Ci-dessus : Ronan Laborde (photos JM Brouard)
Ci-dessus : Ronan Laborde (photos JM Brouard)

L’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB) organisait cette semaine, comme chaque année, une grande dégustation du nouveau millésime mis en marché. L’occasion de faire le point sur le complexe millésime 2017 et de revenir sur un contexte mondial agité.

L’UGCB n’est pas Bordeaux mais cette association qui regroupe 134 grands crus sur 14 appellations donne une bonne idée de la manière dont se comportent les vins de la région, notamment à l’international. Son Président, Ronan Laborde (également propriétaire du château Clinet à Pomerol), a ainsi présenté les données chiffrées des douanes pour 2019, notamment pour les vins dont le prix professionnel export est supérieur à 22,50€ (la catégorie des grands crus bordelais). Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les vins de Bordeaux se sont bien comportés à l’export jusqu’à présent, avec des chiffres au plus haut depuis 2012 avec 1,15 milliard d’euros de chiffre d’affaires.

Parmi les 15 premiers marchés, seuls la Chine (1er marché), les Émirats Arabes Unis et la Corée du Sud ont reculé. Une nouvelle pas nécessairement négative concernant la Chine puisque cette dernière avait pris une place trop prépondérante ces dernières années, atteignant jusqu’à 40% du total des exportations de grands crus de Bordeaux. Une situation qui s’est rééquilibrée, le pays n’en absorbant plus que 26% aujourd’hui. Les 2 autres marchés fondamentaux pour Bordeaux que sont les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont continué d’afficher du dynamisme, l’effet surtaxe de 25% d’un côté et Brexit de l’autre ayant été anticipé et géré jusqu’à lors par des stocks constitués en prévision. La situation pourrait toutefois se dégrader si le Président Trump décidait notamment de renchérir la surtaxe sur les vins français de moins de 14 degrés. Affaire à suivre dans les prochaines semaines.

Un 2017 hétérogène qui mise sur un fruité gourmand

Dans ce contexte, ce sont les vins du millésime 2017 qui arrivent sur le marché. Nés d’un “millésime particulièrement marquant” pour reprendre les mots de Ronan Laborde, touché très sévèrement par le gel comme cela ne s’était pas vu depuis le gravissime épisode de 1991, les vins n’ont évidemment pas la superbe des millésimes précédents, 2016 en tête. Les profils sont très variés, souvent marqués toutefois par une acidité vive. C’est le cas des blancs des Graves et de Pessac-Léognan qui jouent sur une élégance aromatique délicate dotée d’une fraîcheur intense, parfois presque mordante. Certains traverseront aisément les années et pourraient devenir de grands classiques à l’instar du château Pape-Clément blanc unissant gourmandise, harmonie et grande finesse. Mais aussi le château Latour-Martillac dans un style plus opulent, ample et doté d’une mâche savoureuse. Le domaine de Chevalier confirme une fois plus ici son statut de grand vin régulier. Les liquoreux s’imposent par leur intensité.

Les rouges se font plus discrets. Les nez sont généralement sur la retenue, les fruits rouges dominant la dégustation. Les matières en bouche, délicates voire parfois éthérées, confèrent au vin une plaisante immédiateté mais laissent parfois un peu sur sa faim. Parmi les belles réussites, le château Les Carmes Haut-Brion sort incontestablement du lot avec son intensité et son très beau toucher de bouche. Mais ce n’est pas une surprise. Château Canon à Saint-Emilion est pour sa part extrêmement velouté. Clos Fourtet, non loin, séduit par sa très belle mâche. Le château la Gaffelière est d’un très bon niveau, équilibré, dense mais bien intégré. Troplong Mondot est doté d’une grande allonge et devrait aller loin. Sur Pomerol, Clinet s’avère très droit. Quant au château Cantemerle en Haut-Médoc, il devrait procurer beaucoup de plaisir grâce à son fruité juteux très plaisant.