners pour découvrir de nouveaux vins, les derniers millésimes… Ils viennent aussi dans le vignoble, parfois avec des amis… Ils portent notre parole dans de multiples sphères d’influence. Pour les grands crus mais aussi les autres vins : il y a de la place pour tous. Ce sont aussi des acheteurs de bouteilles pour eux-mêmes. Ensuite, ces ambassadeurs sont des relais dans leur ville : un Bordelais en déplacement (producteur ou négociant) peut y faire appel pour organiser tel événement, toucher telle cible. C’est un réseau, parmi d’autres, pour travailler à l’international. À ma connaissance, aucun vignoble n’a d’équivalent dans le monde.

Ce réseau est-il aussi présent en Chine, marché en plein boom ?
Pour des raisons historiques, un tiers des commanderies se trouvent aux États-Unis. Je serai d’ailleurs en septembre à New York, chez l’une des plus dynamiques (250 membres). Notre stratégie est double : consolider la présence sur les marchés traditionnels (Europe…) tout en accentuant notre présence en Asie. Nous sommes bien implantés au Japon (Tokyo, Osaka…) et à Hong Kong, mais seulement à Shanghai pour ce qui est de la Chine continentale. Nous travaillons sur le dossier de Pékin. Ces derniers mois, nous avons ouvert une antenne en Afrique du Sud, au Vietnam et en Australie.

Comment s’est déroulée la convention du Grand Conseil tenue à Bordeaux la semaine dernière dans le cadre de la Fête du vin ?
Nous avons accueilli une centaine d’ambassadeurs (plus 70 accompagnants). Avec une journée de travail pour comprendre l’activité du CIVB (notre principal financeur), du négoce ou de la production. Ensuite, des visites de châteaux et des réceptions. À la CCI, par exemple, où des vins aux prix accessibles étaient présentés, car Bordeaux offre aussi ces gammes-là. Mais également une soirée de prestige au Château Lagrange, cru classé de Saint-Julien, avec feu d’artifice. Toute l’excellence bordelaise. La dernière convention remontait à six ans, l’objectif est maintenant de se réunir tous les quatre ans.

Propos recueillis par César Compadre.