(photo Yves Tesson)
(photo Yves Tesson)

La grande dégustation des Champagnes de Vignerons avait lieu ce mercredi à l’Atelier 13 à Paris où 12 vignerons présentaient leurs cuvées avec des accords mets-vins imaginés par le chef étoilé Nicolas Beaumann. Plusieurs représentants de différentes appellations invitées ont pu profiter de l’événement pour évoquer devant la presse les enjeux de la nouvelle négociation européenne sur la régulation des droits de plantations.

Pendant la conférence de presse qui a précédé la dégustation, Maxime Toubart, le président du Syndicat général des vignerons de Champagne aux côtés d’autres représentants des appellations viticoles françaises, a voulu alerter sur la renégociation de la politique de la PAC que les Allemands veulent clore avant la fin de leur mandat à la tête de l’Europe. Dans ce dossier, il est question du droit des appellations à réguler elles-mêmes leurs plantations. Aujourd’hui, le Parlement européen penche plutôt en faveur d’une prorogation de ce système au-delà de 2030. Mais il reste à convaincre les États, l’objectif : ne pas connaître le même sort que celui subi il y a quelques années par le sucre et le lait.

Thiébault Huber, président de la Confédération des Appellations et des Vignerons de Bourgogne, a pris l’exemple de sa région : “on a 20.000 hectares potentiels en superficie plantable, on octroie entre 100 et 120 ha de plantations nouvelles chaque année, si demain on nous enlève cette possibilité de contrôler les autorisations de plantations, je vous laisse imaginer les conséquences économiques que cela pourrait avoir sur la filière. La libéralisation des autorisations de plantation nivellera les vins vers le bas. Cela favorisera les gros. Est-ce souhaitable dans la perspective d’un développement économique durable comme on en entend parler tous les jours et du ‘green deal’ ?”

Il est vrai que, comme le rappelle Patrick Raguenaud (interprofession du Cognac), la viticulture n’est pas une production comme les autres : “Quand on plante une vigne, c’est pour quarante ans, donc on comprend bien qu’une gestion de l’instant est impossible, seule une gestion planifiée à long terme a du sens.”

Eric Tesson, Directeur de la Confédération nationale des producteurs de vins à appellations d’origine protégée, conclut : “Le dispositif de 2015, on en est satisfait, ce n’est pas un dispositif malthusien, ce qui était le cas antérieurement et avait donc généré des oppositions, il permet une croissance modérée du vignoble, jusqu’à 1% par an sur tout le territoire.”

Pépites vigneronnes

Après cette parenthèse politique, la diversité des cuvées présentées au cours de la dégustation démontrait une fois de plus qu’il y a bien non pas du champagne, mais des champagnes. Nous avons eu deux coups de cœur.
D’abord, la cuvée “Provocation Rosée” du champagne Marie Tassin, un rosé de saignée (tradition auboise s’il en est !), très vineux, avec des arômes de fruits rouges prononcés que le chef Nicolas Beaumann a choisi d’accompagner d’écrevisses et de girolles servies dans un jus de viande : un vrai champagne de table, pour des plats riches, du gibier, une côte de bœuf… (Prix conseillé : 23,40 euros)

Dans un tout autre registre, plus délicat peut-être, la cuvée Magnificence du champagne Trudon de Festigny, 50% Meunier, 50% Chardonnay, vinifiée sous bois, déploie un charme subtile avec de jolies notes d’agrumes. Son originalité ? On a réduit la liqueur de tirage pour limiter un peu la seconde fermentation et obtenir une “petite mousse” (la pression n’est que de 4,5 bars contre 6 habituellement). “Cela permet d’obtenir quelque chose qui ne soit pas trop caricatural, car il faut toujours se méfier d’une trop forte effervescence avec un vin qui a été vinifié sous bois” confie Jérôme Trudon, œnologue formé à bonne école chez Roederer avant de reprendre l’exploitation familiale. Pour lui, c’est un champagne qui se suffit à lui-même et le mieux encore est de le boire seul (Prix conseillé : 33,20 euros).